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Label marocanité : Un cas d'école
Publié dans Aujourd'hui le Maroc le 16 - 01 - 2009

Dis moi quelle est ta presse et je dirais dans quelle société tu vis ! Et pour cause. Certaines questions prennent parfois, au Maroc, des tournures inattendues et des proportions démesurées. D'autres, en revanche, ne soulèvent rien. Ne charrient rien et semble ne pas pouvoir remuer, ne serait-ce que légèrement, les paupières d'une société en somnolence. A la lecture des Unes de notre presse, le sentiment qui domine, c'est qu'au lieu de prétendre au rôle majeur que doit avoir toute presse dans l'éclairage et le développement réel d'une société, une partie de la nôtre, la plus dynamique de surcroît, passe son temps à proclamer, pour ne pas dire autocélébrer, son indépendance. Le plus souvent, cette indépendance et cette liberté se mesurent à l'aune du périmètre royal et de la manière dont il s'agit de le fouler, toutes les semaines que Dieu fait. Elle se juge aussi au ton irrévérencieux. Par ce goût tellement particulier pour l'édito enfiévré et le propos pamphlétaire qui aiment s'entendre s'écrire. Par cette capacité de distiller des chroniques moqueuses, inutilement acidulées, souvent arrogantes livrées à un lectorat qui, tel l'opiomane, demande et redemande chaque matin sa dose.
Or, il y a des choses qui passent presque inaperçues, si elles ne sont pas délibérément évitées, alors qu'elles devraient provoquer des débats majeurs et cruciaux.
Seul au Maroc, un archi-milliardaire, qui a fait fortune intramuros et qui donc doit tout à ce pays, qui a aujourd'hui une dimension internationale, peut affirmer haut et fort qu'il a n'investira plus dans son pays sous prétexte qu'il des désagréments avec la justice. Dans un pays comme la France, une telle déclaration provoquerait une tempête inimaginable à l'image, toutes proportions gardées, de celle soulevée par la décision de Johnny Hallyday de s'installer en Suisse pour payer moins d'impôt. Circonstance aggravante dans notre cas, l'auteur de la déclaration a, de surcroit, un mandat politique. Alors là, en France, il y aurait des éditoriaux qui lapideraient cette leçon de manque de civisme. Des papiers qui dénonceraient le chantage. Des dossiers qui reconstruiraient l'itinéraire et la trajectoire de la fortune colossale du bonhomme. Il y aurait, surtout, des voix pour demander, au minimum, l'abandon du mandat politique. Au Maroc. Rien. Ni les partis politiques, y compris les plus vertueux, ni la presse n'ont jugé nécessaire de soulever la portée emblématique de cette déclaration. Pire, on s'est contenté de la rapporter comme une simple information, largement reprise, avec même parfois des commentaires encenseurs.
Ethique…quand tu nous manques !


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