Depuis le début de l'année 2026, l'Espagne s'engage dans une régularisation exceptionnelle des migrants en situation irrégulière, une mesure controversée portée par le gouvernement Sanchez pour intégrer des milliers de travailleurs dans l'économie formelle. Tandis que le projet suscite l'adhésion des associations et des institutions économiques, il fait face à une vive opposition politique qui craint un impact négatif sur les services publics et le marché du travail. DR ‹ › Depuis le début de l'année 2026, l'Espagne se trouve au cœur d'un débat politique et social majeur : l'ouverture d'un processus extraordinaire de régularisation pour les personnes migrantes en situation irrégulière déjà présentes sur le territoire. Cette initiative, portée par le gouvernement Sanchez, suscite à la fois espoirs de dignité retrouvée et critiques acerbes de ses opposants. Pour l'exécutif espagnol, composé du Parti socialiste (PSOE) avec le soutien de Podemos, cette régularisation n'est pas seulement un geste symbolique mais une réponse à une réalité sociale et économique déjà là. L'idée est simple : reconnaître l'existence de centaines de milliers de personnes qui vivent et travaillent en Espagne depuis des années, parfois dans l'économie informelle, en leur donnant un titre de séjour et un permis de travail. Cette mesure vise aussi à intégrer ces personnes dans le système de sécurité sociale, renforcer les cotisations et réduire le travail au noir. Le gouvernement a fixé des conditions strictes : être présent en Espagne avant le 31 décembre 2025, avoir vécu au moins cinq mois de manière continue sur le territoire et ne pas avoir de casier judiciaire. Les autorités assurent que ce processus, qui devrait s'ouvrir au printemps (probablement entre avril et juin), est conforme à la loi et répond à une réalité structurelle de la société espagnole, qui compte aujourd'hui des millions de résidents étrangers. Des voix institutionnelles comme le Conseil Economique et Social ont également salué la mesure en la présentant comme un outil clé pour favoriser l'intégration administrative et sociale de ces populations migrantes. Les associations en soutien Beaucoup d'associations et d'organisations non gouvernementales saluent l'objectif d'une régularisation. Elles y voient une étape essentielle pour protéger les droits fondamentaux de personnes qui, sans papiers, sont souvent exposées à l'exploitation, au travail informel, à l'absence d'accès aux services de base et à une grande insécurité juridique. Dans ce contexte, certaines voix soulignent également l'importance d'un accompagnement administratif, notamment pour rassembler les documents, prouver la résidence continue, et comprendre un système complexe pour des populations souvent marginalisées. Cependant, des associations de terrain se montrent aussi inquiètes quant aux moyens mis en place. Elles alertent que le système administratif espagnol est déjà sous tension et que sans renforcement des effectifs et des ressources, il pourrait être difficile de traiter tous les dossiers dans un délai raisonnable. L'opposition politique contre-attaque L'annonce n'a pas été accueillie sans critiques : la droite espagnole, et plus particulièrement Vox, s'est fortement opposée à cette régularisation. Pour ces partis, il s'agit d'une mesure dangereuse, qui encouragerait l'immigration irrégulière et pèserait sur les services publics (santé, éducation, logement) et le marché du travail. Ils dénoncent aussi l'absence de débat parlementaire approfondi, le gouvernement ayant choisi la voie du décret d'urgence pour accélérer le processus. Certains gouvernements régionaux, comme celui des Îles Baléares, contestent même la légalité et la planification du dispositif, estimant qu'il manque de coordination avec les autorités territoriales et qu'il est juridiquement fragile. Des éditorialistes et commentateurs critiques vont plus loin encore, parlant d'une "régularisation à l'aveugle" et d'un risque d'exploitation par des réseaux irréguliers si le cadre manque de contrôle rigoureux. Un débat sur l'impact économique et social Au‐delà des discours politiques, une question structurelle traverse le débat : l'Espagne a besoin de main‐d'œuvre. La population connaît une croissance naturelle faible, tandis que l'économie repose sur des secteurs où la demande de main-d'œuvre reste élevée, comme l'agriculture, la santé, l'hôtellerie ou la construction. Une part importante des nouveaux emplois créés ces dernières années ont été occupés par des personnes nées à l'étranger, ce qui renforce l'argument selon lequel l'intégration formelle des travailleurs irréguliers peut être bénéfique à l'économie. Cependant, ce même débat met aussi en lumière les défis du modèle migratoire : assurer une cohésion sociale, éviter les tensions sur les services publics, et répondre aux besoins de logement, d'éducation et de santé dans un contexte de croissance démographique. Fiche de repères chiffrés sur la migration en Espagne (2025‐2026) • Population totale en Espagne (2025) - Environ 49 millions d'habitants, un record historique. • Population née à l'étranger - Près de 10 millions de personnes nées hors d'Espagne. • Régularisation prévue en 2026 - Environ 500 000 personnes concernées selon le gouvernement. - Certaines estimations indépendantes suggèrent que le nombre réel de migrants en situation irrégulière pourrait être plus proche de 840 000, voire plus selon d'autres analyses non officielles. • Arrivées et migrations irrégulières - Les arrivées irrégulières par mer ont chuté de 42 % en 2025 par rapport à l'année précédente. • Emploi et marché du travail - Plus de 80 % de l'emploi irrégulier est occupé par des travailleurs étrangers, une forte dépendance à la main‐d'œuvre migrante. • Expulsions - Entre 2019 et 2025, seulement environ 7 % des personnes entrées irrégulièrement ont été expulsées.