Pas de répit ce matin pour les cours du pétrole sur fond de chaos en Libye... Le baril de Brent (contrat à terme d'avril) grimpe encore de 1%, à 106,90$, tandis que le WTI américain atteint 96,60$ sur le contrat d'avril et 94,50$ sur le contrat de mars, qui arrive à échéance aujourd'hui. La situation insurrectionnelle en Libye commence en effet à perturber sérieusement les exportations de ce pays membre de l'OPEP. Toutes les compagnies étrangères et leurs sous-traitants sont en train d'évacuer leur personnel expatrié et de réduire, voire d'arrêter leur production face au chaos qui règne dans le pays. Ainsi, Wintershall, filiale de l'Allemand BASF, a été la seule à confirmer publiquement l'arrêt de sa production. Le norvégien Statoil ASA a également fermé ses bureaux et évacue ses salariés, selon des sources locales. Royal Dutch Shell, Total, Repsol et l'italien Eni, sont en train de faire de même... Avec une production de l'ordre de 1,6 million de barils par jour, la Libye est le 12ème exportateur mondial de brut. Le pays est un fournisseur majeur pour l'Europe, notamment l'Italie, l'Allemagne et la France, qui ont importé à eux trois la moitié du pétrole libyen en 2010... Hier, un haut responsable d'Arabie Saoudite, principal producteur de l'OPEP, a assuré que le marché du pétrole était actuellement "suffisamment approvisionné", et ne nécessitait pas d'intervention de la part des pays producteurs en dépit de l'envolée récente des cours sur les marchés. La pénurie de pétrole ne menace donc pas, car les autres pays producteurs ont les moyens d'accroître leur production si nécessaire pour compenser une chute temporaire des exportations libyennes. Toutefois, ce qui inquiète le plus les investisseurs, c'est le risque croissant d'une contagion des insurrections moyen-orientales à des pays pétroliers plus importants, comme l'Iran ou l'Arabie Saoudite, où la minorité chiite pourrait se soulever pour demander davantage de pouvoir face au pouvoir sunnite. Depuis la semaine dernière, les chiites du petit royaume de Bahrein sont ainsi descendus dans les rues, entraînant une reprise en main du pays par l'armée. Des négociations se sont toutefois ouvertes avec l'opposition, mais les manifestations se poursuivaient encore hier. Pour l'anecdote, le Grand Prix de Formule 1 de Bahreïn, prévu le 13 mars prochain, a dû être annulé... La crise affole les marchés 12ème exportateur mondial de brut et membre de l'OPEP, la Libye produit 1,58 million de barils de pétrole par jour (mbj), ce qui ne représente un peu plus de 5% de la production journalière de l'OPEP, qui assure elle-même environ 40% de la production mondiale. Mais des perturbations concernant les livraisons de Tripoli suffiraient à perturber les marchés, selon les analystes, dont la grande peur est désormais que la traînée de poudre n'atteigne les monarchies pétrolières du Golfe, à commencer par l'incontournable Arabie Saoudite... Plus la tension monte en Libye et plus les investisseurs pétroliers tremblent. Sur la seule journée de lundi, les cours du brut américain pour livraison en mars à New York ont connu une progression de plus de trois dollars, propulsant le baril à 89,53 dollars contre 86,08 vendredi. Même mouvement haussier brutal à Londres où le baril de Brent de la mer du Nord est monté jusqu'à 105,08 dollars en séance, du jamais vu depuis le 25 septembre 2008. Comme avec l'Egypte, les marchés ont peur de voir les troubles en Libye provoquer des tensions sur l'approvisionnement en pétrole. Mais cette fois, les craintes sont plus vives car la Libye est exportatrice d'or noir. Le pays de Kadhafi, membre de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), est le quatrième producteur de pétrole en Afrique, avec près de 1,8 million de barils par jour et possède des réserves évaluées à 42 milliards de barils. «En cas de guerre civile, les stocks sont menacés», expliquent les analystes de Saxo Banque. La peur de voir le pays plonger dans le chaos semble plus concrète que ne l'était la fermeture éventuelle du canal de Suez en Egypte. La Bourse en Asie plonge de 2% L'aggravation de la situation en Libye fait plonger les Bourses asiatiques ce mardi matin. A Tokyo, l'indice Nikkei a ainsi cédé 1,78% à la clôture, tandis que Hong Kong a plongé de 1,97%, et qu'à Shanghai, l'indice CSI 300 relâche 2,3% en séance. Taiwan cède 2,4%, Séoul recule de 1,7%, Sydney et Bombay (indice BSE Sensex) perdent 0,7%, et Singapour descend de 1,3%. En Nouvelle-Zélande, la Bourse a baissé de 0,7% alors qu'un violent séisme a frappé dans la nuit la ville de Christchurch, faisant au moins 65 morts et de nombreux blessés, selon un premier bilan. Sur l'ensemble de la région, l'indice MSCI Asia Pacific perd ce matin 1,9%, dans la foulée des marchés occidentaux qui ont rechuté hier (-1,8% pour l'EuroStoxx 50), en l'absence de Wall Street, fermé pour President's Day...