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Driss Houat : «L'Etat doit favoriser le développement d'une industrie locale compétitive»
Publié dans Albayane le 27 - 03 - 2012

Driss Houat, président de la CCIS de la ville d'Oujda, estime que la lutte contre la contrebande passe d'abord par l''accélération de la mise en place des projets structurants de la région et la création des mécanismes pour permettre une conversion des réseaux de commerce illicite et une adhésion des unités au circuit formel.
Tout en soulignant que l'avenir de la région ne peut être que meilleur, eu égard à la volonté affichée par les pouvoirs publics pour en faire l'un des pôles économiques les plus attractifs du pays.
Al-Bayane :
Quel est l'impact de la contrebande sur l'économie de la région orientale?
Driss Houat : L'année 2004 est une date butoir pour le phénomène, de la contrebande dans la région orientale. En effet, dans l'évolution du phénomène on constate deux phases avant et après l'étude :
- L'étude de la CCIS d'Oujda réalisée en 2004 qui révélait des chiffres alarmants:
Ce secteur illicite réalisait un chiffre d'affaires de six milliards de DH par an. C'est le chiffre d'affaires moyen réalisé annuellement par la contrebande dans la région de l'Oriental. Encore faut-il préciser qu'il s'agissait d'estimations minimales. Ce CA de 6 milliards serait équivalent à celui réalisé par 1.200 PME/PMI réunies et par conséquent 32 400 emplois perdus (27 emplois par unité).
La région de l'Oriental était devenue, par la force des choses, une plaque tournante de la contrebande et du commerce informel. Les souks et kissariats d'Oujda, de Nador, de Taourirt, de Berkane ou encore à Béni Drar proposent toutes sortes de marchandises. Cela va des produits alimentaires aux puces électroniques et high-tech en passant par les pièces détachées.
La contrebande n'occupait pas moins de 6.000 personnes, essentiellement des jeunes.
En somme, plus de 422 produits (au moment de l'enquête) sont commercialisés dans les marchés de contrebande d'Oujda et région.
- Mais à partir de 2005 et d'après l'observatoire que la CCIS a créé pour suivre l'évolution du phénomène, on constate une régression progressive du phénomène de la contrebande suite aux interventions des différentes autorités locales par les compagnes de sensibilisation et les descentes draconiennes des douanes et autres services de sécurité et aussi la baisse des droits de douane pour certains produits.. Elle atteindra son apogée en 2008 avec une baisse considérable de 80% suite à l'entrée des grandes surfaces sur le marché qui ont pu capter une bonne partie de la clientèle des produits de la contrebande. En 2009 et 2010, on a constaté une chute continue de la demande des produits de la contrebande et une diminution et même la disparition totale de certains produits tels les yaourts, par moments la farine…et aussi l'électroménager blanc (réfrigérateur, machine à laver …)
- Quels sont les secteurs les plus touchés par ce fléau?
Les produits de contrebande en provenance de l'Algérie et de l'Espagne qui constituaient une aubaine pour les trafiquants sont en nette régression
Outre les produits de contrebande habituels provenant de l'Espagne qui sont très limités, ces dernières années, les produits algériens reçoivent des coups de massue pour leur majorité.
Le carburant n'échappe pas à cette guerre commerciale. Alors que la ville d'Oujda ne comptait, il y a seulement quelques années, que 3 stations seulement, d'autres ont fait surface et continuent à servir les clients.
Le secteur pharmaceutique qui n'était pas aussi épargné en dépit des campagnes menées de temps à autres par les autorités locales pour sanctionner les trafiquants de médicaments. Aujourd'hui on les trouve presque plus.
Les secteurs productifs: Les effets de la contrebande se traduisaient par la fuite des capitaux et la fermeture d'entreprises opérant dans le secteur formel. Nombreux chantiers sont apparus à l'enceinte de la technopole d'Oujda, l'agropole de Berkane, la station balnéaire de Saidia, des hôtels, des restaurants. En fait, il s'agit d'une véritable dynamique.
Au niveau commercial : le centre d'Oujda est en chantier et la place sidi Abdelouhab et zones avoisinantes font une peau neuve.
-En tant qu'organisme d'entrepreneurs, quelles sont selon vous les actions qui devraient être entreprises par l'Etat pour lutter contre ce phénomène?
