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Développement économique : Le Maroc dispose-t-il d’une réelle stratégie ?
Publié dans Finances news le 22 - 07 - 2010

* Le Cercle d’Analyse Economique de la Fondation Abderrahim Bouabid a présenté son rapport sur la stratégie de développement économique.
* Si l’analyse n’a pas pu prouver l’inexistence d’une telle stratégie, aucun indicateur n’atteste qu’elle existe non plus.
* Au lieu de se comparer à ses concurrents, le Maroc compare ses indicateurs présents à ceux passés, ce qui biaise l’analyse.
* L’économie politique du pays et l’ignorance économique sont deux métacontraintes à un décollage économique.
Le Maroc dispose-t-il d’une réel stratégie économique à même de lui permettre un véritable décollage économique et social ? Cette question a fait l’objet d’un travail de recherche et d’analyse entrepris par le Cercle d’Analyse Economique (CAE) de la Fondation Abderrahim Bouabid. L’élaboration de ce rapport sur la situation actuelle a pris quelque six mois pour bien analyser les fondements de la croissance économique marocaine, les obstacles à l’émergence d’une telle stratégie et, surtout, ce rapport sans vouloir porter de jugement, a proposé quelques pistes de réflexion pour une croissance meilleure.
Ali Bouabid, membre permanent du CAE, a tenu d’abord à souligner que le principal objectif de ce rapport est de stimuler la discussion et le débat sur les grands sujets ayant trait à la politique économique du Maroc, en adoptant une perspective et un éclairage différents sur la performance économique du pays. Pari réussi puisque la présentation de ce rapport a donné lieu à un long et passionnant débat sur les principaux points rapportés et sur l’approche adoptée par les instigateurs de ce rapport.
Le travail de recherche part de deux postulats. Le premier est que le Maroc est un pays qui doit avoir une ambition forte en matière de développement : le but des politiques économiques mises en ?uvre doit être de réussir le décollage économique du Maroc de manière à lui permettre, en l’espace d’une génération, de se hisser au rang d’un pays à revenu intermédiaire élevé et à fort niveau de développement humain. Le deuxième postulat est que l’évaluation des progrès et des déficiences doit se faire à partir d’une base intellectuelle honnête et non biaisée. Il est important de se comparer systématiquement aux concurrents les plus dynamiques pour mesurer ses progrès et de prendre un point de référence adéquat.
Et bien qu’il s’agisse de répondre à une question simple, celle de savoir si le Maroc va vers un progrès économique, le parti pris de cette contribution est de refuser toute vision manichéenne en rejetant le faux dilemme présenté aux citoyens sincèrement intéressés par la chose publique : applaudir sans réserve ou se retrouver accusés de «nihilisme».
«Autrement dit, nous sommes convaincus que la critique constructive, et le débat d’idées sur la base d’une évaluation sans complaisance de la réalité, sont essentiels à la mise en œuvre d’une stratégie de développement efficace», estime-t-on du côté du CAE.
Les membres du CAE insistent également sur le fait qu’ils sont conscients que le Maroc a réalisé d’importants progrès économiques depuis la fin des années 90. Ceci étant, c’est le rythme et la nature de ces progrès qu’ils proposent d’analyser car la seule comparaison avec les performances passées n’est pas à leurs yeux un test suffisamment exigeant au regard des besoins et des potentialités de ce pays.
