La Chambre des conseillers adopte le PLF 2019    Le groupe Attijariwafa bank remporte à Londres deux prix d'excellence    Le taux de croissance au Maroc devrait s'établir à 3,6% en 2019, selon le CMC    Glamour, stars et paillettes sont au rendez-vous    En vertu d'une convention entre la FNM et Renault : Un véhicule Renault Master pour transporter les toiles en toute sécurité    Le road show de la CCG au profit des banquiers fait escale à Laâyoune    BCIJ : Démantèlement d'une cellule terroriste composée de trois «Daechiens» à Kénitra    Real Madrid.. 63 millions de livres sterling sur la table pour Hazard    Accord agricole : Les eurodéputés disent oui    Lutte contre la spoliation immobilière : Aujjar s'attaque à la mafia du foncier    Les droits sociaux et juridiques de l'artiste à l'ordre du jour    Espagne : Pedro Sanchez annonce une hausse de 22% du SMIC    Malgré l'adoption formel, le combat se poursuit    Fès-Meknès. Dardouri communique autour de l'INDH    Attentats de Strasbourg : Qu'est-ce qu'un fiché S ?    La Cour des comptes pointe l'inefficacité de la hausse budgétaire de l'éducation    Où en sont les pourparlers de paix inter-yéménites?    PLF 2019 en phase finale chez les conseillers    L'Africa Gaming Fest, c'est ce weekend à Casablanca    «L'autisme est un prétexte pour parler de nos différences»    Le gel des biens de Hosni Moubarak maintenu par l'UE    L'ES Tunis souhaite rencontrer River Plate au Carré d'AS    Ligue des Champions : Messi, Salah, Kane et Hakimi disputeront les huitièmes    Apple. Voici les meilleures applications de 2018    Royal Air Maroc réceptionne à Seattle un nouveau Boeing 787-9 Dreamliner    Championnat arabe des Clubs: le Raja rallie les 1/4 de finale, après sa victoire face à Al-Ismaïly d'Egypte    Réfugiés. Le Maroc réactive les régularisations    E-Commerce : Le Maroc cinquième en Afrique    Un couple marocain meurt dans l'incendie d'un bâtiment en Italie    Noël endeuillé pour Strasbourg    Le transfert des compétences toujours en stand-by    Entreprises : De nouveaux textes législatifs approuvés par la Chambre des représentants    Le taux de mortalité infantile a baissé à 2,9% en 2018 au Maroc    Effet de dissuasion    Madrid menace d'assumer le maintien de l'ordre en Catalogne    Carlos Ghosn, l'empereur déchu de l'automobile    L'Iran déterminé à poursuivre ses essais de missiles    Le secret de la longévité des tortues géantes des Galapagos    Rencontres de concertation au sujet des colonies de vacances    Lancement à Kénitra d'un modèle de classes d'enseignement préscolaire    Marcelo Gallardo Stratège et idole de River Plate    Valverde : Nous voulons aider Dembélé    Ronaldo : J'aimerais que Messi vienne en Italie    Abdelali Hamieddine de nouveau rattrapé par l'affaire Aït Ljid    La Cour béninoise de répression des infractions économiques et du terrorisme menacerait-elle l'Etat de droit ?    Insolite : Bague perdue    L'OCP Policy Center devient le "Policy Center For The New South"    Azoulay appelle les Souiris à s'enquérir des intérêts de leur cité    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.





Entretien avec Mustapha Jmahri Historien passionné d'El Jadida
Publié dans Eljadida 24 le 27 - 07 - 2013

- Encouragé par Abdelkébir Khatibi et Guy Martinet, il a lancé en 1993 son projet éditorial Les Cahiers d'El Jadida, série de publications dédiées à la ville
- Parce qu'il pousse la recherche au plus petit détail, l'historien Guy Martinet l'appelait Sherlock Holmes. Brigitte Lepez, maître de conférences à l'Université de Lille l'appelait Le Petit furet,
Mustapha Jmahri, lauréat du 3ème cycle de l'Institut Supérieur de Journalisme à Rabat a d'abord exercé en tant que journaliste pendant une courte période à la RTM à la fin des années 1970 avant d'entamer une carrière d'Attaché de presse pendant une vingtaine d'années au sein d'un établissement public à El Jadida. Aujourd'hui retraité, il continue à écrire et son autobiographie vient de paraitre chez L'Harmattan.
- On ne nait pas écrivain, on le devient, pour pasticher une certaine Simone de Beauvoir. Comment avez-vous pu être écrivain pour vous consacrer à l'histoire de votre El Jadida, alors que vos débuts étaient littéraires : vous écriviez la nouvelle et en arabe ?

