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Fikra #6 : L'Institut Al Mowafaqa pour canaliser le christianisme renaissant (au Maroc)
Publié dans Yabiladi le 02 - 03 - 2019

Dans son étude sur la genèse de l'Institut Al Mowafaqa, Sophie Bava révèle que son objectif, en plus de répondre aux besoins d'une communauté chrétienne en pleine croissance, est d'encadrer les églises de maison. Une forme de «soft control» qui rejoint l'intérêt d'un Etat marocain méfiant face au risque de prosélytisme et de contestation politique.
Alors que le Maroc s'apprête à recevoir le pape, le chef de l'Eglise catholique dans le monde, comme une consécration à sa politique d'ouverture religieuse, il est utile de relire «Migrations africaines et christianismes au Maroc. De la théologie des migrations à la théologie de la pluralité religieuse», publié par Sophie Bava, socio-anthropologue et chercheure à l'Université internationale de Rabat, en juillet 2016, dans les Cahiers d'Outre-Mer de la Revue de géographie de Bordeaux. Elle y raconte l'histoire de l'Institut Al Mowafaqa, qui offre une formation théologique chrétienne et œcuménique à Rabat depuis 2013, et dévoile, par là même, les enjeux politiques qui en sont à l'origine.
L'arrivée d'étudiants en provenance d'Afrique de l'Ouest, puis de migrants en partance pour l'Europe, a fait exploser le nombre de chrétiens au Maroc. Ils ont repeuplé les Eglises institutionnalisées, anciennes et autorisées que sont l'Eglise évangélique au Maroc (EEAM) et l'Eglise catholique, mais ils ont également créé de nombreuses «églises de maison». Informelles, elles relèvent de mouvements religieux variés et sont généralement fondées par un migrant charismatique devenu pasteur par la simple adhésion spontanée d'un groupe de fidèles.
«Mon église (évangélique, ndlr) a besoin de maturité et de formation théologique parce qu'on rencontre des gosses qui sont vraiment déracinés et sont devenus franchement fondamentalistes, en opposition avec tout ce qui est islam, tout ce qui est catholique, en opposition avec tout ; la terre entière presque… Et donc si je pouvais, je me disais, je ferais ici une formation théologique de qualité.»
Samuel Amédro, pasteur et président de l'EEAM
Les responsables religieux de l'EEAM commencent ainsi, dès le début des années 2000, une réflexion autour de la formation des pasteurs. L'expulsion en 2010 de plusieurs pasteurs soupçonnés par le ministère de l'Intérieur de prosélytisme va l'accélérer.
«Plus d'une centaine de pasteurs ont été interpellés et expulsés du Maroc à la suite d'une première affaire mettant en cause seize éducateurs chrétiens, exerçant dans un orphelinat, The Village of Hope (le Village de l'Espérance) à Aïn Leuh dans le Moyen-Atlas, et qui ont été accusés de prosélytisme auprès des enfants recueillis. Cette série d'expulsions a été le point de départ d'une campagne de surveillance extrême des missionnaires étrangers.»
Karima Dirèche, historienne, directrice de l'Institut d'étude du Maghreb contemporain à Tunis jusqu'en 2017
Des enjeux politiques sous-jacents à la formation des pasteurs de maisons
Pour protéger leurs églises institutionnelles d'une éventuelle réaction du ministère de l'Intérieur qui s'appliquerait à tous les chrétiens sans distinction et reprendre le contrôle sur les pasteurs indépendants des églises de maison, le pasteur Samuel Amédro, président de l'Eglise évangélique au Maroc (EEAM), et l'archevêque de Rabat, projettent la création d'un institut œcuménique de formation en 2011.
