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Le burn-out frappe plus de six soignants en oncologie sur dix au Maroc, révélant une vulnérabilité accrue chez les jeunes femmes et compromettant la soutenabilité du système de santé
Le burn-out apparaît désormais comme une réalité massivement répandue parmi les professionnels de santé marocains engagés en oncologie, particulièrement chez les jeunes infirmières, selon une étude conduite par Imane Errami, Saber Boutayeb et Hassan Errihani, chercheurs de la faculté de médecine et de pharmacie de l'université Mohammed-V de Rabat. Publiée dans le volume 12 de la revue scientifique Oncoscience, ce travail met en évidence une usure professionnelle d'une ampleur préoccupante, à même de menacer la pérennité du système de santé. Les auteurs expliquent avoir mené, entre septembre et décembre 2024, une enquête transversale à l'Institut national d'oncologie de Rabat, établissement de référence dans la prise en charge du cancer. Pour mesurer la gravité du phénomène, ils ont mobilisé l'instrument psychologique validé «Maslach Burnout Inventory» et recouru à la méthode statistique des équations structurelles. L'étude a porté sur 91 participants, comprenant infirmières, techniciens et personnels administratifs. Une fatigue émotionnelle centrale et des symptômes en cascade Les résultats apparaissent alarmants : «plus de 60 % des soignants présentaient des signes de burn-out sévère». Les chercheurs précisent que «plus de 70 % déclaraient une fatigue émotionnelle modérée à élevée, tandis que plus de la moitié manifestaient une dépersonnalisation, traduisant un détachement affectif vis-à-vis des patients». À cela s'ajoute le constat que «près d'un quart des participants rapportaient un faible sentiment d'accomplissement professionnel». La vulnérabilité s'avère particulièrement marquée chez les jeunes, les femmes, les infirmières et les personnels soumis aux gardes nocturnes répétées. Les auteurs observent aussi que «beaucoup de soignants se plaignent d'un sommeil insuffisant, d'une activité physique limitée, de rémunérations insatisfaisantes et de conditions de travail dégradées». Plus de 80 % des participants auraient même confié leur désir de quitter la profession. Les chercheurs établissent que «l'épuisement émotionnel constitue le facteur central, déclenchant en cascade les autres manifestations du burn-out, telles que le détachement relationnel et la diminution de la satisfaction professionnelle». Un appel pressant à des réformes structurelles Au-delà des constats individuels, l'étude met en évidence les ressorts systémiques du phénomène. Le poids des charges de travail, le déséquilibre persistant entre vie professionnelle et vie privée, le manque de reconnaissance et la fréquence des conflits au sein des équipes sont désignés comme autant de moteurs de cette usure psychologique. Face à cela, les auteurs appellent à une refonte profonde des conditions de travail. Ils recommandent «de réduire les charges, d'améliorer les environnements professionnels, d'accorder des incitations financières, de développer la formation continue et d'offrir un accompagnement psychologique adapté». Ils soulignent que ces mesures se situent dans le droit fil des recommandations internationales, qui privilégient une réponse organisationnelle aux pressions collectives plutôt qu'une responsabilisation individuelle des praticiens. Enfin, les chercheurs insistent : seule une action institutionnelle vigoureuse permettra de préserver la santé psychologique des personnels d'oncologie et, par conséquent, de maintenir la qualité des soins dispensés aux patients.