Mustapha JMAHRI :Enfant, à El Jadida à la fin des années cinquante du siècle dernier, j'accompagnai mon père dans ses courses. Il me prenait sur son vélo passant par mille endroits qui, à l'époque, me paraissaient mystérieux. Il m'expliquait l'origine des bâtisses et des occupants, et tout d'un coup, des lieux, à mes yeux inconnus, se chargeaient d'histoire. Mon père, décédé en 2000 à l'âge de 90 ans, me racontait, avec beaucoup de nostalgie, ses souvenirs dans cette ville où il est né en 1910 et où son père, son grand-père et son arrière grand-père, tous les trois Raiss el-Babour « maîtres-marins » ont également vu le jour. Je réaliserai, plus tard, que je suis descendant d'une lignée de marins.
Aujourd'hui, en réfléchissant, je dirai que c'est sans doute de cette enfance-là qu'est né mon premier penchant pour l'écriture sur la ville. L'âge, la formation et les péripéties de la vie, sont autant d'autres raisons qui viendront aiguiser ce choix.
Au début de mon parcours j'ai opté pour l'imaginaire littéraire à travers l'écriture de nouvelles en arabe dans le quotidien al-Alam. J'ai publié d'ailleurs quatre recueils dont deux au Maroc et deux autres en Syrie sous l'égide de l'Union des Ecrivains Arabes. Puis un jour, alors que j'étais à Rabat, dans les années quatre-vingt du siècle dernier, poursuivant mes études en section sociologique à l'Ecole Nationale d'Administration puis à l'Institut Supérieur de Journalisme, j'ai constaté de visu que les centres d'intérêt des lecteurs n'étaient pas forcément littéraires ou artistiques. Pour de multiples raisons sociales, culturelles et politiques, d'autres tendances plus pragmatiques captaient l'intérêt telles l'histoire, la sociologie, l'économie, les mémoires et l'étude monographique qui prit un certain intérêt.
D'autres raisons renforceront ce constat quand, à la fin de mes études, je retournais travailler à El Jadida. Dans cette cité, à l'origine bourg agricole et port naturel, alliant ruralité et citadinité à la fois, la tradition de l'oralité primait très amplement sur l'écrit. S'ajoutaient à cela d'autres griefs. Je constatai que les publications portant sur les grandes villes comme Casablanca et les destinations impériales comme Marrakech et Fès abondaient alors que les petites cités historiques comme Mazagan-El-Jadida et Azemmour ne retenaient plus l'attention des chercheurs.

Justement. Votre écriture se focalise sur El Jadida, certes ; Mais d'où vient cet intérêt ou plutôt ce besoin, si on ose dire, d'écrire sur le fait local, sur la proximité ?
L'idée d'écrire sur la proximité et le fait local au Maroc n'est ni nouvelle ni récente. Bien auparavant d'éminents historiens et chercheurs marocains avaient révélé la pertinence de la question et souligné l'importance indéniable que revêtent la recherche et la production monographique et historique locale et régionale. Le but : essayer de connaître et faire connaître l'Histoire du Maroc et son patrimoine dans sa richesse et sa grande diversité. Parmi ces pionniers et précurseurs on pourrait citer Mokhtar Soussi, Mohammed Menouni et Germain Ayache.
Le professeur Mohammed Menouni, par exemple, a été plus explicite quand, lors de sa participation marquée au Festival culturel des Doukkala organisé à El Jadida en 1981, il proposa de mettre en œuvre un projet d'écriture de l'histoire des Doukkala et la création préalable d'une bibliothèque pour concrétiser le projet. Son idée, hélas, ne fut pas entendue.

Donc, vous devez être un bon disciple de bien d'éminents maîtres !

