A l'issue d'une séance marathonienne qui a duré près de neuf heures jusque tard dans la soirée d'hier, le procès de Hajar Raïssouni s'est clôturé sur les mots de cette dernière. La journaliste a déclaré se sentir violée dans sa dignité, que la justice décide de l'acquitter ou non, puisqu'elle devra in fine affronter le regard de toute une société. «J'ai subi un examen intrusif sans mon consentement, malgré la résistance, sans anesthésie, sans même que l'équipe médicale ne se présente et m'explique les raisons de ce passage forcé.» Ainsi ont été les mots empreints d'amertume prononcés par Hajar Raïssouni, hier soir, lors de sa dernière comparution au tribunal de première instance à Rabat. Soupçonnée de «débauche et avortement illégal», la journaliste du quotidien arabophone Akhbar Al Yaoum a également exprimé son sentiment d'indignité en s'adressant directement aux représentants du ministère public, au sujet du déroulement de ce procès marathonien et de la diffusion publique d'éléments personnels de l'enquête la concernant. «Là où j'en suis, que vous décidiez de m'acquitter ou de me garder en prison, vous m'avez déjà condamnée à devoir affronter tout le regard de la société», a-t-elle encore déclaré après les longues plaidoiries de ses avocats. Elle a ajouté que «le Parquet était censé [la] prémunir des vagues de diffamation de certains médias, au nom de la présomption d'innocence», alors que celui-ci a précédemment affirmé publiquement détenir des preuves tangibles à l'encontre de la journaliste. Hajar Raïssouni : Un collectif de journalistes lance une pétition pour le respect de la vie privée Lors de cette séance marquée par de vives tensions entre la défense et le Parquet, les représentants de Hajar Raïssouni ont dénoncé l'absence de réactivité du ministère public à leurs requêtes, toutes rejetées, à leurs plaidoiries et aux derniers mots de la journaliste, après lesquels la séance a été levée, dans l'attente que le verdict soit rendu le 30 septembre prochain. Silence du ministère public face aux mots de la défense Parmi la défense de Hajar Raïssouni, Me Mohamed Sadkou nous explique que «la demande principale a été celle d'obtenir sa liberté provisoire au cours du procès», précisant que «ce n'est pas la seule requête qui a été formulée». En effet, l'avocat a également préconisé «l'irrecevabilité des procès-verbaux non-signés par Hajar, tant que le Parquet ne donne pas les raisons de son refus et n'établit pas une situation de flagrant délit dans les éléments de preuve, parallèlement à la violation de l'article 57 du Code de procédure pénale». «Aussi, nous avons requis un recours contre les certificats délivrés par les médecins chargés d'effectuer l'expertise médicale qui a voulu confirmer les faits lui étant reprochés par un processus d'obtention d'aveux entaché de faits assimilés à la torture», nous explique encore l'avocat. Dans ce sens, Me Sadkou affirme à Yabiladi qu'une association, la Ligue marocaine de défense des droits de l'Homme (LMDDH), «a porté plainte pour falsification de certificats médicaux, mauvais traitements et torture». Maroc : L'affaire Hajar Raissouni remet en question la vie privée au cœur du politique A ce propos, les proches de Hajar Raïssouni sont du même avis et estiment qu'«il existe également plusieurs vices de forme». «La journaliste n'a pas été notifiée des motifs de son arrestation lorsqu'elle a été interpellée, la police ne lui a pas rappelé ses droits et elle n'a pas pu bénéficier de la présence d'un avocat comme elle l'a souhaité», nous expliquent-ils en rejoignant les point soulevés par la défense dans ses requêtes. La situation a ravivé davantage les tensions au cours que cette quatrième et dernière audience, à l'issue de laquelle la parole a été donnée au ministère public pour donner lui aussi son dernier mot avant la levée de la séance. «Nous avons été surpris et consternés par le fait que le Parquet n'ait pas réagi, estimant n'avoir rien à ajouter et que le dossier était complet», nous confient les proches de la journaliste, qui reste une nouvelle fois en détention préventive jusqu'au rendu du jugement.