Si la psychologie est issue du champ des sciences humaines, elle reste une activité non-médicale qui intervient dans le domaine de la santé. Depuis plus de dix ans, sa réglementation est au cœur d'un débat remis en avant par un nouveau projet de loi, qui s'ajoute à de précédentes moutures non examinées depuis leur dépôt. DR ‹ › Le groupe parlementaire du Parti du progrès et du socialisme (PPS) à la Chambre des représentants a soumis récemment un projet de loi sur la réglementation de la profession de psychologue. Le texte couvre divers domaines de l'activité, dont celle de clinicien, social, éducatif, du travail, en plus de la neuropsychologie, de la criminalité et du bien-être mental. À travers 24 articles, l'initiative propose principalement de créer un Ordre national des psychologues et de définir les conditions d'éligibilité à l'exercice, outre la formation requise à cet effet. Par ailleurs, le texte renvoie vers un ensemble de mesure réglementaires à légiférer ultérieurement, afin de préciser certaines modalités et principes énoncés dans le projet de loi. Parmi ces dispositions, une mesure transitoire de quatre ans permet de régulariser la situation des personnes exerçant la profession avant la date de la promulgation du texte, s'il est voté. Dans ce sens, les conditions devront être spécifiées par un texte réglementaire, avec la possibilité d'exiger une formation complémentaire. Dans le même registre, l'initiative prévoit une nette différenciation entre la psychologie et les attributions du médecin, notamment en termes de prescriptions. Déposé par le président du groupe parlementaire du PPS, Rachid Hammouni, ce projet de loi insiste tout d'abord sur le rôle des psychologues dans la sensibilisation à «l'importance de la santé mentale et la réduction des effets associés aux troubles mentaux», mais aussi leur place dans la diffusion d'«une culture de la santé mentale fondée sur la prévention». Contacté par Yabiladi à ce sujet, le député n'a cependant pas donné suite à nos sollicitations téléphoniques. Le texte reste soutenu notamment par Fouad Yakoubi, président fondateur de l'Association marocaine des chercheurs et des psychologues sociaux, vice-secrétaire général du Syndicat national des psychologues. A ce titre, il est à noter que le psychologue clinicien intervient dans l'évaluation, le diagnostic et la prise en charge de la souffrance psychique ou des troubles mentaux, en milieu hospitalier ou libéral, sans prescription médicale qui relève des missions du psychiatre. Pour sa part, le psychologue social est plutôt formé à la psychothérapie. Dans ce registre, il ne s'agit pas du premier projet de loi inscrit dans une démarche de réglementation d'un métier, qui tient des sciences humaines, intervient dans le domaine de la santé mais sans relever des professions paramédicales. Une réflexion sur la réglementation depuis 2015 Depuis plus de dix ans, la Société marocaine des psychologues cliniciens (SMPC) fondée en 2000 a pour sa part lancé le débat sur une législation en rupture avec le caractère aléatoire de certaines pratiques préjudiciables à la profession, notamment celles qui prêtent à confusion entre les rôles et les spécialités, avec un intérêt porté aux questions éthiques, à l'équivalence et à la formation. C'est ainsi qu'en 2015, un premier projet de loi a été proposé. Il a ensuite été remplacé par une proposition englobant l'ensemble des spécialités de psychologie, à la suite d'un benchmark ayant porté sur les usages dans les pays qui ont réglementé cette activité. Intervenant auprès de divers secteurs gouvernementaux depuis 2020, la SMPC a soumis un projet de loi global, «après plusieurs consultations avec des universitaires de diverses spécialités en psychologie ainsi qu'avec l'Association marocaine des psychologues praticiens, dans le cadre de discussions ouvertes avec le ministère de la Santé et de la protection sociale». Dans ce sens, elle a préconisé «des normes éthiques et déontologiques conformes aux principes internationalement reconnus en matière d'intervention, de traitement psychologique, de soins, d'évaluation, de diagnostic en santé mentale et de recherche scientifique». Dans ses propositions, la SMPC a également prôné «une harmonisation entre la loi régissant la profession du psychologue et les différents programmes de formation universitaire agréés par le ministère compétent, notamment ceux de master proposés par les différentes institutions universitaires marocaines, afin de faciliter l'intégration des diplômés sur le marché du travail et de favoriser une synergie entre l'université et son environnement socio-économique». À ce titre, l'instance a salué un projet de loi introduit en janvier 2024 par Touria Azzaoui, pour le groupe du Rassemblement national des indépendants (RNI) à la Chambre des représentants. Cependant, la SMPC a insisté sur «un cadre juridique complet qui englobe toutes les spécialités de la psychologie, définissant leurs domaines d'intervention, leurs limites et les conditions requises pour leur pratique, dans le cadre d'une démarche collective et inclusive». Au sein du gouvernement, le ministre de la Santé et de la protection sociale, Amine Tehraoui, s'est exprimé là-dessus au Parlement en octobre 2025. Il a mis en avant l'importance d'une réglementation qui structure la profession et comble le déficit en ressources humaines. Selon lui, le Maroc ne dispose que de 1,7 médecin psychiatre pour 100 000 habitants, en-deçà des normes de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Une feuille de route pour la santé mentale devra ainsi être finalisée d'ici 2030, avec un cadre normatif pour les psychologues. La question reste de savoir quelle mouture définira ces dispositions.