D'éminents historiens et chercheurs, marocains par la naissance ou par l'appartenance affective, m'ont conseillé et encouragé en l'occurrence : Guy Martinet, Abdelkébir Khatibi et Nelcya Delanoë.
L'humaniste Guy Martinet (1920-2003), co-auteur de l'ouvrage de référence Histoire du Maroc, m'a conseillé de persévérer dans la voie de la recherche sur l'histoire locale. De là, je lui ai soumis mon travail sur la présence consulaire étrangère à El Jadida qu'il a bien voulu préfacer. En 1998, il était ravi de consacrer une deuxième préface à une brochure informative sur La Citéde Mazagan publiée en collaboration avec mon compatriote Rémon Faraché, ancien Président de l'Amicale des Anciens de Mazagan. Martinet m'avait appuyé par ses conseils et ses corrections et m'a encadré dans l'animation de rencontres notamment à Casablanca et El Jadida.
Quant à Abdelkébir Khatibi (1938-2009), sociologue et romancier marocain, il m'a, à plusieurs reprises, encouragé à continuer dans ces recherches qui restent malgré tout marginalisées. Paradoxe pour cette ville enracinée dans l'histoire mais qui souffre d'un manque de publications monographiques sur son propre passé contemporain comme plus lointain.
Nelcya Delanoë, écrivain et professeur d'histoire à l'Université française, et originaire d'une famille jdidie, m'a souvent conseillé et a également préfacé mon livre : La communauté juive de la ville d'El Jadida. J'ai connu Nelcya à travers son père, Dr Guy Delanoë, Président de Conscience française au temps du Protectorat et auteur des Mémoires historiques sur le Maroc en trois tomes parus en 1989. D'ailleurs, je profite toujours de ses conseils.

Où réside l'intérêt pratique et pédagogique d'une telle expérience ?

Ma modeste expérience a commencé par la publication, en 1987, dans la défunte revue Lamalif, d'un article intitulé « El Jadida : histoire d'une ville ». La même année, avec la complicité du directeur de l'Institut Français d'El Jadida, j'ai organisé une table ronde autour du thème : « L'histoire d'El Jadida racontée par ses anciens habitants » à laquelle avaient pris part d'anciens jdidis marocains et étrangers et ce en présence d'une assistance vivement séduite par les vibrants témoignages présentés.
L'intérêt suscité par cette première rencontre justifia qu'elle soit rééditée à deux reprises en 1988 et 1989. Les trois tables rondes ont réussi à répondre au souhait de ceux qui s'intéressent à l'histoire locale notamment les étudiants de l'Université Chouaib Doukkali : connaître la bibliographie relative à l'histoire d'El Jadida, de sa province et savoir où elle est disponible.

Comment vous procédiez ? Cette entreprise exige une méthode bien étudiée pour entre carrer tout risque, non ?

Si. Commencer par le volet bibliographique était, à mon sens, primordial et c'est ce qui fait défaut dans la recherche scientifique au Maroc.Il faut reconnaître aussi que Abdelkébir Khatibi était indirectement derrière cette bibliographie. Cela s'est produit suite à ma participation à l'atelier d'écriture qu'il a animé en 1990 au siège de l'Association Doukkala et auquel il a invité le romancier Claude Ollier. Lors de cet atelier, Khatibi a parlé de la relation entre l'écriture, la ville et la région et a suggéré la préparation d'une bibliographie littéraire sur El Jadida, idée que j'ai adoptée tout en centrant le travail, pour des raisons pratiques, sur le volet historique.




Le parcours ne doit pas être de tout repos !

Mon parcours personnel, à l'instar de tout chercheur bénévole a été semé d'embûches. En somme, il fallait surmonter quatre ordres de difficultés :
ü Archivistique : Absence d'un fonds d'archives locales exploitable.
üDocumentaire : il fallait déployer un certain effort de recherche de la documentation dans des différents endroits.
ü Matériel : Absence d'aides pour l'édition de ce genre de publications, supposé d'intérêt général.
ü Organisationnel : N'étant pas chercheur à plein temps, il fallait concilier entre la mission quotidienne du fonctionnaire (jusqu'en fin 2012) et celle dédiée à l'écriture.