Une question, ô combien complexe
Le Maroc est-il sur la bonne voie et, surtout, l’effort actuel est-il suffisant ? La première partie de ce rapport discute justement de l’existence d’une stratégie de développement économique en essayant de voir si les politiques publiques permettraient au Maroc de croître à un rythme tel qu’en l’espace d’une génération, il puisse devenir un pays à revenu intermédiaire et niveau de développement humain élevé. Une analyse fine de la croissance économique marocaine sur la dernière décennie montre que cette croissance est intervenue dans une conjoncture internationale favorable et avec l’aide de conditions pluviométriques clémentes. Et que malheureusement, le Maroc n’a pas profité de cette conjoncture favorable autant qu’il aurait dû le faire, ses voisins et ses concurrents directs ont quasiment tous crû à un meilleur rythme que le nôtre. L’analyse montre également que la volatilité de la croissance marocaine (même si elle s’est atténuée) demeure forte. Et même si le niveau des investissements directs étrangers s’est sensiblement amélioré, ces derniers restent néanmoins concentrés dans quelques secteurs et sont peu représentatifs d’une quelconque meilleure attractivité du pays puisqu’il y a eu une forte corrélation des IDE avec la conjoncture internationale qui était favorable. Et encore une fois, le Maroc a fait moins biens que ses concurrents. L’autre élément que démontre cette première partie du rapport est que la productivité et les gains de productivité du Maroc demeurent très faibles. Sans oublier le déficit de la balance commerciale qui atteint des niveaux alarmants du fait justement d’un déficit de compétitivité. Enfin, le Maroc régresse ou stagne dans la plupart des classements internationaux.
Les analystes attirent l’attention sur le fait que le point de référence utilisé pour la comparaison avec les années 90 est peu exigeant. Cette décennie, post-ajustement structurel, a marqué le point bas de la croissance marocaine. Donc, la moindre amélioration semblerait comme un exploit alors qu’elle ne serait qu’un retour à la normale. «Il faut garder en tête que la seule comparaison qui vaille est celle de nos progrès par rapport à ceux de nos compétiteurs», insiste Yasser Charafi, membre permanent du cercle. Le rapport ne manque pas de relever que l’effet retard, s’il est acceptable jusqu’à une certaine limite, ne peut tout justifier.
L’autre argument souvent érigé comme indicateur de l’existence d’une stratégie et que le Rapport met en brèche rapidement est le dynamisme du triptyque «tourisme – immobilier – infrastructures». Ainsi, si pour les économistes, le dynamisme du tourisme est à encourager et l’investissement raisonne dans des infrastructures utiles à développer, il n’en demeure pas moins qu’aucun argument économique sérieux ne justifie d’en faire l’alpha et l’oméga de la croissance économique. Quant au secteur de l’immobilier résidentiel, il s’agit-là d’un secteur ne générant pas d’externalités économiques globalement positives. En conclusion de cette première partie, il apparaît difficile de trouver des éléments factuels soutenant la thèse que le Maroc possède effectivement une stratégie de développement économique ; «Depuis le début des années 2000, nous n’avons pas réalisé de performances particulièrement exceptionnelles. Nous avons bénéficié, comme beaucoup, d’une conjoncture internationale favorable et en avons profité, mais pas mieux que nos concurrents, loin s’en faut. Le chemin à parcourir reste long : notre croissance demeure beaucoup trop faible, et nos indicateurs de développement humain insuffisants», conclut le rapport.
La politique économique : une métacontrainte
Pour passer à un palier de croissance supérieur, celui à même d’assurer à la prochaine génération un niveau de vie meilleur (comparable à celui des Malis par exemple), le rapport s’interroge sur les causes profondes de cette croissance insuffisante.
La deuxième partie du rapport élaboré par le CAE de la Fondation Abderrahim Bouabid s’est attelée a suivre les modèles d’analyse économique dits de recherche des « déterminants profonds de la croissance » (institutions, géographie, intégration dans l’économie mondiale). Dans le cas du Maroc, deux métacontraintes ont été identifiées par ce rapport.
La première est celle de l’économie politique du pays. Il convient tout d’abord de reconnaître qu’il n’y a pas de relation empirique entre démocratie/autocratie et croissance. Pour le Maroc, après analyse, le rapport conclut que l’organisation politique est considérablement défavorable au développement économique car le pays est bloqué dans un équilibre politique stable de bas niveau qui ne permet de bénéficier pleinement ni des avantages économiques, de la démocratie, ni de ceux de l’autocratie. Le rapport relève que le système électoral marocain favorise des coalitions hétéroclites au détriment de la cohérence.
