En 2024, les transferts financiers issus de la diaspora africaine ont dépassé les 95 milliards de dollars, plaçant le Maroc, le Nigeria et l'Egypte en tête des pays bénéficiaires, selon le Rapport 2025 sur l'état des infrastructures en Afrique, publié par la Africa Finance Corporation (AFC). Ce montant, presque équivalent aux investissements directs étrangers (IDE) reçus par le continent la même année, souligne la place cruciale de ces envois de fonds dans l'économie africaine. Un flux financier majeur et durable face aux investissements étrangers Le rapport qualifie ces transferts comme l'un des apports financiers les plus stables et constants dont bénéficient les économies africaines. Ils surpassent régulièrement, en volume et en régularité, les IDE, les investissements de portefeuille ainsi que l'aide publique au développement. Le basculement observé en 2024 marque une étape : les remises de fonds ne sont plus seulement un moyen de subsistance pour les ménages, mais un levier stratégique pour la croissance et le développement nationaux. Le Nigeria conserve sa place de principal hub de réception, soutenu par l'ampleur et le dynamisme de sa diaspora à travers le monde. L'augmentation des flux vers les principaux pays bénéficiaires reflète un changement structurel dans les relations financières entre l'Afrique et sa diaspora globale. Ces liens se détachent progressivement des pratiques historiques de fuite des capitaux au profit de circuits transparents et formalisés. La réconciliation avec le capital diaspora pour relever les défis du continent Le rapport rappelle qu'entre 1970 et 2004, l'Afrique subsaharienne a subi des pertes considérables, estimées à plus de 420 milliards de dollars, en raison de la fuite de capitaux via des canaux informels, affaiblissant les capacités d'investissement du continent. Aujourd'hui, la montée des transferts ouvre une voie pour reconnecter les systèmes financiers africains avec ce capital détenu par ses citoyens à l'étranger. L'AFC encourage les gouvernements africains à inclure la mobilisation de la diaspora dans leurs politiques nationales, par le recours à des instruments financiers adaptés tels que les obligations diaspora. Le succès exemplaire du Nigeria, avec une émission de 300 millions de dollars entièrement souscrite en 2017, illustre ce potentiel. Néanmoins, d'autres Etats comme l'Ethiopie, le Kenya ou l'Egypte rencontrent des difficultés liées à la réglementation et au déficit de confiance. Vers une institutionnalisation du financement diaspora Le rapport cite des initiatives telles que le Fonds d'investissement de la diaspora africaine et le projet d'Institut africain des transferts comme des étapes clés pour ancrer durablement ces financements dans les mécanismes de développement. Il insiste enfin sur l'importance de poursuivre les réformes, d'améliorer la transparence et d'établir des canaux financiers fiables, essentiels pour transformer ces transferts en gains économiques pérennes pour l'Afrique. Les transferts financiers venus de la diaspora représentent désormais un vecteur incontournable du développement africain, dont la bonne gouvernance et la valorisation constitueront un enjeu décisif pour les années à venir.