Pour réduire les effets de la contrebande, un groupe de suggestions ont été proposées par la chambre de commerce, d'industrie et des services d'Oujda en coordination avec les acteurs locaux. Il faut dire qu'elles reposent sur des stratégies à court et à long termes.
La chambre de commerce, d'industries et de services appelle aussi les autorités centrales à soutenir le tissu d'entreprises, notamment en dynamisant les actions des pouvoirs publics dans la région qui visent essentiellement la promotion de l'investissement, l'amélioration de la formation, l'incitation des jeunes à la création des entreprises et innovation. Parmi les autres actions qui méritent d'être soulignées, il y a lieu de noter
-L'accélération de la mise en place des projets structurants dans la région qui auront certainement des retombées positives notamment sur l'emploi.
- Renforcer la sensibilisation de lutte contre la contrebande et inciter tous les acteurs de la vie économique, sociale et politique de s'impliquer davantage dans cette lutte pour venir à bout du phénomène qui risque d'hypothéquer l'avenir de notre économie.
- Sensibiliser l'entreprise elle-même par la mise à la disposition du consommateur d'un produit au rapport qualité/prix attrayant en veillant à ce que le marché soit suffisamment achalandé évitant ainsi toute pénurie qui conditionne la propension à l'informel.
- Créer des mécanismes pour permettre une conversion des réseaux de commerce illicite et une adhésion des unités au circuit formel. Par exemple un fonds spécial financé par les recettes des saisies.
Concernant les premières, il faudra envisager de renforcer les moyens de la douane à travers la dotation de celle-ci en moyens matériels et humains devant permettre à ces soldats de l'économie de venir à bout des fossoyeurs de l'économie. Aussi, il convient de renforcer la sensibilisation pour inciter les populations à consommer les produits locaux. A cela s'ajoute que l'Etat doit favoriser le développement d'une industrie locale compétitive capable de produire la majorité de la consommation nationale, notamment par diminution de la pression fiscale et adjuger quelques avantages préférentiels en considération de la situation que vit la région actuellement. Tout en veillant à encourager l'apparition des grandes et moyennes surfaces et aussi les centrales d'achats.
-Pensez-vous que la fermeture des frontières a eu un impact sur la région ?
Abstraction faite des méfaits ou des bienfaits de la contrebande, une chose est pourtant logique: une alternative s'impose. Certes, la frontière est politiquement fermée. Mais parallèlement, la circulation des biens et des personnes continue de manière informelle. Cet échange traduit indirectement le déphasage qui existe entre une réalité économique et une position politique. Un jour ou l'autre, les frontières s'ouvriront car on ne modifie pas la géographie. Le développement des réseaux terrestres et ferroviaires qui s'ensuivrait donnera un coup de pouce à l'économie maghrébine. Un marché de plus de 200 millions de consommateurs s'ouvrira pour la région. La région aura tout à gagner. La situation de non UMA fait perdre pour les pays de la région 2% du PIB chaque année.
-La région de l'oriental bénéficie de plusieurs projets de développement intégré dont l'agriculture, l'industrie et les services, pensez-vous que cette nouvelle dynamique puisse- compenser l'impact négatif de la fermeture des frontières ?
L'avenir de la région ne peut être que meilleur, eu égard à la volonté affichée par les pouvoirs publics pour en faire l'un des pôles économiques les plus attractifs du pays. Depuis le 18 Mars 2003, date du discours historique de SM Le Roi, de grands chantiers d'infrastructures et d'équipements structurants et d'importants moteurs de croissance économique, sont engagés pour en faire un futur grand pôle économique national. Tous les projets à impact régional sont une priorité : Autoroute Fès-Oujda, rocade reliant Tanger à Saidia, la voie ferrée Taourirt Nador, le programme de développement industriel de la région de l'oriental, agropole de Berkane, technopole d'Oujda, complexe de Selouane , Zone de libre échange au port de Beni Ensar, le programme touristique dont la nouvelle station balnéaire Saidia qui s'étend sur 713 hectares avec une capacité d'accueil de 27.750 lits, avec également la naissance de plus d'attractions dynamiques dans le sud, autour de Figuig et Bouarfa…Ce sera une région attractive, qui devra prendre la place qui lui revient dans l'espace euro-méditerranéen et se repositionner au niveau maghrébin et, par conséquent, se réconcilier avec sa géographie.


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