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Saïd Saâdi, féministe par un concours de circonstances
Publié dans Finances news le 08 - 03 - 2007

Si beaucoup retiennent de lui l'économiste chercheur ou encore le membre du Bureau politique du Parti du Progrès Socialiste, beaucoup… de femmes connaissent son nom et son visage comme ministre de la Condition féminine dans le gouvernement Youssoufi qui a osé donner un coup de pied dans la fourmilière.
Lui, c'est Saïd Saâdi qui a levé l'étendard de la cause féminine dans une conjoncture très difficile.
Saïd est né à Derb Soltan, dans le quartier Derb Lihoudi, fils d'un fqih et prédicateur qui a prêché l'Islam en Afrique subsaharienne. «J'ai grandi dans une famille où l'on pratiquait l'art, la musique arabe, et en même temps mes sœurs étaient très engagées dans la vie politique».
Dans ce quartier populaire où il a vu le jour, Saïd Saâdi a rapidement épousé les idées de gauche, de justice, de démocratie… Alors, comment s'est développée chez lui cette fibre de la cause féminine ?
«Le premier élément sont mes sœurs qui militaient dans la politique. Dans le contexte de l'époque, il était rare de trouver des filles engagées en politique, émancipées, militantes avec un père très religieux et très tolérant en même temps. Deuxième élément, mon père était polygame et ma mère en souffrait le martyre en silence. Et ça m'a beaucoup marqué». Cette fibre trouvera son écho quand Saïd Saâdi intègre le PPS. «C'est un parti avant-gardiste. Le PPS est le premier parti à avoir élu une femme dans son Bureau politique. Nous fêtions le 8 mars depuis les années 70 déjà et nos militants étaient derrière la création de l'ADFM, l'Association Démocratique des Femmes du Maroc».
Pour Saïd, le socialisme ne s'imagine pas en dehors de l'égalité. Et l'égalité entre les sexes doit être au cœur d'un socialisme humain et démocratique.
«Dans le contexte des années 90, le débat sur la promotion des Droits de l'Homme battait son plein, et en même temps le Maroc vivait un grand paradoxe. On parlait des Droits de l'Homme alors que la moitié de cette société en était privée».
Et c'est par un concours de circonstances que Saïd Saâdi s'est retrouvé ministre de «la Femme».
«À l'époque, je devais retourner à l'Université de Princeton où je devais passer une année de recherche. Mais on m'a appelé pour me dire que le Parti était en train de préparer son entrée au gouvernement et qu'il fallait que je sois présent. Auparavant, Amina Lamrini, membre du bureau et grande militante avait été sollicitée; modeste, elle a décliné l'offre. Et par un concours heureux de circonstances, on m'a pris pour le poste de ministre. Et j'ai dû annuler à la dernière minute mon départ à Princeton et mon contrat. Je ne suis retourné à Princeton que trois ans plus tard».
Trois ans ont été suffisants pour que cet homme crée la différence. Il a dû batailler pour faire aboutir le Plan national d'intégration de la Femme. Un combat où il a dû essuyer plusieurs revers, entre deux camps distincts. Les islamistes et les modernistes.
«Je me suis senti incompris et insuffisamment soutenu. C'était un contexte où je me sentais un peu isolé, surtout de mes collègues membres du gouvernement, du moins, dont les départements ministériels avaient participé à l'élaboration du Plan d'Intégration de la Femme. Ce plan national ayant fait l'objet de concertations, j'étais parti du principe que tout le monde était d'accord sur ce Plan. Et puis, il y a eu des calculs politiciens, mais aussi des réflexes conservateurs. Moi, je considérais que c'était une question qu'il fallait traiter de manière nouvelle, et pour cela, il fallait d'abord briser le tabou». Dans ce dessein, le ministre avait lancé une grande campagne, la première du genre au Maroc contre la violence exercée contre les femmes. C'était en novembre 98 en parallèle au lancement du Plan National de l'Intégration de la Femme. Un premier choc psychologique pour la société marocaine.
Une question très tabou, mais Saïd Saâdi avait décidé de prendre le taureau par les cornes. «Le problème fondamental était qu'on avait touché à des privilèges de beaucoup d'hommes dans cette société, qui se permettaient de répudier leurs femmes, de les battre, de pratiquer la polygamie… C’était un problème de pouvoir, ce qui a engendré beaucoup de résistance».
Il serait injuste de résumer la vie de cet homme au seul Plan National. Un homme précoce, chez qui tout a commencé assez tôt. Il a obtenu son Bac très jeune et a commencé à enseigner à 22 ans à l'ISCAE de Casablanca.
Opter pour l'enseignement était un choix réfléchi, mais c'était aussi un choix par rapport à un contexte de contestation envers l'Etat. «Le fait d'opter pour l'enseignement et la recherche permettait de garder une certaine indépendance. Mais en même temps, je considère que le statut de chercheur est trop confortable au Maroc. On ne peut pas se contenter d'être chercheur dans notre pays où l'élite intellectuelle est censée jouer un rôle et s'impliquer dans la résolution des problèmes de la société».
Ce qui motive Saïd Saâdi dans la vie, c'est le travail, la justice, l'égalité, le respect d'autrui et apporter un peu de bonheur aux gens. «Je dois me remettre en question tout le temps, je suis très exigeant vis-à-vis de moi-même d'abord, et vis-à-vis des autres. J'estime que la rigueur est quelque chose de fondamental dans la vie et qu'il faut avoir le souci du travail bien fait. Rigueur ne veut pas pour autant dire sévérité».
Pour modèle, Saïd Saâdi voue un culte à Aziz Blal, le premier économiste marocain qui a formé beaucoup de générations dont plusieurs leaders et ministres, mais que malheureusement beaucoup de gens ne connaissent pas. C'est le modèle de la modestie, il aimait à dire «la modestie est une valeur révolutionnaire chez l'homme». C'était un grand intellectuel et un grand dirigeant du PPS. Pour moi, c'était un modèle et mon père aussi».
Dans le monde politique, Saïd Saâdi est réputé être quelqu'un qui ne développe pas de relations ni à gauche, ni à droite, sans jeux de mots, puisqu'il préfère avoir des relations limitées, sincères et saines. Et il a des rapports de respect mutuel avec les autres sans prétendre avoir beaucoup d'amis en politique. «Il y a des lois dans le monde politique que je ne fais pas miennes».
Si l'occasion se présentait encore pour être ministre, il militerait pour l'emploi, «c'est ma priorité, en intégrant la dimension genre. Il y a une discrimination des femmes à cause du billet culturel et cette conception du fait que la femme peut se marier et être prise en charge ; par conséquent, elle n'a pas besoin de travail avec la même intensité que pour l'homme. C'est malheureux».
Saïd Saâdi, tout féministe qu'il est, est un mari qui cherche à se comporter de manière démocratique au sein de son foyer, de telle sorte que la défense des droits de la femme ne se fasse pas qu'à l'extérieur, mais aussi dans la pratique. «Et j'essaye également d'inculquer ces valeurs-là à mes enfants, surtout le respect d'autrui, quelle que soit sa position. J'espère avoir réussi». S'il y a une chose qui lui fait le plus peur dans la vie, c'est bien l'échec. «C'est une peur positive qui me motive et me ressource».
Sur son appréciation de l'évolution de la condition féminine, ce féministe explique que la femme a remporté pas mal d'acquis mais que beaucoup reste encore à faire. S'il y a quelque chose qu'il regrette dans la vie, c'est de ne pas avoir appris à jouer de la musique. Pour le reste, rien à changer. «Nous avons un pays très beau qui mérite qu'on se sacrifie pour lui».


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