Agriculture. Le virage DATA-TIKA pour sécuriser la transformation digitale    Croissance en recul : le Kenya face à la pression des prix de l'énergie    Viandes rouges. L'ONSSA renforce la mise à niveau sanitaire et la traçabilité    Damien Patrick Donovan: « Nous souhaitons développer des partenariats concrets entre l'Australie et le Maroc »    Le Burkina Faso renforce sa stratégie frontalière    Mercato : Azzedine Ounahi dans le viseur de l'Atlético    Classement FIFA féminin : le Maroc poursuit sa montée en puissance    Berklee au Nigeria : un tremplin international pour les artistes émergents    Dakar. Une reine vagabonde couronnée au sommet du cinéma féminin    Sahara marocain : Le Honduras suspend à son tour sa reconnaissance de la pseudo «rasd»    Aéroport Rabat-Salé : hausse du trafic passagers à fin février    Maroc : lancement de la Stratégie nationale de Supply Chain Finance    Sahara marocain: le Honduras suspend sa reconnaissance de la pseudo RASD    Controverse à Marrakech autour d'un rituel juif devant Bab Doukkala    Drames de la migration : 7.900 morts ou disparus en 2025    Le Maroc, un partenaire de référence pour l'Autriche (président du Conseil national autrichien)    Après la rencontre Boulos–Attaf, le Polisario durcit le ton face à Washington    Ajax Amsterdam : Rayane Bounida attise les convoitises en Bundesliga    Austria praises Morocco's South-South cooperation model, EU partnership efforts    Modernisation du tri et de distribution des permis de conduire, carte et certificats d'immatriculation électroniques    Peines alternatives et réduction automatique des peines : un premier bilan encore contrasté    Azrou : des lycéens engagés pour la cause environnementale    Philippe Lalliot sera le prochain ambassadeur de France au Maroc    SIAM 2026 : OCP met en avant sa vision intégrée de l'agriculture et de l'élevage    Essaouira : le Festival Printemps Musical des Alizés revient pour une 22è édition    Lalla Khadija, Lalla Meryem, Lalla Hasnaa, et Brigitte Macron, assistent au spectacle d'ouverture du Théâtre Royal de Rabat    Art'Com Sup Rabat accueille une rencontre ouverte au public autour de l'ouvrage Origines historiques et artistiques d'Essaouira, "cité des Arts" de Pr Monssef SEDKI ALAOUI.    Gnaoua et Musiques du Monde : Une transe-mission sans frontières    L'opposition soulève le mystère des financements... et le dialogue social déçoit les espoirs des syndicats    Austria saludó el miércoles las amplias reformas emprendidas en Marruecos bajo la dirección de Su Majestad el Rey Mohammed VI, en favor de una sociedad y una economía marroquíes más abiertas y dinámicas.    La Bourse de Casablanca termine sur une note quasi-stable    L'organisation de la CAN 2027 menacée en Afrique de l'Est après plusieurs retards    Ismaël Baouf : une trajectoire qui mène naturellement vers les Lions de l'Atlas    Terrorisme au Sahel: le Niger et le Mali pointent du doigt l'Algérie    Israël-UE. L'accord d'association ne sera pas suspendu    Soutien affirmé : Vienne rejoint la dynamique internationale autour du Sahara marocain et ouvre une nouvelle ère avec le Maroc    Coopération maroco-espagnole pour rechercher un bateau de migrants disparu au large de Tan-Tan    Démantèlement d'un réseau de drogue lié au Maroc en Italie après trois ans d'enquête    Activités commerciales nocturnes : des professionnels démentent tout couvre-feu    Entretien entre Mohammed VI et le président des Emirats pour renforcer la coopération bilatérale    USA-Iran. Trump prolonge le cessez-le-feu    Aide militaire à l'Iran? Pékin rejette les sous-entendus de Trump    Le Real Betis bat Girona FC, Ezzalzouli et Ounahi décisifs    Maroc-Emirats : Entretien téléphonique entre SM le Roi et Cheikh Mohammed Ben Zayed    Cannabis legal: Una producción de más de 19 000 Qx en 2025    FLAM 2026 : Marrakech, carrefour des littératures africaines    Aziz Akhannouch anticipe la fin de la guerre en Iran et une baisse des prix des carburants    Le Festival de Fès des Musiques Sacrées du Monde dévoile sa 29è édition    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



L'Homme refuse d'être libre
Publié dans Aujourd'hui le Maroc le 10 - 07 - 2020

«Comme l'eau ne peut pas se transformer ainsi que lorsque des causes déterminantes l'amènent à l'un ou à l'autre de ses états, de même l'homme ne peut faire ce qu'il se persuade être en son pouvoir que lorsque des motifs particuliers l'y déterminent».
