Sahara : La République tchèque exprime son soutien au plan d'autonomie marocain    IA et données personnelles : la CNDP fixe les règles du jeu    Ministère public: Un plan stratégique 2026-2028 pour consolider l'indépendance du pouvoir judiciaire    Législatives 2026: Le plafond des dépenses électorales passe à 600.000 DH    L'ONMT réunit les leaders du tourisme américain pour promouvoir la destination Maroc    Tourisme : Plus de 1,3 million d'arrivées (+3%) en janvier 2026    La Bourse de Casablanca finit en territoire négatif    Taux directeur : une pause plutôt qu'un tournant ?    Papier hygiénique : Le turc Eczacıbaşı cède Sanipak au fonds Arch Peninsula pour 600 millions de dollars    Conseil de gouvernement: Trois nouvelles nominations à de hautes fonctions    Yaoundé : Le Maroc participe à la 14e conférence ministérielle de l'OMC    Espagne : Une ministre reçoit une délégation du Polisario au sein de son département    La MINURSO sous examen après une visite de responsables onusiens à Laâyoune    Israël : Ziv Agmon démissionne après des propos racistes sur des députés d'origine marocaine    Le Maroc dénonce les frappes iraniennes et insiste sur la paix en Palestine    La FIFA ouvre la dernière phase de vente des billets pour la Coupe du Monde 2026    Maroc – Équateur : tout savoir sur la première de Mohamed Ouahbi    La Fédération Marocaine de Football renforce ses rangs avec des talents de la diaspora pour la Coupe du Monde 2026    Sénégal–TAS–Maroc : le droit pour clore une parenthèse toxique [Edito]    Vidéo. Le Škoda Titan Desert Morocco 2026 se tiendra du 26 avril au 1er mai    Morocco braces for thunderstorms and hail until Friday    Senegal to file corruption complaint against five individuals over AFCON title    Ahead of 2026 World Cup, six players choose Morocco in two weeks    Tanger : un hôpital universitaire de psychiatrie en perspective    Bourita : Les agendas politiques attisent le racisme envers les Marocains résidant en Espagne    Pourquoi la Namibie dit non à Starlink    Lions de l'Atlas : Ouahbi face au défi le plus difficile, durer au sommet    Ayyoub Bouaddi, un dossier stratégique freiné par les enjeux du mercato    Football : le Maroc, 15e nation la plus valorisée au monde par Transfermarkt    Conflit afghano-pakistanais: Reprise des hostilités après une trêve de courte durée    Lutte contre la corruption : le Maroc salué par l'OCDE, malgré des insuffisances    Le journal espagnol La Razón : Maroc–Espagne, une alliance sécuritaire exemplaire au service de la stabilité méditerranéenne    IDE : l'Ethiopie séduit les investisseurs    Washington. SAR la Princesse Lalla Hasnaa représente le Maroc au sommet de la Coalition mondiale pour les enfants    Akhannouch met les enseignants au cœur de la réforme éducative au Maroc    Escroqueries pyramidales : près de 1.900 victimes au Maroc en deux ans    Stock de sang : L'AMSD ambitionne de déployer un modèle transfusionnel dans six régions    Bijoux africains : 5 créatrices qui révolutionnent le luxe    Revue de presse ce jeudi 26 mars 2026    Al Omrane : CA en hausse de 9% et 32.613 unités lancées au titre de Daam Sakan    Espagne-Maroc. La Police espagnole se félicite de l'excellence de sa coopération avec la DGST marocaine    «L'héritage inconnu» : Mohamed Ouachen rend hommage à Fatema Mernissi au théâtre    La belgo-algérienne Nawell Madani rattrapée par la polémique    Design africain : les événements qui vont marquer 2026    Essaouira accueille « La Dolce Vita à Mogador 2026 », vitrine du cinéma italien au Maroc    Subvention de la musique et des arts chorégraphiques: Ouverture des candidatures pour la 1ère session de 2026    CV, c'est vous ! Ep-90. Fadoua Jemoumkh, la social media manager qui rêve grand    «Les Marocains de Norvège», un livre de Jamal Eddine Belarbi sur les récits migratoires    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



La symbiose entre la poésie et la peinture
Publié dans Albayane le 11 - 05 - 2018


Said Haji et Taoufiki Belaaid
Il y a un moment crucial, différenciant pour chacun de ces deux genres. Après la lecture d'un poème, il y a un temps de latence où se déploie cette nécessité d'y coller des images via la comparaison, la compréhension et l'influence imposée par les vers. Par contre, face à un tableau, l'image s'offre d'emblée et exerce son pouvoir d'influence suggestive. Cela se vérifie à chaque fois au contact, séparément, des deux arts.
Mais qu'advient-il quand ils se présentent en même temps, dans un même travail ? Ce qui est peint s'impose sur-le-champ, via les couleurs, les lignes, les formes, les ombres et les lettres. La poésie, elle, s'intègre totalement au plastique d'origine.
On en trouve une représentation éloquente dans l'expérience de l'artiste peintre Said Haji qui vous fait pénétrer dans son univers pictural dès le premier regard, dans son étalement tout en suggestions enflammées. De par ses couleurs et ses éléments constitutifs connus.Des éléments puisés dans son expérience personnelle, dans sa mémoire, ses rêves et ses cauchemars, à partir desquels il a pu créer sa propre technique et ses propres représentations dont la singularité est notoire. Une expérience inspirée de la période de détention, sombre et douloureuse, pour cause d'engagement.
