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Mario Vargas Llosa, prix Nobel 2010 : Une figure d'exception... et de paradoxe
Publié dans Albayane le 28 - 10 - 2010

Figure de proue des lettres latino-américaines, Mario Vargas Llosa est un écrivain monumental qui jouit d'une imposante renommée internationale. Il est lauréat du prix Nobel de la littérature pour l'année 2010. À la fois romancier, essayiste, critique et auteur de théâtre, la carrière littéraire de l'écrivain a dû cohabiter avec les ambitions politiques de l'homme. En effet, en 1990, Vargas Llosa briguait sans succès la présidence de son pays natal, le Pérou. Sa défaite eut néanmoins l'avantage de lui redonner du temps...
Tout débute le 28 mars 1936, à Arequipa, au Pérou. Les jeunes années du petit Mario se déroulent aux côtés de sa mère ; il ne connaîtra son père qu'au tournant de ses dix ans, lorsque celui-ci reviendra habiter avec la famille à la suite de tentatives commerciales infructueuses. À l'adolescence, Mario Vargas Llosa est inscrit à l'Académie militaire de Lima. Son séjour lui laisse d'horribles souvenirs qui, cependant, lui inspireront son premier roman. Il poursuit ensuite ses études en lettres et en droit, et s'initie à l'écriture journalistique.
En 1955, Mario Vargas Llosa soulève un tollé en épousant sa tante par alliance, Julia Urquidi, qui s'adonne à être aussi considérablement plus âgée que lui. Cet événement ne fut pas sans créer de remous et allait, encore une fois, alimenter la trame narrative d'un de ses romans les plus connus, Tante Julia et le scribouillard (1977). Mais à l'aube des années 60, une bourse d'étude en poche, Vargas Llosa quitte pour Madrid afin d'y poursuivre son doctorat. Il s'installe ensuite à Paris, où il enseigne l'espagnol, travaille comme journaliste et découvre l'existence d'une «Amérique latine» auprès de ses compatriotes en exil.
C'est en 1963 que la carrière de Vargas Llosa prend véritablement son envol, avec la publication de La ville et les chiens, son tout premier roman. Le livre, qualifié de chef d'œuvre dès sa sortie, obtient un énorme succès et se voit rapidement traduit en une vingtaine de langues. Mario Vargas Llosa gagne de fait ses lettres de noblesse... C'est le coup d'envoi d'une grande aventure, qui mènera l'écrivain autour du globe : Londres, Paris, Barcelone, Lima... Vargas Llosa a la bougeotte et enseigne un peu partout mais, dès qu'il arrive quelque part, il se remet à travailler. «C'est ma seule continuité», ajoute-t-il.
Depuis ses débuts fracassants en littérature, le prolifique Vargas Llosa a écrit une quinzaine de romans, trois livres de contes, cinq pièces de théâtre, une quinzaine d'essais et ses mémoires, sans compter les centaines d'articles publiés dans les revues et les journaux, dont des chroniques d'humeur qui paraissent dans le quotidien espagnol El País. Il mentionne d'ailleurs en entrevue qu'il faut «assumer sa passion pour la littérature comme une destin qui deviendra une servitude, voire un esclavage».
Si l'écrivain - qui alimente ses fictions aux sources de l'autobiographie - est reconnu comme un être d'un rare talent, il est aussi décrit comme un être de contradictions. À ce sujet, son magistral corpus romanesque partage le destin parfois amer du peuple latino-américain, ses espoirs et ses faiblesses, pendant que son discours politique encense Margaret Thatcher et le libéralisme économique, comme il dénigre les défenseurs de la clause d'exception culturelle. Ainsi, cet homme, qui n'est pas sans nous rappeler la figure mythique d'un Janus, explique-t-il cette posture paradoxale : l'écriture est œuvre d'instinct et de passion, cependant que la politique est œuvre de raison.
Glissons donc quelques mots sur son aventure politique... En 1987, le gouvernement péruvien tente d'étatiser l'ensemble du système bancaire et financier, ce à quoi s'oppose Vargas Llosa. Un mouvement de protestation s'organise autour de l'écrivain qui, fondant le Mouvement des libertés, s'alliera à une coalition de droite en vue des élections de 1990. Une chose en entraînant une autre, il brigue la présidence péruvienne, qui lui échappe au deuxième tour, au profit d'Alberto Fujimori. À la suite de cet épisode, il rentre à Londres écrire ses mémoires.
Peu importe les orientations politiques de l'homme, l'œuvre d'un des plus grands écrivains du XXe siècle séduit des lecteurs de partout, comme en fait foi la pluie de distinctions littéraires et de doctorats honorifiques s'abattant sur l'auteur, dont le prestigieux Prix Cervantès. Comme quoi Mario Vargas Llosa avait vraiment vu juste le jour où «il a choisi d'être romancier parce qu'il ne pouvait pas être aventurier».
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