Arthur Schopenhauer.
La liberté opprime l'Homme d'aujourd'hui. Je ne dirais pas l'Homme moderne car jamais version plus caduque de cette humanité n'a existé. L'Homme d'aujourd'hui est l'aboutissement d'une réelle régression de cette même humanité qui se targue de milliers d'années de soi-disant évolution. Une humanité investie d'un paradoxe essentiel. Celui-ci est mû par un égo démesuré. Il est sous-tendu par la volonté de donner une valeur nouvelle au sens de la liberté comme elle n'a jamais été définie auparavant. La définition première de la liberté aurait pour principe premier, depuis Aristote, la Nature. L'Antiquité, elle, donne comme valeur transcendée au concept de liberté, l'absence de contrainte qui reste aujourd'hui pour l'Homme «Normal», la conscience première de sa liberté arbitraire. Or, nous avons oublié ou refoulé que si la contrainte peut priver l'Homme de sa liberté, l'ignorance, elle, l'assujettit. Ainsi, sommes-nous tous soumis et contraints au nom de la liberté. Une liberté prédéfinie par cette modernité, déjà obsolète que nous vivons, une liberté ficelée par un déterminisme conditionné. Car on vous offre une liberté à la carte matérialisée. La substance et la matérialisation sont les postulats de la vie normale, telle qu'elle nous est servie. Elle est préétablie avec des contours barbelés, réduisant ainsi la liberté dans son percept. Le percept tirant son essence dans l'émotion fait jaillir l'angoisse dans ses différents sillons. Des sillons que la Nature ne régit plus.
Car la Nature est bien difficile à contrôler et à assujettir. L'angoisse existentielle, décrite, vécue, analysée, philosophée, biologisée ou sociologisée n'est plus à l'ordre du jour, parce qu'innée et déterminée par l'impulsion environnementale, soit le cours de nos vies et les obstacles que nous rencontrons. Mais l'Homme n'aime pas les surprises. L'inattendu doit absolument être contrôlé. Attendre le déroulement de sa vie est bien trop angoissant. Autant le prévoir. Autant le travailler en un bien commun dans le meilleur des mondes où plus rien n'est à venir puisque les hommes se suivent et se ressemblent.
De ce fait, leurs rêves sont les mêmes. Leurs aspirations sont identiques. Mieux encore, leurs amours épousent leur Moi démesuré pour une haine de soi inconsciente. L'Homme naît libre mais il cherche la contrainte. Il mesure son âme et l'emprisonne. Il met en place un baromètre de l'étendue des possibles au nom de la morale, de la loi, d'autrui, de la politique..., qui ne sont que la connotation directe de ses angoisses. On nourrit le monstre en prétendant le faire disparaître. On se tend l'os pour tâter l'oie qu'on a gavée. Et on se met un tronc dans l'œil en affirmant mieux voir.
De l'antiquité à nos jours, nous avons séparé l'âme du corps. Nous avons matérialisé l'âme en lui donnant des marges et en donnant un cadre à cette liberté. Liberté de désirer. Liberté de son corps. Liberté de paraître. Liberté de se vêtir. Liberté de travailler. Liberté de produire... Le tout simplement pour exister et non pour vivre. Exister au sens substantiel est bien plus facile. Donner matière aux choses permet des contours.
