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Je cherche un homme…
Publié dans Aujourd'hui le Maroc le 04 - 09 - 2020

«L'homme a besoin de ce qu'il y a de pire en lui s'il veut parvenir à ce qu'il a de meilleur»
Friedrich Nietzsche
On en arrive à cette période si prévisible où les uns se lâchent sur les autres, où chacun tire une couverture sale sur lui-même pour dénuder l'autre, où l'unique valeur qui reste est celle de la haine du prochain. On en est arrivé à un point de non-retour. La Covid aura raison de l'humain. L'ironie est que l'humain lui-même est composé de 80% de virus. Il aura fallu chercher celui qui sort de notre composition afin de nous acheminer sereinement vers un réel collapsus de l'humanité. La sonnette d'alarme a été tirée à maintes reprises par nombreux savants déclarés fous, car ne rentrant pas dans la consonance de consommation de masse impliquant l'agonie terrienne certaine. Un comportement ordalique humain, prévisible du reste, aura eu raison de Dieu. Soyez rassurés, il n'y a dans ces phrases aucune consonance religieuse d'aucune manière.
Loin de là. Ceux qui cherchent une certaine forme de rédemption dans ce monde futile où l'on vit aujourd'hui se trompent d'époque. Soit ils sont venus tardivement. Soit, ils sont venus très tôt. Bien que je penche sérieusement pour une troisième voie : beaucoup trop nombreux sont ceux qui ont tardivement manifesté leur frayeur d'être des individus à part entière. Alors, ils se sont agglutinés dans des réseaux où l'un n'existe plus et le On prend l'improbable caution du groupe. Quoi qu'il en soit, ceux qui sont là aujourd'hui -sans parler de demain- ne sont porteurs d'aucune valeur humaine valable. Et certainement d'aucune chance de retrouver une once de cette présumée humanité perdue.
Des milliers d'années pour construire et seulement un siècle pour tout détruire
L'école est le sujet du jour ; pas qu'au Maroc, dans le monde entier. Quel sera l'avenir de nos enfants ? Je ne parle pas d'attributs tayloriens modernes nous enfermant dans des castes et nous rendant dépendants de nos objets contre-phobiques du vide qui nous habite. Je parle de nos enfants assoiffés d'apprentissage. Je parle de l'avidité innocente de la connaissance. Je parle de la recherche effrénée d'identification. La recherche du maître dont le disciple perpétue l'œuvre. Encore faut-il que l'humain soit toujours cet être pensant engagé à perpétuer la connaissance. La covid nous menace certes. Un virus sans intelligence arrivé à un moment où la cognition humaine n'a pas de place. Panurge aurait été le bon meneur de nos jours. Certainement plus avisé à gérer les moutons-humains d'aujourd'hui.
Je pleure l'école de la sociabilité. Je pleure l'école de l'insouciance. Je pleure l'école de l'élévation troquée depuis longtemps contre l'éducation.
Que sera l'humain de demain ?
Je m'explique. Un jour un pseudo sage est venu rendre visite à un dénommé Diogène. Il lui demande pourquoi il ne veut plus frayer avec le commerce des hommes. La réponse est sans appel : de quels hommes parles-tu ? Et le lendemain, Diogène sort marcher dans la cité une lampe allumée à la main. Il est midi. Les uns comme les autres viennent l'interpeller. «Tu as perdu la tête, vieux, une lampe allumée à midi, quelle folie ?» « Non, crétins, je cherche un Homme». C'est ce même bonhomme, qui un jour, reçoit la visite d'Alexander dit le Grand, alors que le vieux roupillait dans son tonneau. Le chef d'armée lui demande ce qu'il voulait. Diogène lui jette, «Ôte-toi de mon soleil». Pour ceux qui ont compris, on avance. Pour les autres, on s'en balance. Je n'en attendais pas moins. Ramenons alors toute cette crasse à ce cher Maroc, la connerie, la bêtise, la stupidité criarde, la fausseté, les faux-semblants, les petits arrangements avec soi ont atteint un tel degré d'horreur que quand ça a débordé- et je l'ai dit, il y a très longtemps- appréciez aujourd'hui le spectacle. Qui est qui et qui n'est pas celui que beaucoup trop nombreux ont cru ? Le mirage urbain sur fond de néon et de strasses de pacotille livre un seul réel message : c'est foutu. L'ego gère le comportement humain. L'individualisme est roi. L'engagement est obsolète. On se dédouane de tout. Pourtant chacun de nous est responsable.
Comment insuffler émotion et profondeur dans un vide craint ? Un vide qu'on nourrit d'images et d'objets de culte. Une humanité qu'on maquille, qu'on modèle en standards, qu'on cache derrière des ornements divers pour cacher, pour se cacher. Même les masques Covid ont des marques. Et des strass. Nous avons raté tant de virages dans ce pays. Pourtant on avait mieux commencé que les autres. Une vision avant-gardiste exemplaire, une entreprise stratégique Covid on ne peut plus humaine et réussie jusqu'au 20 juin. Puis l'effondrement. Nous avons pris une voie parallèle qui donne l'illusion d'être celle à prendre – non pas que je veuille tracer des lignes pour les gens, chacun marche où il veut, comme il le veut, pour que l'on soit clair – mais les voies parallèles mènent immanquablement vers quelqu'un d'autre que soi. C'est une loi immuable -pour le moment- de la physique. Quand tu marches à côté de toi-même, ne crois pas que c'est toi qui marches. C'est une déformation de trajectoire et d'optique dans un monde déjà si flou que ses contours laissent tomber des comédies humaines si tragiques et si avilissantes.
Je précise. La Covid n'est pas pour les autres. Elle est pour tous. Et si vous êtes porteur asymptomatique ou plus solide que d'autres, partout vous serez plus fragile, plus susceptible de tomber malade ou même partir. Donc que faire ? Etre responsable et impliqué connote la maturité. Assumer l'irresponsabilité et fuir la réalité relèveraient d'un individualisme ancré hérité de notre cerveau reptilien peut-être. A ce moment-là laissons la sélection naturelle s'opérer. Restons les plus forts. Les plus travailleurs et bonjour l'esclavage moderne !
Je m'explique. Un autre vieux singe va voir un grand bonhomme, qui a quitté la cité pour une grotte sur une montagne. Il ose lui demander pourquoi avoir tranché dans le vif. Je vous le donne en mille. «J'ai trouvé plus de danger parmi les hommes que parmi les animaux». Amen.


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