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Entretien : «Il est nécessaire de diversifier nos marchés export»
Publié dans Finances news le 29 - 05 - 2014

Anouar Alasri, Directeur général de Syngenta Maroc, qui fait de l'amélioration du savoir-faire de l'agri-culteur marocain son cheval de bataille, revient sur les enjeux proéminents de l'agriculture nationale, surtout sa vocation exportatrice. Tout en apportant sa grille de lecture sur la brûlante actualité des droits d'entrée de la tomate marocaine au marché de l'UE, il formule des propositions concrètes pour creuser la compétitivité de celle-ci sur les marchés internationaux. Par ailleurs, il reste convaincu que la produc-tion agricole marocaine peut jouer un rôle bien plus important en Afrique.
Finances News Hebdo : D'une manière générale, compte tenu de l'importance de l'agriculture au Maroc (14% du PIB) et des recettes qu'elle engendre en termes de devises (exportation) et d'emploi, jugez-vous que le secteur agricole recèle encore de gisements de croissance ?
Anouar Alasri : Il est incontestable que l'agri-culture marocaine a réalisé des progrès remar-quables ces dernières décennies et ces avancées ont concerné pratiquement toutes les productions, animales comme végétales. En revanche, il sub-siste d'importantes opportunités de croissance qui passent essentiellement par l'amélioration de la productivité agricole dans certaines filières, telles que les céréales, les oléagineuses, etc., mais aussi par la diversification de nos filières export aussi bien en termes de destination que de production. De véri-tables accords de libre-échange nous permettraient d'aller chercher des parts de marché supplémentaires (sans subir les quotas) en Europe par exemple et en dehors des campagnes d'exportation classiques. Un autre gisement de croissance serait l'intégration des filières au niveau national ainsi que la valorisation des produits agricoles, à savoir le développement local des intrants et l'exportation de produits transformés à plus forte valeur ajoutée, ce qui améliorerait sen-siblement la balance commerciale agricole et donc globale. Pour accompagner cette croissance, au sein de Syngenta Maroc, nous veillons à proposer aux agriculteurs des solutions innovantes, génératrices de productivité et garantissant des standards de qualité élevés et importants aux acteurs de la «Food chain» en Europe. Notre stratégie par culture nous permet de mettre à la disposition des producteurs des spécialistes pour accompagner chaque culture tout au long du cycle végétal voire jusqu'au desti-nataire final (supermarché). Ainsi, nous sommes les seuls à offrir aux agriculteurs des solutions complètes comprenant des semences, des produits phytosani-taires mais aussi biologiques. Ces solutions couvrent l'ensemble des filières agricoles.
F.N.H. : Avec la récente décision de l'UE consistant à modifier le prix d'accès des pro-duits agricoles marocains au marché euro-péen, la tomate est au coeur de l'actualité de ces deux partenaires historiques. Que vous inspire cette décision et quelles peuvent être les conséquences sur les agriculteurs nationaux ?
A. A. : Cette décision conforte le fait qu'il est nécessaire de diversifier nos marchés export. Pour être un pays exportateur de primeurs, la productivité seule ne suffit pas. Comme nous l'avons précisé précédemment, les normes qualité et la valorisation sont primordiales. Un atout certain a permis au Maroc de prendre de l'avance pour pouvoir diversi-fier ses exportations contrairement aux autres pays d'Afrique. Il s'agit d'investissements colossaux dans l'infrastructure. Les autoroutes reliant les zones de production à l'Espagne et le port Tanger Med qui compte aujourd'hui une centaine de connections maritimes ouvrent un nouvel horizon d'exportation vers les pays de l'Est, la Russie, l'Amérique du Nord, le Moyen-Orient, le Sénégal et l'Afrique de l'Ouest, etc. Certes, la décision européenne aura des effets sans précédent à court terme, mais cela devra nous induire localement à une réflexion nouvelle de notre stratégie et surtout de la valorisation future de notre savoir-faire dans la production de primeurs. Au niveau de la production, il faudra certainement évoluer vers le développement de spécialités de tomates à forte valeur ajoutée, telles que les tomates cocktail par exemple ou encore des salades prêtes à consommer comme on peut les trouver dans les supermarchés européens. Concernant l'exportation, une grande réflexion sur les pays de destination et un effort de promotion et d'ingénierie logistique devront être mis en place. Quant aux échanges avec l'Europe, l'orientation vers un véritable libre-échange ou au minimum une meilleure négociation sectorielle mais qui tient compte de la balance commerciale totale avec l'Europe est plus qu'une nécessité, et ce de façon à réduire nos déficits commerciaux vis-à-vis de l'Europe. A notre niveau, Syngenta Maroc, nous accompa-gnons cette stratégie par la mise à disposition de nos clients de produits à forte valeur ajoutée, particulièrement les tomates «spécialité», qui leur permettent de se diversifier et d'accroitre leur compétitivité. Nous avons, par exemple, favorisé l'introduction de nouvelles variétés de tomates très différenciatrices qui ont permis à nos clients de se positionner sur de nouveaux marchés. Mais cette action seule ne peut en aucun cas rééquilibrer les mesures protectionnistes du parlement européen.