L’architecture gouvernementale est jugée inadéquate. Elle semble régie par deux contraintes, à savoir le mimétisme français et les impératifs de répartition des postes gouvernementaux. La multiplicité d’acteurs publics non gouvernementaux aux prérogatives étendues et échappant au contrôle gouvernemental et parlementaire est un autre élément handicapant cité dans le rapport. Comment donc lever cette métacontrainte d’économie politique ? Pour les rédacteurs du rapport, seule une marche accélérer vers une démocratisation complète peut apporter un début de solution. «Bien entendu nous ne pensons pas qu’une démocratisation complète serait suffisante en soi pour transformer le pays en tigre nord-africain. Notre raisonnement est simplement le suivant : il faut un système de gouvernance économique qui permette l’agrégation des préférences (quelles doivent être nos priorités ?), l’arbitrage entre des intérêts économiques parfois divergents (subventionner un producteur agricole ou un consommateur) et qui donne une légitimité claire à l’action publique, surtout lorsque cela implique des transformations structurelles fortes et la lutte contre l’économie de rente. C’est là tout l’intérêt économique d’un système démocratique qui permet d’atteindre ces objectifs de manière pérenne et durable ». La seconde métacontrainte identifiée est celle définie sous le vocable générique d’analphabétisme économique. Celui-ci se caractérise par une déconsidération des apports de la science économique : au Maroc, celle-ci n’est pas considérée à sa juste valeur. On note par exemple que la plupart des rares documents disponibles concernant les politiques publiques mises en ?uvre n’intègrent pas les concepts économiques les plus éprouvés tels que l’analyse du rapport «coût-bénéfice», l’évaluation rigoureuse des externalités (positives comme négatives) et des coûts d’opportunité, le calcul des taux de retours économiques des projets proposés, ou encore l’identification et l’analyse des options alternatives. Cet analphabétisme se traduit également par une ignorance des leçons du passé. Ainsi, en l’absence d’instances et de programmes rigoureux d’évaluation des politiques publiques mises en œuvre, le Maroc manque d’outils de décision et d’indicateurs nécessaires pour éviter la répétition des erreurs du passé.
Les conséquences fâcheuses de cette ignorance économique se traduisent par l’adoption de politiques publiques vouées d’avance à l’échec (Moukawalati ou l’illusion de créer des entrepreneurs ex nihilo, le premier Plan Emergence 1.0 sur des a priori économiques contestables, l’importance démesurée accordée à l’infrastructure, etc)
Et s’il n’est pas question de remettre en cause le rôle de l’Etat, mais face à l’expansion de l’Etat et des entreprises publiques, il est important de noter que la théorie économique a déjà caractérisé abondamment les conditions dans lesquelles l’intervention de l’Etat est justifiée et soutient que celui-ci doit intervenir lorsque le marché est dysfonctionnel ou lorsque les retours économiques d’un projet sont nettement supérieurs aux retours financiers.
L’autre point critiqué dans ce rapport est la politique de libre-échange estimée naïve et inefficace, dont il était possible de prévoir l’échec puisque lorsqu’il a négocié ces accords, le Maroc avait l’avantage de l’expérience cumulée de beaucoup de pays émergents.
Critiques, mais suggestions
Dans une démarche de critique constructive, le rapport dresse un certain nombre de réflexions pour un véritable décollage économique et social.
«Personne aujourd’hui ne peut prétendre détenir la clé du développement économique du Maroc, car cette clé est détenue collectivement par les Marocains, leur classe politique et leur dirigeants économiques et administratifs», souligne-t-on au niveau du Cercle.
A minima pour commencer, il serait possible d’exiger la transparence sur toutes les politiques mises en ?uvre et d’envisager que les responsables gouvernementaux exercent complètement leurs prérogatives. L’autre piste proposée est d’imaginer un processus formel permettant d’organiser des débats sur les grandes orientations économiques avant qu’elles ne soient figées dans un contrat-programme signé devant le Roi.
Le rapport conclut qu’il faut exiger surtout des dirigeants économiques d’inclure des indicateurs d’impact appropriés et des outils d’évaluation rigoureux de leurs politiques…


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