Maillon important ignoré dans les différentes stratégies sectorielles, le transport touristique terrestre, pour lequel les autorisations se distribuaient comme des petits pains, est resté peu organisé, si bien que les investisseurs se sont faits rares. Désormais, ces derniers doivent se conformer à un nouveau cahier des Il n'est plus question de donner des autorisations à tort et à travers ni d'en donner à des demandeurs qui n'ont pas l'intention de les exploiter. Et c'est le cas aujourd'hui. Karim Ghallab, ministre de l'Equipement et du Transport, et Mohamed Boussaïd, celui du Tourisme et de l'Artisanat, qui ont signé ce 10 février à Rabat un nouveau cahier des charges fixant les conditions d'accès et d'exercice de l'activité du transport touristique terrestre, sont décidés à prendre le taureau par les cornes. «Le transport touristique est un maillon important du secteur du tourisme, mais il a été ignoré jusqu'à présent dans notre stratégie», souligne Mohamed Boussaïd. L'heure est donc à l'assainissement du secteur. Les départements du tourisme et de l'équipement ont décidé de mettre fin à l'anarchie qui gangrène ce secteur. En effet, les chiffres annoncés par Karim Ghallab sont inquiétants. Quelque 10.000 autorisations courent dans le secteur, mais un peu plus de 4.800 seulement sont en exploitation. Le ministre de l'Equipement et du Transport n'y voit aucune mauvaise foi de la part des transporteurs, mais seulement une faible capacité à investir et un grand déficit en ressources humaines qualifiées. Interrogés par Challenge Hebdo, de nombreux opérateurs imputent la faiblesse des investissements consentis à une législation jugée contraignante. La durée de vie d'un véhicule de transport touristique terrestre ne doit pas excéder dix ans. Un transporteur touristique n'a pas le droit d'acheter un véhicule usagé de plus de quatre ans. En plus de la contrainte légale, les transporteurs doivent aussi obéir à l'exigence des tours opérateurs, qui refusent systématiquement tout véhicule de plus de quatre ans d'âge. Des réformes sont attendues Aucune des principales villes touristiques du Maroc ne dispose d'un parc conséquent. Seuls 850 bus sont par exemple dédiés au tourisme dans tout le Maroc. Les professionnels du secteur estiment qu'il en faudrait au minimum 2.500 pour couvrir tous les besoins du pays. Alors que les investissements touristiques dans le domaine hôtelier explosent, dans celui du transport, c'est toujours le désert. La palme de la carence revient à Tanger où l'on dénombrait une vingtaine d'autocars de tourisme, avec des propriétaires qui limitent les polices d'assurance à la seule RC (responsabilité civile), obligatoire. Parmi les 850 autobus en activité, la moitié exerce des activités transcendant parfois les limites de leur licence. La pression de la concurrence déloyale est forte… Si l'on s'en tient à la réglementation, seules les sociétés de transport touristique sont autorisées à exercer dans cette niche, devenue un gâteau juteux pour une multitude d'agences de voyages ambulantes, exerçant dans l'illégalité la plus totale. Depuis, pour redynamiser l'activité, les opérateurs attendent du ministère du Tourisme et de celui du Transport de nombreuses réformes. En commençant par la limitation des autorisations. Ils ont été bien servis, eu égard au nouveau cahier des charges. Déjà, pour l'accès à cette profession, l'investisseur doit remplir un certain nombre de critères, auxquels il devra se conformer en termes de local, de taille minimale du parc, soit 52 places par véhicule. Sans oublier la qualification requise du responsable de l'activité et les mesures à prendre pour garantir la sécurité des usagers et des employés. Le cahier des charges prévoit également d'autres dispositions pour exercer cette activité. L'investisseur doit assurer l'entretien de ses véhicules, les maintenir en parfait état et les équiper de disques de chrono tachygraphe. Il est également tenu d'effectuer le suivi médical de ses conducteurs et de se conformer à la réglementation du travail, notamment en déclarant l'ensemble de son personnel à la CNSS et à l'AMO. La partie contrôle a été confiée à une commission mixte composée des représentants des services extérieurs des départements du Tourisme et de celui du Transport. A souligner aussi qu'une partie de ce projet a été consacrée à faciliter les procédures d'accès et à activer l'octroi des licences pour tout investisseur qui remplit les conditions requises. Sur ce volet, la procédure prévue comporte deux phases. Une première au cours de laquelle le dossier déposé par l'investisseur sera traité dans un délai de trois mois pour obtenir ou non l'agrément. La seconde phase, d'une durée d'un mois, permettra à une commission mixte de formuler son avis sur la conformité (local, véhicules…). Sur un avis favorable de cette commission, le département du Transport délivre à l'investisseur les autorisations d'exercice nécessaires.