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Amina Benkhadra : «Il est nécessaire de rénover le système de la compensation»
Publié dans Aujourd'hui le Maroc le 23 - 11 - 2007

Au vu de la conjoncture actuelle, la flambée des cours de l'or noir ne cesse d'alimenter les craintes des analystes au niveau mondial. Amina Benkhadra, ministre de l'Energie, des Mines, de l'Eau et de l'Environnement, revient sur l'impact sur le Maroc et les efforts du gouvernement pour parer à ces risques. Elle détaille les mesures entreprises ainsi que les ambitions marocaines en matière d'énergies renouvelables.
ALM : Que pensez-vous de la conjoncture internationale marquée par une notable flambée des cours du pétrole ?
Amina Benkhadra : Le marché international a connu au cours des dernières semaines une hausse importante des cours de pétrole brut qui ont atteint des niveaux record. Le prix moyen du brut enregistré au cours de la période janvier- novembre 2007 s'est établi à 69,21 dollars le baril, alors que la moyenne en 2006 a été de l'ordre de 65 dollars le baril.
Je ne vais pas détailler les éléments ayant contribué à cette hausse, mais il me semble important de préciser ici que cette situation a été la conséquence de la conjugaison de plusieurs facteurs à la fois politique et technique : la hausse de la demande à l'échelle internationale, notamment aux Etats-Unis, en Chine et en Inde, l'insuffisance des capacités de raffinage aux, Etats-Unis, l'instabilité au Moyen Orient et le phénomène de la spéculation.
Il convient de signaler que le prix moyen du pétrole brut a été multiplié par 3,6 entre 2002 et 2007, en passant de 19,5 en 2002 à 70 dollars le baril pour 2007.
Quelles sont les incidences sur le Budget de l'Etat ?
Le Budget de l'Etat est évidemment touché par la hausse de la facture énergétique (pétrole et charbon) qui est passée de 19 milliards DH en 2002 à 46 milliards DH en 2006. Pour 2007, la facture énergétique serait de 50 milliards DH dont 44 milliards DH rien que pour le pétrole. Dans ce contexte international, la préoccupation majeure pour le gouvernement est d'assurer la sécurité d'approvisionnement en tous produits pétroliers et de limiter autant que possible l'impact sur le pouvoir d'achat. D'ailleurs, ces hausses n'ont pas eu de répercussions. Le ministère de l'Energie, des Mines, de l'Eau et de l'Environnement continue de suivre avec vigilance l'évolution du marché pétrolier international.
Envisagez-vous des actions concrètes pour faire face à cette hausse ?
Permettez moi de rappeler que pour faire face à cette situation, l'Etat consacre annuellement des sommes importantes pour soutenir les prix des produits pétroliers liquides et du gaz butane. Pour l'exercice 2007, la subvention de ces produits dépassera 10 milliards DH, soit 2% du Produit intérieur brut. En 2006, le montant de la subvention a été de 7,5 milliards DH. En ce qui concerne l'année 2008, la somme inscrite au niveau de la loi de Finances pour soutenir les prix des produits pétroliers est supérieure à 12 milliards DH.
Cette flambée ne risque-t-elle pas de déteindre sur le pouvoir d'achat des Marocains ?
Le gouvernement accorde une grande importance à la sauvegarde du pouvoir d'achat des citoyens et à la compétitivité du secteur industriel marocain. Je vous signale que le consommateur marocain ne paie aujourd'hui que l'équivalent de 60 dollars le baril pour les produits pétroliers liquides et que le reste, soit 34 dollars le baril, est supporté par le Budget de l'Etat. Pour le prix du gasoil et sur la base des prix actuels, l'intervention du Budget est de 2 DH le litre. En ce qui concerne le fuel oil, les industriels marocains bénéficient actuellement d'une subvention de 1.640 DH la tonne pour un prix de vente de 2.874 DH la tonne.
Pour le cas particulier du gaz butane qui représente 20% du marché, la subvention accordée représente 55 à 60% de la subvention globale. Par ailleurs, le prix intérieur du gaz butane bénéficie actuellement d'une subvention de 70 DH pour la bouteille de 12 kg et de 18 DH pour la bouteille de 3 Kg, soit l'équivalent de 64% du prix réel qui est de 110 DH pour la bouteille de 12 kg.
Les prévisions du gouvernement pour compenser les pertes ne risquent-elles pas d'être contrecarrées par la hausse croissante des prix du pétrole ?
En 2008, le montant global des subventions pour soutenir les prix des produits de première nécessité (farine, sucre, produits pétroliers liquides et gaz butane) est de 20 milliards DH. Ce montant pèse lourd sur le budget de l'Etat.
