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Transport maritime : Enfin un plan de sauvetage en gestation
Publié dans Challenge le 13 - 11 - 2012

Le groupe Comarit-Comanav, au bord de la faillite risque de coûter chaque année à l'économie maritime une perte de 2 milliards de DH et 1,2 milliard de DH au secteur bancaire en termes de créances en souffrances.
Le ministère de l'Equipement et des Transports vient enfin au secours du secteur maritime, en situation de quasi naufrage. Ce 2 novembre, il désignera le cabinet (entre le marocain Valyans ou l'espagnol Accion Labor Group) qui réalisera l'étude sur la stratégie du secteur du transport maritime marocain et le développement du pavillon national au Maroc. Objectif : doter le secteur d'un contrat-programme.
Le secteur du transport maritime marocain et le pavillon national vont très mal. Depuis, les professionnels qui ont perdu toute visibilité attendent des bouées de sauvetage de l'Etat. Aujourd'hui, c'est comme s'ils étaient entendus par la tutelle. En effet, le ministère de l'Equipement et des Transports vient de retenir deux cabinets suite à l'appel d'offres pour la réalisation d'une étude sur la stratégie du secteur du transport maritime marocain et le développement du pavillon national au Maroc. Il s'agit des cabinets marocain Valyans et espagnol Accion Labor Group (ALG) qui seront départagés ce vendredi 2 novembre par la direction de la Marine marchande, maitre d'ouvrage de l'étude. Déjà, selon une source proche du dossier, le cabinet d'étude espagnol aurait demandé deux fois moins que Valyans.
Quel que soit le cabinet d'études qui sera désigné, celui-ci veillera, selon le cahier des charges, « à définir un système d'objectifs à moyen et long termes (2012-2020) pour le secteur de transport maritime marocain fret et passagers qu'il soumettra à l'approbation des principales parties prenantes, puis à la validation du comité de pilotage de l'étude ».
Pour le ministère de l'Equipement et des Transports, «aujourd'hui, les compagnies marocaines de transport maritime font face à une grave crise financière qui menace l'existence du pavillon national et partant, l'indépendance économique de notre pays et qui rend indispensable la mise en place d'un nouveau cadre stratégique propice au regain de compétitivité et au développement pérenne du secteur du Transport maritime et de la promotion du pavillon Marocain».
Un contrat-programme au bout du processus
L'étude qui durera 7 mois et demi devra déboucher sur un large processus de concertation avec les différentes parties prenantes (ministères, entreprises publiques, CCAM (Comité central des armateurs marocains), chargeurs, syndicats, institutions financières, assurances, activités connexes,...) pour définir la nouvelle politique du secteur maritime. «Elle permettra d'arrêter une feuille de route, en vue de la mise en place de nouveaux instruments et mesures incitatives pour le développement du secteur maritime et la promotion du pavillon national », note le département de tutelle. Pour cela, outre le diagnostic de la situation actuelle du secteur du transport maritime et la définition d'un nouveau cadre favorable à la promotion du pavillon national et au développement des segments stratégiques du secteur d'une part, et élaboration d'un master plan et plan d'actions pour sa mise en œuvre d'autre part, le rapport proposera un projet de contrat-programme entre l'Etat et les partenaires privés concernés. «Nous saluons cette initiative. Cependant, vu la situation actuelle de notre secteur, attendre encore sept mois et demi pour faire cette étude c'est beaucoup sans compter le temps que nécessitera les concertations », souligne le Commandant Mohamed Karia, président et fondateur du groupe IMTC.
Un secteur national en quasi faillite
Si les professionnels se disent soulagés, ils craignent que les erreurs du passé soient répétées. La tutelle avait déjà initié en 2005 une étude stratégique et institutionnelle pour le secteur du transport maritime et qui a été réalisée par le cabinet anglais Drewry Shipping. Ce dernier avait préconisé la mise à niveau du pavillon marocain avant la libéralisation du secteur. Mais, sans tenir compte de ce préalable, le gouvernement de l'époque a libéralisé le secteur du transport maritime national «Open Sea» dont les conséquences néfastes ont asphysié l'économie maritime nationale. «Le système maritime du Maroc est dans une récession persistante : la flotte marchande a diminué des deux tiers en vingt ans ; en conséquence, le coût des transports maritimes s'est aggravé jusqu'à atteindre l'équivalent de la facture pétrolière. Si rien n'est fait, le déséquilibre ira en s'accentuant avec perte concomitante d'une source durable d'emplois variés, valorisants et stables », prévient Najib Cherfaoui, expert en matière portuaire et maritime.
Après la libéralisation du secteur, le pavillon marocain qui comptait 61 navires en 87 n'en compte actuellement que 11. «Le Roi Feu Hassan II, avait doté notre pays d'une véritable industrie maritime pendant les années 1970 à travers le code des investissements de 1973. Depuis et jusqu'en 2005, cela avait permis au Maroc de disposer d'une flotte marchande de 61 navires et couvrir 25% de ses échanges en 1987. En 2004, nous disposions encore de 40 navires qui couvraient 17% de notre commerce », souligne Mohamed Karia, l'un des deux opérateurs nationaux du transport maritime. Rappelons que l'autre, le groupe Comarit-Comanav, quasiment au bord de la faillite risque de coûter chaque année à l'économie maritime nationale une perte de 2 milliards de DH de chiffre d'affaires et plus d'1 milliard de DH au secteur bancaire en termes de créances en souffrances.
L'économie nationale saigne également en matière de perte de devises. «Les échanges extérieurs ont généré en 2011 une facture de fret maritime de 2 milliards de dollars, soit environ le coût de nos importations d'hydrocarbures. Le taux de couverture de la « balance fret» est actuellement de 10% environ. Le plus grave ce n'est pas le montant : le plus grave c'est que ce montant est payé en devises car la flotte sous pavillon marocain a disparu», précise Cherfaoui.
11
C'est le nombre de navires que compte actuellement le pavillon marocain contre 61 en 1987 et 40 en 1984.


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