Cette même expérience d'emprisonnement pour militantisme, le poète Taoufiki Belaaid l'a éprouvée dans sa peau. Ce qui crée un lien fort et formel, susceptibles de trouver une visibilité artistique. Lorsque le poète égrène son poème, sa voix intérieure parle et rayonne vers l'autre. Afin d'embrasser toutes les voix démunies de ce pouvoir des rimes. Ce qui permet des rencontres artistiques et créatrices. Mais quand cet autre est lui aussi un artiste créateur et ami, l'expérience se dédouble et s'amplifie.
Une expérience qui oblige à se soumettre à ses exigences artistiques et esthétiques, cette géométrie plastique sur la surface de la toile. Celle-ci issue de l'atelier inconscient (sans perdre de vue sa lucidité) et maîtrisée en même temps de l'artiste Said Haji. Ainsi, Taoufiki Belaaid voit les poèmes de son recueil «Virages errants» dotés de «sens visuel, dans leur étalement sur la page blanche», investis dans les couleurs, dans/entre les formes, illuminés ou nichés entre ombres et lumières. L'ensemble pétri dans l'antre ardent, comme s'ils sont jetés dans un feu sans cesse ravivé par les flammes qui habitent le corps. Le spectateur s'en trouve obligé de changer de position à chaque fois, de mouvoir sa tête et ses yeux pour qu'il puisse accéder au fond de cette expérience multiple dont la contemplation seule est suffisante à générer le plaisir. Or pour aller au fond, il faut se multiplier, lire et voir. En voici quelques représentations.
Le tableau de la naissance :
Les vers sont écrits en arabe et en français. Ça parle de la naissance au milieu des épines et du poison dans la rose. Tout le vocabulaire plastique de Said Haji en rend compte. Un arrière-fond jaune rompue traversé par une blancheur aveuglante. En haut, une chaise brune suspendue dans un vide dans un gris de brouillard. Ce gris est au milieu de la toile comme déchiré en une ouverture circulaire cernée par un liquide grisâtre telle une fenêtre vers le ciel. Mais au-dessous, on est frappé par une tête prise de profil, d'un ton orange, nette et traversée d'éparpillements circulaires de peinture interférant avec le disque jaune du poème mêlé lui-même à du gris éparpillé sur le sommet de la tête. Tout cela nous rapproche du sens de la naissance dans la douleur, la souffrance qui accompagne l'éclosion de l'idée de la liberté par la rose où se niche le poison et qu'entourent les épines.
Le tableau de la liberté :
Ces mêmes éléments sont visibles dans un autre tableau, mais différemment. Le poème introduit évoque le fait de tomber dans de l'argile après un dur combat, mais aussi le fait de se relever et de continuer. La question éternelle de la liberté, à jamais. La toile en rend compte avec un arrière fond rouge foncé dominant la moitié de la surface. Et sur laquelle sont jetées des couleurs clairs et lumineux, mais dénuées de transparence, réparties en lignes, comme s'ils cachent, ou au contraire, percent ce qui les précédent. Or en bas et plus en avant on est face à une chaise et au-dessous une tête de profil.Le tout baignant dans un bleu indécis qui offre une image de transcendance qui accroche l'œil et interroge le regard. C'est un mélange de sang, d'eau et de création.
Le tableau de la torture
Il offre à un poème de Taoufiki Belaaidune grande force plastique. Puisque placé au milieu d'un tableau rayonnant et enflammé en une composition équilibrée intelligemment. Les vers bombardent une chaise inclinée et une personne toute aussi inclinée, sous le poids bien sûr de ce moment de confrontation douloureuse avec l'autre. Le poème joue son rôle de porteur de la résistance et de la rébellion. Une toile qu'on pourrait assimiler à un cri du poète incorporé avec une force, aigu en plein épisode de torture. Les vers y sont « déclamés » tels des éclairs tranchants d'une foudre qui fait s'écrouler le joug du mensonge. Une toile qu'on ne cesse de contempler avec subjugation.
Le tableau de l'araignée
C'est du pur art poétique et plastique à la fois. Le poème s'y octroie une plus grande place sur un fond d'un rouge foncé, et sur ce qui ressemble une page d'un gris rompu dominant avec quelques tâches de vert. Ça donne à la toile trois niveaux posés l'un sur l'autre comme des ajouts pleins de sens. Ce dernier est porté par l'élément de la chaise sur laquelle une araignée noire à tissé sa toile. Deux des grands composants de l'art de Said Haji. On se trouve face à ce moment d'extrêmes souffrances.La limite de l'expérience de manque de poids mais qui n'entame guère le désir de vie, de mémoire, de création. Se rebeller s'identifie à un acte du vivre. Le poème parle d'ailleurs d'un chemin vers la guillotine et d'une femme portant des roses et des chants.La toile ne présente pas de visage ni d'homme. Une absence après la réalisation de l'œuvre : le tableau, le poème. Une preuve de présence accomplie pour libérer les autres, pour qu'ils vivent. Un tableau où le sombre montre le chemin.
L'expérience conjuguée de ces deux créateurs nous offre un instant d'art ardent et criant de vie. Comme elle nous met face à la traduction artistique de la force de le la mémoire militante contre l'oubli et les frontières. Exprimer le vrai par la parole et le pinceau.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.