«En 2012, les deux Eglises sont enthousiastes et un rendez-vous cordial, selon les principaux intéressés, est organisé avec le ministre des Habous et des Affaires islamiques, M. Ahmed Toufiq. Celui-ci, connu pour son ouverture et sa culture religieuse, universitaire et historien, soutiendra dès le départ les idées qui caractérisent ce projet. Il les accompagne dans leur première déclaration officielle, visant à informer le ministère et le Roi du Maroc de l'existence de l'institut.»
Sophie Bava
Cependant, ces lettres resteront sans réponse et en dépit de la bienveillance du ministère des Affaires islamiques, qui y trouve lui aussi l'occasion de contrôler les bouillonnantes églises évangéliques, Al Mowafaqa n'obtiendra jamais l'autorisation officielle d'exister. Cela ne l'empêchera pas d'ouvrir ses portes deux ans plus tard, en 2013. A l'époque, une partie de son conseil d'administration est toutefois réfractaire à l'idée – pourtant fondatrice - de former les pasteurs de maison. Samuel Amédro poursuit tout de même son projet. Le 12 février 2015, il organise un culte d'action de grâce pour remercier Dieu et le roi pour la régularisation des migrants.
«Demandez au seigneur de sauvegarder cette nation contre tous les périls, contre toute attaque satanique, contre toutes sortes de terreurs, Dieu ; bénis ce pays, bénis le roi de ce pays et son peuple.»
En cœur, les pasteurs des églises de maison lors du culte d'action de grâce
Les enjeux politiques sous-jacents à la formation des pasteurs de maisons apparaissent clairement. Au-delà de la crainte du prosélytisme, il s'agit d'éteindre chez eux toute velléité politique contestataire à l'égard des institutions marocaines et du roi. En 2017, la formation des pasteurs des églises de maison voit enfin le jour. Elle aborde les relations avec le voisinage, la société marocaine contemporaine, l'interprétation de la Bible, la compréhension de l'Islam, la valorisation de la place des femmes, la prédication et l'éthique et la déontologie des responsables de communauté. Chaque séance compte entre 40 et 50 hommes et femmes pasteurs, prophètes et prophétesses, désireux de venir se former.
«Cette initiative peut donc nous interroger sur la place que le Maroc accorde au christianisme, la confiance que le pays accorde à ces acteurs religieux en échange d'une charge première non officielle, celle de contrôler les différentes expressions religieuses dans le pays mais aussi de leur donner, même informellement, le mandat de les encadrer et de rassembler toutes les initiatives chrétiennes dispersées», conclut Sophie Bava.
L'auteure
Sophie Bava, socio-anthropologue, est actuellement chercheuse à l'Université internationale de Rabat. Elle travaille sur le croisement entre les migrations africaines et les dynamiques religieuses issues de ces mobilités entre l'Afrique subsaharienne et le monde arabe. Ses travaux ont d'abord porté sur l'islam, le mouridisme dans la migration africaine, les constructions religieuses des migrants africains au Caire, puis sur la formation religieuse des étudiants africains à Al Azhar.
C'est sur le terrain Egyptien qu'elle découvre la question chrétienne en migration. «Cela m'a permis de comprendre en quoi la religion pouvait accompagner, servir de ressource mais aussi de réseau, de base dans les projets et les itinéraires de migration tout en s'adaptant sous l'effet des migrations», explique-t-elle. La formation religieuse est un de ces réseaux : Al Azhar, l'Institut Dar Comboni au Caire, la Qarawiyin au Maroc, l'institut Al Mowafaqa et la formation des imams «maliens» au Maroc aujourd'hui.
La revue
Les Cahiers d'Outre-Mer de la Revue de géographie de Bordeaux est éditée par les presses universitaires de Bordeaux depuis 1948. Nés à la fin de la période coloniale, avec le soutien de la Société commerciale de géographie de Bordeaux qui associait à son origine commerce, colonialisme et connaissance géographiques des pays et de leurs ressources, ils publient aujourd'hui des travaux multidisciplinaires consacrés «aux Suds» avec une sensibilité environnementale.
Article modifié le 2019/03/04 à 19h52


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