Dans un monde éducatif vieillissant, le Maroc fait figure d'exception. L'enquête TALIS 2024 de l'OCDE révèle un corps enseignant jeune, renouvelé, potentiellement agile. Un atout stratégique. Mais derrière cette vitalité démographique se cache une réalité plus complexe. En effet, enseigner au Maroc, ce n'est pas seulement transmettre un programme. Plus de 60% des professeurs déclarent avoir dans leurs classes une proportion importante d'élèves en difficulté avec la langue d'enseignement. L'enseignant devient traducteur social, médiateur linguistique, passeur entre la langue académique et celle du quotidien. Cette tension permanente use. Elle explique en partie pourquoi 63% des enseignants considèrent la préparation des cours comme une source majeure de stress... Ce n'est pas la paperasse qui épuise, c'est le cœur du métier. À cela s'ajoute une autre difficulté : 26% déclarent subir des agressions verbales. Le maintien de la discipline est cité comme source de stress par beaucoup d'entre eux. Et pourtant, malgré cette pression cumulée, la majorité se dit attachée à son travail. La résilience est réelle. Et la solidarité entre collègues joue un rôle d'amortisseur. Le problème n'est pas la motivation. Il est ailleurs : dans la reconnaissance. Seule une moitié des enseignants estime que leur métier est valorisé dans la société. Beaucoup ont le sentiment de ne pas être écoutés. Une jeunesse professionnelle sans mentorat structuré, exposée aux classes les plus difficiles, finit par douter. Le Maroc dispose d'un capital humain rare. Il faut le protéger. Hicham Bennani / Les Inspirations ECO