Compte tenu de la situation, il apparaît nécessaire de rénover le système actuel de la compensation. Le système des subventions doit être révisé pour que ces subventions bénéficient uniquement aux classes à revenu limité. Le gouvernement s'est fixé comme objectif la refonte de la compensation en vue de réduire l'impact sur le Budget de l'Etat et de faire bénéficier de ces subventions les couches sociales concernées.
Qu'en est-il du projet du gouvernement au sujet des énergies renouvelables ?
Le Maroc est un pays importateur net d'énergie sous forme de produits pétroliers, de charbon et d'électricité. En terme de ressources propres, il dispose d'un potentiel en énergies renouvelables considérables estimé à 6000 MW pour l'énergie éolienne et à 5 kwh/m2/jour pour l'énergie solaire.
En vue d'exploiter ce potentiel important, nous nous sommes fixés des objectifs ambitieux en matière de développement des énergies renouvelables. Il ne s'agit pas de les maintenir dans une logique d'appoint, mais de permettre à ces énergies de contribuer de plus en plus significativement à l'approvisionnement énergétique de notre pays. Ainsi, fort des succès remportés par les projets déjà réalisés (Parcs éoliens de Tétouan 50 MW et d'Essaouira 60 MW), un plan d'actions pour le développement des énergies renouvelables est en cours de mise en œuvre en vue de porter leur part dans la balance énergétique nationale de 4% actuellement à 10% à l'horizon 2012 (y compris la Biomasse et l'hydraulique).
Quels sont au juste les projets du gouvernement à cet égard ?
La concrétisation des objectifs pour les énergies renouvelables se traduira en particulier par l'implantation de nouveaux parcs éoliens totalisant une puissance installée de près de 1000 MW et ce, à travers la réalisation de grands projets de production d'électricité de puissance. Concernant le solaire, la centrale thermo- solaire à cycle combiné de Ain Beni Mathar représente un nouveau moyen de production combinant l'énergie primaire d'origine fossile (Gaz naturel) et les énergies renouvelables. D'une puissance de 472 MW dont 20 MW d'origine solaire, cette centrale sera mise en service en 2009.
Pour l'électrification décentralisée, les énergies renouvelables ont été développées dans le cadre du Programme d'électrification rurale global. A fin juillet 2007, 41 329 foyers ont été équipés par kits solaires individuels. Une centrale à Tit Mellil constituée de 1024 panneaux solaires, d'une puissance totale de l'ordre de 50 KW a été également mise en service en juin 2007. Cette centrale débitera l'énergie produite sur le réseau national.
D'autre part, l'utilisation du solaire thermique pour la production de l'eau chaude sanitaire a permis l'installation de 30 000 m2 de chauffe-eau solaires en 2006 portant ainsi la surface installée cumulée en chauffe-eau solaires à 160 000 m2. L'objectif est d'atteindre 400000 m2 à l'horizon 2012.
Pour le dessalement de l'eau de mer, une station de dessalement de l'eau de mer à l'aide de l'énergie éolienne électrique dans la région de Tan-Tan est en cours de développement. D'autres projets similaires sont en cours d'étude notamment celui de l'alimentation d'un village situé dans la province de Laâyoune. Le potentiel de cette application de dessalement pourra atteindre plus de 100 MW sur les cinq prochaines années.
Sur le volet des énergies renouvelables, y a-t-il des mesures prévues pour mieux tirer profit des potentialités du Maroc ?
Afin de créer une dynamique qui peut amener les opérateurs économiques à investir dans ce secteur, un cadre réglementaire et législatif cohérent qui soutient le développement de marchés florissants des technologies d'énergies renouvelables et reconnaît le rôle important du secteur privé a été mis en œuvre par le département chargé de l'Energie. A cet effet, un projet de loi relative aux énergies renouvelables et à l'efficacité énergétique a été approuvé par le Conseil de gouvernement en mai dernier.
Comment le gouvernement compte-t-il promouvoir ses ressources énergétiques ?
En vue de promouvoir l'autoproduction des industriels notamment à partir de sources énergétiques renouvelables, un projet de texte portant sur le relèvement du plafond de l'autoproduction de 10 MW à 50MW avec possibilité d'accès au réseau a été approuvé par le Conseil de gouvernement en février 2007 . En ce qui concerne l'efficacité énergétique, l'expérience du Maroc fait part d'un potentiel d'économie d'énergie estimé à 15% de la consommation énergétique nationale à l'horizon 2020.
Pour atteindre cet objectif, ce département, avec la contribution de l'Office national de l'électricité, du Centre de développement des énergies renouvelables et d'autres intervenants dans le secteur mettra en place une nouvelle approche d'intervention vers les secteurs prioritaires, à fort potentiel dans le domaine de l'efficacité énergétique. Cette approche tend à créer les premiers fondements d'un programme durable, qui permettra de «canaliser et d'encadrer» d'une manière précise et mesurable toutes les actions à entreprendre dans ce domaine.


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