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Omar Raddad: Et s'il était réellement coupable?
Publié dans MarocHebdo le 01 - 07 - 2011

TRANSPARENCE. REVISION. La sortie du film de Roschdy Zem, “Omar m'a tuer”, le 22 juin, relance les débats sur le cas Omar Raddad. Le jardinier marocain est-il le véritable assassin de Ghislaine Marshal? Ou était-ce le coupable idéal?
C'est un simple fait divers qui est vite devenu une affaire d'Etat. Le meurtre de Ghislaine Marshal désigne son jardinier comme coupable. Maître Jacques Vergès, qui flaire le bon coup médiatique, s'empare du dossier, le monte en épingle et la France entière est tenue en haleine, divisée en deux, entre ceux qui pensent que le Marocain est un bouc émissaire et ceux qui en font un meurtrier machiavélique. Flash back. Nous sommes en 1991. Omar Raddad est un jardinier marocain. Il est accusé du meurtre de sa patronne, Ghislaine Marchal, retrouvée poignardée dans la cave de sa maison de Mougins.
Sur la porte, une inscription en lettres de sang, celui de la victime: «Omar m'a tuer.» Omar Raddad, pourtant défendu par Jacques Vergès, n'en a pas moins été condamné, en 1994, à 18 ans de prison. Puis, à la suite d'une intervention du roi Hassan II, il a bénéficié de la grâce du président de la République, Jacques Chirac. Après sept ans de prison, il est libéré en 1998.
Depuis décembre 2000, date de la découverte de traces de deux ADN masculins mêlés au sang de Ghislaine Marchal, et qui ne correspondent pas à l'ADN de Raddad, Omar Raddad réclame la révision de son procès. Demande rejetée en 2002. Et c'est l'avocat général à la Cour de cassation Laurent Davenas qui a demandé et obtenu qu'on ne rejuge pas le jardinier marocain. Pour le magistrat, rien de nouveau ne justifie qu'on rouvre un dossier ficelé d'avance.
Pour Laurent Davenas, l'affaire médiatique a pris le pas sur le cas judiciaire. «Pour moi, dit-il, on a fabriqué un innocent. C'est le génie de l'avocat Jacques Vergès. En politisant ce fait divers, il en a fait une affaire exceptionnelle qui a coupé la France en deux. C'est devenu l'affaire du jardinier marocain face à la justice coloniale. Il tenait le point d'accroche avec les médias, qui ont foncé tête baissée. Vergès est allé jusqu'à comparer l'affaire Raddad à l'affaire Dreyfus.
Je suis désolé, l'affaire Raddad n'est pas l'affaire Dreyfus!». Pourtant, ce fait nouveau aujourd'hui place l'ADN au centre d'un dossier qui peut aboutir au non-lieu en faveur de Omar Raddad et donc à sa réhabilitation définitive, comme un homme innocent. C'est là une thèse rejetée en bloc par Laurent Davenas. La piste de l'ADN En effet, la présence d'ADN masculins retrouvés près du corps de la victime sur le chevron de la porte de la cave, celle de la chaufferie et sur les fameuses lettres mélangées au sang de la victime, jettent le trouble sur la condamnation du Marocain. On est même tenté, de premier abord, d'affirmer, que s'il y a deux autres ADN sur la scène du crime, c'est que cela met hors de cause Omar Raddad. Pour les magistrats, rien n'y fait. Faux.
Comme l'explique Laurent Davenas, ces «deux ADN différents ne correspondent pas à celui d'Omar Raddad. Le problème, c'est que l'on ne peut pas dater le dépôt de ces traces. Etait-ce avant, pendant ou après le crime? Impossible à dire.» Une explication largement approuvée par d'autres avocats généraux qui affirment à leur tour que pour ne pas contaminer une scène de crime avec de l'ADN, il faut prendre des précautions draconiennes. «Il suffit d'un postillon ou d'une microgoutte de sueur pour polluer le site, ajoute Laurent Davenas. Durant des mois, la scène de crime, laissée sans protection, a vu défiler des avocats, des jurés, des photographes, des voisins, et même des employés chauffagistes. Qui plus est, ces portes ont été montrées lors du procès. Ces ADN masculins ne prouvent donc rien.» Cela sonne comme un coup de boutoir étant donné que, pour Omar Raddad, c'est là l'unique dernier recours pour prouver son innocence.
Evidemment, dans ce type d'affaires criminelles qui revêtent des aspects politiques, sur fond de racisme mâtiné de sombres considérations communautaristes, il y a toujours un héraut qui nage à contre-courant. Ce rôle a été endossé par Jean-Marie Rouart, écrivain, jadis journaliste au Figaro Magazine, et aujourd'hui académicien français, qui a mené une enquête très approfondie pour prouver à la justice et à l'opinion publique l'innocence de Omar Raddad. Sa thèse a fait l'objet d'un livre en forme de plaidoyer pour un faux coupable. Sa conclusion ne souffre aucune ombre: Omar Raddad ne peut pas avoir tué Ghislaine Marchal.
Ses arguments sont simples mais Sami Bouajila qui joue le rôle d'Omar Raddad dans “Omar m'a tuer” de Roschdy Zem, sorti le 22 juin 2011. troublants. Ayant reçu plusieurs coups de couteau, Mme Marshal, inconsciente, plongée dans le noir, «n'a jamais pu tracer elle-même l'inscription accusatrice (et mal orthographiée) avant de se barricader elle-même dans la chaufferie en tirant contre la porte un lourd lit pliant…» D'ailleurs, la théorie de Jean-Marie Rouart a donné naissance à l'adaptation de son livre dans un film, réalisé par l'acteur marocain Roschdy Zem et sorti en salles en France, le 22 juin 2011. Le coupable idéal Donc c'est à partir de ce livre, intitulé Omar, la construction d'un coupable, que le film reconstitue toute l'histoire de ce drame politico- médiatique. Pour le comédien Roschdy Zem, qui dit avoir longuement étudié ce dossier, l'affaire est entendue.
Le but est de montrer «à quel point la machine judiciaire peut écraser un homme comme cet Omar Raddad, un modeste père de famille sans histoire, qui n'est jamais allé à l'école et qui, à l'époque, ne parlait presque pas français. Incapable de se justifier, malgré un véritable alibi, présenté comme cupide parce qu'allant parfois tenter sa chance sur les machines à sous du casino, il avait tout, dans cette région déjà très islamophobe, du coupable idéal… »
Dans l'attente d'une hypothétique vérité, Omar Raddad sort de son mutisme. Il se dit libre depuis le 4 septembre 1998, «mais dans (sa) tête il est toujours derrière les barreaux. Et il en sera ainsi tant que le vrai coupable ne sera pas en prison.» Qu'espère-t-il donc? Juste un autre procès pour confirmer son innocence, et donc le blanchir ou alors le remettre en prison pour être le véritable coupable. C'est un risque énorme qu'il prend en réclamant un nouveau procès. Sauf qu'après une grâce présidentielle, il est même exclu que ce procès puisse avoir lieu un jour.