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Sonia Ouajjou et son miroir pourpre
Publié dans Aujourd'hui le Maroc le 25 - 08 - 2003

Sonia Ouajjou est un écrivain de livres pour enfants. Considérée comme l'un des auteurs les plus innovateurs dans le genre littérature d'enfance, Sonia Ouajjou est aussi peintre. Elle se prête à la série de l'île déserte pour la meubler d'objets qui font perdre sa couleur à la mer.
Je pourrais enfin discuter avec un tableau ! Je l'ai peint suite à un événement douloureux. C'est un tableau de 2 m2 où domine un rouge vif, violent, agressif. Je l'ai accroché dans le salon, mais comme il écrasait les autres œuvres, j'ai été contrainte de le ranger dans un coin. Ce tableau me bouleverse, me happe, m'envahit, occupe mes pensées. Cela fait des années que j'essaie de mener jusqu'au bout mon échange avec lui, mais sans réussite. J'ai besoin d'espace et de temps pour me regarder sereinement dans ce miroir pourpre. J'emporterai aussi avec moi de l'argile, une lime à ongles et un rasoir. Lorsque je serais fatiguée de mon colloque avec le tableau rouge, je me mettrai à sculpter avec ma lime à laquelle j'assigne, au demeurant, de nombreux usages. Comme je ne supporte pas les ongles cassés, ma lime sera très sollicitée. Je vais également l'ajuster à un bâton, et m'en servirai comme harpon pour attraper des soles. Le harpon fera également office d'arme pour le cas où l'idée viendrait à un abruti de corsaire de trouver refuge sur mon île. Quant au rasoir, il ne me permettra pas seulement d'affiner mes sculptures. Je ne supporte pas les poils, et comme je ne tiens pas à ressembler à Robinson, ni aux femmes du paléolithique, je m'équiperai d'une bonne provision de lames. De quoi m'épiler pendant cent ans ! Je ne ferai aucune concession au sujet de l'hygiène ! À cet égard, je prendrais aussi mon eyeliner. Il m'est impossible de quitter la maison sans mettre un trait noir sur mes paupières. J'en ferai autant sur cette île, autrement j'aurais des angoisses existentielles. D'ailleurs, mon eyeliner servira à autre chose. Il fera office de crayon pour écrire la nouvelle épopée de Malika et Karim. À l'aide de ce crayon, je pourrai continuer les aventures de Lalla Mizette, la chèvre qui a gambadé jusqu'à l'îlot Leïla pour rejoindre ses petites cousines. C'est un épisode plein d'actions et de suspenses, puisque les gambades de Lalla Mizette ont été interrompues par le bruit des hélicoptères et des hélices des bateaux de guerre. Pour décrire le sentiment d'injustice ressenti par Lalla Mizette face à l'agression de ses cousines, il me faudrait aussi du papier. Je pendrai également dans mes bagages de la peinture et des pigments. Emportée par l'élan créateur que favorise l'isolement, je vais communiquer avec les rochers en les couvrant de couleurs éclatantes. Par le truchement de pigments, je donnerai chaque jour à la mer une apparence nouvelle. Je la teinterai selon mon humeur. Un jour, elle sera rouge, un autre orange. Lorsqu'elle sera en furie, j'y jetterai de la poudre noire. Je disposerai mes sculptures en argile sur des radeaux flottants. Sur cette mer colorée, je jugerai s'il faut les laisser partir ou non. Ainsi, j'abolirai les frontières entre le rêve et la réalité. L'activité artistique permet de les faire fusionner. Elle est essentiellement un jeu où l'homme est libre, puisqu'il invente ses propres règles.
En guise d'avant-dernier objet, je prendrai une musique. Et je ne vois guère mieux que le Requiem de Mozart pour faciliter la fusion entre l'admiration de l'œuvre universelle de Dieu, et de celle que peut créer l'Homme. Je transporterai aussi mon livre de chevet, ma «Bible » dont je ne me lasse jamais: «Le monde de Sophie» de Goftingaarder. Ce philosophe y explique les grands sujets de la vie à un enfant. Il le fait d'une façon à la fois rigoureuse et imaginative, puisque le dialogue entre l'adulte et l'enfant est truffé d'histoires inattendues. Mes différentes activités sur cette île seront ponctuées par mon échange avec le tableau rouge. J'espère que les sentiments qu'il remue en moi vont enfin s'apaiser. J'espère surtout pouvoir le regarder en face et sourire en pensant à cette phrase d'Epicure : « la mort ne nous concerne pas, car tant que nous existons la mort n'est pas là. Et quand vient la mort, nous n'existons plus».


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