L‘histoire locale a toujours été un levier incontournable au service des chercheurs dans l'histoire régionale ou nationale. Et comme l'histoire relève des sciences, disons humaines, une formation académique en la matière est requise. L'entreprise n'aurait pas été une aventure à risque ?

Discipline pluridisciplinaire, l'Histoire n'est jamais facile à écrire ni à cerner. Pour l'aborder, il ne suffit pas seulement d'être historien, comme le précise Abdesslam Cheddadi, mais, il faut aussi être sociologue, anthropologue, avoir des notions de droit, de philosophie et de sciences sociales. Par ailleurs, cette discipline quand elle s'applique à l'échelle locale nécessite une fouille continue qui exige beaucoup de temps, beaucoup d'engagement de soi-même et où l'on ne peut, malgré tous les efforts, que restituer des fragments du passé. Ce sont là d'ailleurs, les principaux caractères de l'histoire locale comme énumérés par Guy Thuillier et Jean Tulard dans leur livre : Histoire locale et régionale.
Au niveau du Maroc, l'histoire locale ou la micro-histoire demeure un terrain encore en friche. Le besoin donc se fait pressant non pas en théoriciens, mais en « main-d'œuvre » comme l'a judicieusement remarqué le chercheur Jaouad Rouihen lors de la table ronde sur le thème : « L'écriture de l'histoire locale : l'exemple d'El Jadida », organisée en 2008. Une lacune à combler au moment où le Maroc a érigé constitutionnellement la Région en tant que collectivité locale et que seul le recours à l'Histoire, comme le précise clairement, Amina Aouchar, peut nous aider à construire de véritables Régions.
Etant journaliste de formation, j'ai essayé, du point de vue de l'approche méthodologique, de recourir aux outils de ma spécialité afin de collecter et traiter le maximum d'informations, de témoignages et d'éclairages sur l'histoire locale. J'ai enrichi les sources écrites, qui peuvent être insuffisantes ou partisanes, par deux méthodes de recherche ne relevant pas de l'écrit : le témoignage oral et l'enquête du terrain.
L'ambition demeure plurielle, entre autres : participer à l'effort de recherche scientifique par un apport de travaux de première main, contribuer à promouvoir le volet culturel local et régional, aider à l'accumulation d'un savoir sur l'histoire de la cité d'El Jadida et des Doukkala et aussi satisfaire une curiosité personnelle et professionnelle à la fois.
Le fil conducteur de mes ouvrages reste aisément perceptible à travers les lignes : fournir une somme d'informations et de faits en rapport avec l'espace étudié, présentée sous un angle pluriel, ouvert et humaniste.

Une dernière question pour ne pas conclure : Nous savons que les premiers textes que vous avez écrits étaient en arabe que vous maîtrisez au bout de votre plume. Qui ou qu'est-ce qui vous a fait changer de langue et opter pour le français ?

Il est vrai qu'étant le produit de l'école publique bilingue, j'étais, au départ, plus à l'aise avec la langue arabe que française. Mais quoique l'élément subjectif reste, quelque peu, présent dans le choix d'une langue, il ne faut pas, non plus, sous-estimer d'autres aspects à caractère pragmatique incontournable à savoir :
ü Le fait que la majorité de la documentation accessible est majoritairement francophone et il est logiquement plus pertinent de l'utiliser comme telle.
üLe fait de traduire à l'arabe des documents accessibles en français ajouterait une difficulté de taille à un chercheur bénévole,
ü Le fait de publier en français peut permettre de communiquer avec un lectorat francophone multiple et plus large.
Mais l'opportunité et la richesse de ce genre de publications ne se mesure pas uniquement à l'échelle interne, il a également un effet bien sensible au niveau de la prise en compte de la diversité culturelle et du rayonnement externe : faut-il rappeler, à titre d'exemple, que certaines investigations m'ont permis de mettre à jour la visite d'Antoine de Saint-Exupéry à caïd Tounsi dans la kasbah de Boulaouane en 1927 ce qui a inspiré à l'aviateur son livre posthume Citadelle, la révélation de la liste des 80 consuls étrangers à El Jadida en traquant les archives, l'installation de l'écrivaine suisse Grethe Auer à Mazagan en 1898 , etc..
De tels apports ne sont-ils pas des ponts de dialogue et de partage culturel, et humain avec les peuples du monde.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.