F.N.H. : Votre groupe a récemment investi près de 25 MDH pour optimiser la production de tomates sous serre dans la région du Souss, qu'est-ce qui a motivé cette opération ?
A. A. : Nous sommes convaincus des avantages compétitifs du Maroc et des compétences de ses agriculteurs. Par ailleurs, étant dans une démarche de partenariat avec ceux-ci, nous estimons qu'il est de notre mission d'innover pour accompagner leur développement et les aider à faire face au défi de la compétitivité auquel ils sont confrontés. A cet effet, Syngenta a lancé Optimus, un projet d'un investis-sement total de 25 MDH sur 5 ans, qui a pour but de développer un système de production innovant et précurseur, spécifique à la zone d'Agadir. Optimus permettra de démontrer aux agriculteurs partenaires la valeur ajoutée des dernières solutions technolo-giques disponibles dans le monde de façon à en tirer bénéfice localement et prouver la possibilité d'un tel transfert de technologie en termes de tonnage à l'hectare et surtout de qualité du tonnage commer-cialisable.
F.N.H. : La tomate marocaine est-elle toujours compétitive sur les marchés européens en termes de qualité et de coût compte tenu de la concurrence espagnole qui est de plus en plus agressive ?
A. A. : La tomate marocaine est très compétitive en termes de qua-lité considérant son «shelf life», ses qualités gustatives et surtout ses propriétés sanitaires. Il faut d'ail-leurs rendre hommage aux produc-teurs marocains de tomates qui ont développé un tel savoir-faire mal-gré un ensemble de contraintes d'ordre réglementaires mais surtout en termes de calendrier de pro-duction en hors saison. S'agissant des coûts, les revendications d'aug-mentation des prix des intrants, du carburant et de la main-d'oeuvre sont souvent légitimes et risquent de grever l'avantage compétitif face à la tomate espagnole. D'autant plus que pendant la sai-son, une taxe de prix plancher est appliquée à l'entrée de l'Europe sur les tomates marocaines. Au sein de notre groupe, nous sommes en train de mettre en place les mêmes moyens de production que ceux dis-ponibles en Espagne en termes de disponibilité de variétés à fort potentiel et de solutions phytosanitaires accep-tables en Europe de façon à doter le producteur marocain de technologies comparables à son homologue espa-gnol. Du reste, le choix de développer le projet Optimus au Maroc vient confirmer et renforcer cette réalité.
F.N.H. : L'Afrique fait toujours face à l'épineuse question de la sécurité alimentaire. Au regard de ce constat, estimez-vous que la filière de la tomate maro-caine peut prendre la place qui lui revient sur ce marché ? Votre groupe a-t-il des visées sur le continent africain?
A. A. : Le groupe Syngenta a annon-cé il y a deux ans le renforcement de notre présence en Afrique. Le Maroc est censé y jouer un rôle primor-dial servant de base d'exportation de notre savoir-faire et de soutien technologique. C'est la raison pour laquelle nous disposons d'une station de recherche sur les primeurs dans la région d'Agadir employant 250 personnes. Cette station a également pour mission de produire des semences hybrides GSPP. Un investissement supplé-mentaire de 30 MDH en 2014/2015 a été consenti pour renouveler nos installations de recherche et déve-loppement sous serres, ce qui porte l'investissement total de Syngenta au Maroc à 55 MDH. Les choix stratégiques du groupe sont motivés par le fait que l'Afrique est le conti-nent de croissance pour la prochaine décennie avec une population qui a le plus fort taux de développement au monde. Il faut noter que le seul Nigeria abri-tera la troisième population mondiale en 2020 après l'Inde et la Chine. Syngenta s'est donnée pour mis-sion dans le cadre de notre «Good Growth Plan» d'aider le petit pro-ducteur (caractéristique agricole afri-caine) à améliorer son niveau de vie, à augmenter la productivité agricole d'au moins 20% et de promouvoir la santé et la sécurité dans le monde agricole de façon à contribuer à la sécurité alimentaire en Afrique. Nous sommes convaincus que la production agricole marocaine peut jouer un rôle bien plus important en Afrique et que l'impulsion donnée par le Souverain lors de sa dernière visite dans plusieurs pays africains portera ses fruits et consolidera nos échanges. L'agriculture dispose d'un grand challenge pour nourrir les populations africaines et le Maroc est le mieux placé pour y contribuer dans le cadre de la coopération Sud Sud.


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