A la fois pétillante et énigmatique, Isabelle Adjani est pour la plupart l'essence même de la grâce française. Ceux qui l'ont dirigé s'estiment chanceux. Les autres attendent le bon moment, le bon rôle... Honorée au FIFM vendredi dernier, Isabelle Adjani a partagé avec 2m.ma un moment privilégié. « Merci Isabelle pour toutes les émotions que j'ai senti quand je regardais vos films », s'est exprimé Cristian Mungiu lors de la cérémonie d'hommage rendu à cette grande actrice de cinéma. C'est d'ailleurs le réalisateur roumain qui lui a remis son trophée, en compagnie de Christophe Honoré et Abderrahmane Sissako. Un pur moment de magie, partagé avec émotion avec l'ensemble des festivaliers, venus célébrer la carrière sans faute d'une grande parmi les grandes. Un doux visage au talent éclectique Nul besoin de s'étaler sur sa filmographie. Isabelle Adjani a marqué le cinéma par des rôles percutants, sensationnels, avec un jeu impeccable et une maitrise qui force le respect. Ses rôles dans « Possession », « l'Eté meurtrier », « Camille Claudel », « La reine Margot » et « La journée de la juge » lui adjugent des Césars de la meilleure actrice. Un record. Et pour cause, Adjani est généreuse en émotion et donne sans compter. Dans son dernier long-métrage « Carole Matthieu », projeté en marge du FIFM vendredi soir, Isabelle interprète le rôle d'un médecin de travail qui doit faire face au monde impitoyable des centres d'appel. Un rôle, qu'elle joue tel une plaidoirie citoyenne pour dénoncer la raideur des conditions de travail. « C'est un film qui dénonce la dictature de l'administration. Carole est impuissante. Impuissante à aider ceux qui ont du mal à s'extraire des situations qui les condamnent. Carolle Mathieu a une démarche citoyenne, solidaire, et sacrificielle. Mais c'est un visage féminin qui prend ce risque et qui s'engage quitte à perdre sa vie. », nous précise l'actrice à la peau de porcelaine. Le film de Jean-Louis Petit est adapté du roman « visages écrasées » de Martin Ledan. « Comme le roman, le film donne justement un visage à ceux qui n'en ont pas », explique Adjani. « Toutes ces femmes, je les porte en moi. Leurs vies font partie de la mienne » Actrice engagée, Isabelle Adjani se démarque par son émotion inégalée et son jeu qui résonne comme un cri de corps porté sur grand écran. Un aspect féministe, également, que l'actrice porte en elle avec subtilité. « Il y a beaucoup de personnages auxquels je me suis attaché. Des femmes qui ont eu des destins assez complexes, douloureux. Des femmes qui m'ont touché, à l'image de Camille Clodelle, mais aussi la reine Margot qui est aussi une femme maintenue dans l'empêchement de vivre son amour, d'arrêter une guerre de religions... Je choisi mes rôles comme ça. Quelque chose me parle d'une femme, alors je réponds en tant que femme », explique Adjani. Elle ne choisi pas ses rôles au hasard. Sa philosophie de la vie, son vécu en jeune fille et ses moult questionnements trouvent un écho dans ses personnages. Une force qu'elle puisse, indirectement, de la relation tumultueuse avec son père. « Dans la plupart de mes films, je parlais à mon père. Mon père n'était pas quelqu'un qui exprimait facilement ses sentiments. Il était d'une grande pudeur et qui cultivait le secret. Ca ma pris beaucoup de temps avant de pouvoir communiquer avec les gens sans trahir la loi de mon père. Je pense que c'est quelque chose qui m'accompagnera jusqu'à la fin de ma vie, l'envie de me débarrasser du dictat paternel » raconte sans détour l'actrice aux yeux bleu azur. Le thème du père est omniprésent dans sa filmographie, notamment dans son prochain film réalisé par son ami Yamina Benguigui. L'histoire de 3 sœurs, qui se retrouvent après la disparition de leur père et qui essaient de se retrouver. Un projet de film que l'actrice à hâte d'entamer. Nous, on a hâte de le découvrir.