Les contours permettent des limites. Les limites permettent le contrôle. Le contrôle permet la mesure. La mesure ouvre de nouvelles portes à la souffrance. Une angoisse barométrée et contrôlée implose en un champ d'autres angoisses et crée la démesure de la souffrance humaine. La sublimation n'est guère moderne. Ceci on le sait. La créativité est l'apanage des fous. Les arts sont jetés aux oubliettes, et deviennent, du coup, une espèce de valeur commerciale, une source de soins par l'absurde. Dans ce sens, l'expression de la pensée et des émotions, la sublimation de l'angoisse existentielle pour un idéal imaginé ou imagé, transcendant l'émotion vers l'acceptation et l'élévation, s'avèrent trop longues, trop fastidieuses. Il y a plus rapide. Plus simple. Plus efficace.
Prenons les femmes qui se ruent sur les étalages. Sauf que le vêtement n'a plus besoin d'être porté. Car l'acquisition est plus importante que l'objet et son utilité. Les achats compulsifs sont une addiction comportementale à part entière adoptée et acceptée. La compulsion est une réelle révélation. Pire encore ! Quand la mère consomme les magasins, les enfants pianotent à la Play, leurs grands frères s'allument des joints tandis que les sœurs fixent leur image dans un miroir.
Le plaisir immédiat et l'attribut matériel sont rassurants. Ce sont de véritables objets contraphobiques agonisants. Puisque les phobies s'joutent les unes aux autres nourrissant ainsi un monstre intrinsèque qui grandit dans et par le vide.
Il est impressionnant de voir cette angoisse du vide et cette course à le combler.
Une course effrénée à se fuir et à se remplir indéfiniment. On se gave à en vomir. On se gave de sucre, de cocaïne, d'alcool, de cannabis, de jeux vidéo, d'images pornographiques, de paradis artificiels, vite consommés, vite échangés. Combler, se combler et surtout remplir le vide. Se combler et combler ses failles. Se gaver d'objets, d'homme-objet, de femme-objet, d'enfant-objet. L'autre est un moyen de satisfaire un besoin : celui, bien clair, de me faire plaisir. Etre comblé à la recherche de plaisirs toujours plus insatisfaisants. Insatisfaction et comblement font bon ménage.
Et on fait grandir ses failles jusqu'à ce qu'elles soient si larges, si profondes pour qu'on s'y noie. Ce qu'il faut retenir, c'est que tout ceci se met en branle, au nom du bonheur et au nom de sa liberté. Impressionnant ! On s'aliène et on se menotte en quête de liberté et de bonheur. La liberté est un mot qui chante plus qu'il ne parle mais il a tellement chanté que c'est une cacophonie invraisemblable. On est libre d'agresser. On est libre de se droguer. On est libre de détruire. On est libre de polluer. On est libre de voler. On est libre de violer. On est libre de soudoyer. On est libre d'arracher. On est enfin libre de se détruire. Or, on le sait, bonheur et plaisir ne peuvent se conjuguer à la liberté automatiquement. Puisque bonheur et plaisir ne peuvent se conjuguer biologiquement.
Ceci, les neurosciences l'ont démontré depuis un moment. Le bonheur se construit sur la quête de soi. C'est un cheminement profond et long qui permettrait une forme d'élévation. Celle-ci pourrait mener vers une probable définition de cette béatitude plate que pourrait être le bonheur. On peut ici parler d'un arrêt du temps qui coule et qui nous coule. Le bonheur d'un être libre découlerait immanquablement de sa faculté de maîtrise du temps. Reste à le prouver. Ceci est un autre sujet...
Encore faut-il que l'homme éprouve du plaisir dans la béatitude plate. Au cœur du calme. Dans l'absence de remous. Dans l'entente de soi. Dans la conscience de soi. Sûrement pas. Le tumulte et le conflit sont plus percutants. La sensation est plus marquante que le sentiment. On doit bien se rendre compte que l'homme refuse le bonheur, d'une certaine façon. Et comme il refuse le bonheur, il refuse, du même coup, la liberté. Sa liberté.
Ce qui demeure certain c'est que vivre le fantasme est plus sensationnel et moins engageant. Comme le fait de clamer et de revendiquer sa liberté assure l'homme de son incapacité de contrôle. La fatalité permet la suprématie du temps et l'homme refoule sa conscience de soi et du monde dans un inconscient qu'il a créé, et qu'il nourrit pour s'assurer de ne jamais être libre.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.