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Échanges extérieurs : Creusement du déficit commercial
Publié dans Finances news le 10 - 07 - 2008

* Le triplement du prix des phosphates, actuellement à presque 1.000 DH la tonne, a permis au Maroc de compenser relativement la hausse des produits importés.
* Les entreprises nationales doivent faire preuve de plus de compétitivité tout en ciblant de nouveaux marchés.
La balance commerciale demeure obstinément déficitaire. La dernière note publiée par l’Office des changes (OC) stipule qu’«évaluée en termes CAF/FOB (marchandises achetées ou vendues sans les frais de transport et d’assurance), la balance commerciale des biens laisse apparaître un taux de couverture de 50,4% contre 52,4% pour la même période de l’année 2007». Dans ce sillage, le creusement chronique du déficit commercial résulte principalement de la hausse des prix accompagnée d’une quasi-stagnation des volumes échangés.
La hausse des prix des phosphates et dérivés sauve les exportations
En progressant de presque 30%, au titre des cinq premiers mois de l’année, les exportations de marchandises exprimées en FOB ont atteint 63.700 MDH, soit 11.848 MDH de plus par rapport à la même période de l’année précédente. Les exportations des produits bruts, notamment les phosphates, les semi-produits ont constitué des facteurs déterminants de cette évolution. En effet, le triplement du prix des phosphates, actuellement à presque 1.000 DH la tonne, a offert un climat propice à la commercialisation de cette matière. Sachant que le volume des exportations des phosphates a évolué à peine de 1,7%, la valeur des expéditions de ce produit brut, qui constitue la pierre angulaire des exportations nationales, a dépassé 7.680 MDH, soit 3.600 MDH de plus. Les principaux marchés demandeurs sont : la France, les Etats-Unis, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Pour leur part, les exportations d’engrais naturels et chimiques ont connu une hausse soutenue en dépassant le seuil de 6.300 MDH. C’est le résultat de l’accroissement de la demande des principaux pays producteurs de céréales tels que le Brésil, la France, l’Italie… Toujours sur le registre des exportations, la valeur des échanges de l’acide phosphorique a grimpé de 250% en se situant à 7.593 MDH, malgré une baisse de 12,9% en volume.
Cependant, la baisse de la part des produits énergétiques et alimentaires coïncidant avec une stabilité de celle des biens de consommation, a amorti l’augmentation des exportations nationales. En fait, la suppression par l’Union européenne des quotas sur les produits du textile et de l’habillement s’est traduite par une stagnation des exportations des produits finis de consommation au niveau de 14.500 MDH. Selon la note de l’OC, «cette stabilité est due au repli des expéditions d’articles de bonneterie (-8,8% ou -275,7 MDH) et de vêtements confectionnés (-1,1% ou -88,3MDH)». La note précise cependant que cette baisse est «compensée par la performance des ventes de certains produits, notamment les chaussures (+10,5% ou +93,2 M DH) et les voitures de tourisme (+79,1 MDH)».
L’importation des biens d’équipement reflète la dynamique économique
Les importations accaparent la majeure partie des échanges effectués par le Royaume. Cela est le résultat de la demande soutenue des produits étrangers. Pour preuve, de janvier à mai 2008, les importations de marchandises évaluées CAF ont dépassé la barre des 126,3 Mds de DH contre 98.982,2 MDH, fin mai 2007, soit un accroissement de 27,7%. L’accroissement des importations est dû en grande partie à la hausse des prix des produits de première nécessité. La note de l’OC stipule que «la hausse des importations (+27.374,5 MDH) est à attribuer pour 50,4% aux acquisitions de produits énergétiques (+9.008,6 MDH) et de produits alimentaires (+4.777,5 MDH)». À titre indicatif, la valeur des importations des principaux types de carburants (pétrole brut, huile brute de pétrole, gaz-oil et fuel-oil...) a dépassé 55%, alors que les volumes ont augmenté d’à peine 5%. Cette hausse exponentielle des exportations en valeur est le résultat de la hausse des prix de ces produits. En fait, la crise enregistrée au niveau des marchés financiers a poussé les spéculateurs à s’orienter, de plus en plus, vers le marché des commodités.
En analysant, en revanche, l’évolution des importations par groupement d’utilisation, l’une des principales hausses qui sautent aux yeux est celle des produits finis d’équipement, les semi-produits et les produits bruts. Effectivement, les acquisitions auprès de l’étranger des biens d’équipement ont dépassé les 27 Mds de DH, soit une progression de 15%. Le Royaume a augmenté ainsi ses achats de matériel à broyer et à agglomérer (de presque 80%), machines et appareils divers (18%), voitures industrielles (27%).
La montée en puissance des importations de biens d’équipement reflète la dynamique dans laquelle s’inscrit l’économie nationale. Pour illustrer ces propos, la formation brute de capital fixe a progressé de 12,8%, durant cette période, en réalisant un taux d’investissement brut représentant 33% du PIB. Les répercussions de cette effervescence dans les milieux industriels ont provoqué une dynamique au niveau du secteur bancaire. À cet égard, la masse des crédits d’équipement a connu une accélération fulgurante, soit une hausse de 37% en glissement annuel. En contrepartie, une part considérable de ces investissements est destinée à l’amélioration de l’infrastructure. Pour ce faire, les entreprises publiques ont recours de plus en plus aux établissements de financement extérieurs en réveillant de nouveau la bête noire : la dépendance croissante vis-à-vis de l’étranger.
L’analyse des échanges extérieurs met en exergue, d’autre part, le faible niveau de compétitivité de l’économie nationale. À titre indicatif, si les importations en provenance de la Turquie dépassent 3.540 MDH, les exportations vers ce pays atteignent à peine 800 millions de DH.
Finalement, la hausse continue du déficit commercial aura, à long terme, des impacts désastreux sur l’économie nationale. Il est temps d’agir en faisant jouer les quotas pour réduire les importations, notamment des produits finis. Par ailleurs, les entreprises nationales doivent faire preuve de plus de compétitivité tout en ciblant de nouveaux marchés. En effet, vu la hausse des prix des matières premières et l’augmentation des importations des biens d’équipement, la hausse des importations est compréhensible pour un pays en développement. C’est sur les exportations qu’il faut agir.


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