Dès la première journée, le festival a donné le ton en combinant débats intellectuels, rencontres d'auteurs et réflexions sur le rôle du livre en Afrique. Cette 4e édition placée dous le signe de « Imaginer d'autres possibles » met en avant la puissance de l'imaginaire comme outil de résistance et de projection vers l'avenir, dans un contexte mondial marqué par des crises multiples. Editer et préserver : penser la survie du livre africain Le programme du jeudi a débuté avec une première grande table ronde intitulée « Editer et préserver : les défis du livre en Afrique », tenue dans le cadre des Palabres aux Etoiles de Jamaâ El Fna. Les intervenants ont abordé les obstacles structurels qui freinent encore la chaîne du livre sur le continent, notamment les coûts de production élevés, les difficultés de distribution et les enjeux de conservation des archives et des fonds patrimoniaux. Au-delà du constat, les échanges ont également mis en lumière les initiatives éditoriales innovantes portées par des acteurs africains, qui tentent de construire de nouveaux modèles de diffusion et de valorisation du livre. Cette première séquence a réuni plusieurs éditeurs et penseurs du livre africain, dans une volonté affirmée de penser l'édition comme un acte culturel et politique. C'est dans ce cadre qu'est intervenue l'éditrice marocaine Malika Slaoui, figure engagée de la scène éditoriale contemporaine. Elle a rappelé que « éditer n'est pas simplement produire des livres, c'est un véritable engagement, celui de préserver une mémoire et de transmettre ce qui ne doit pas se perdre ». Elle a insisté sur la nécessité de raconter les scènes culturelles africaines depuis l'intérieur, soulignant son travail de documentation des villes et des pratiques artistiques à travers une démarche de réappropriation du récit. Selon elle, il s'agit de « contribuer à une lecture du monde à partir de nos propres territoires », en donnant aux artistes et aux auteurs africains la possibilité de raconter leurs réalités sans médiation extérieure. Les échanges ont également insisté sur la nécessité de protéger les bibliothèques et les archives africaines, menacées par des contraintes matérielles et environnementales. Dans ce cadre, les éditeurs présents ont mis en avant des initiatives innovantes visant à renforcer la visibilité des auteurs africains et à créer de nouveaux modèles de diffusion du livre. L'éditrice Layla Chaouni a souligné l'importance d'un travail collectif pour « rendre le livre africain pleinement accessible et visible dans ses propres espaces culturels », insistant sur la nécessité de renforcer les infrastructures éditoriales locales. De son côté, Ysabel Saïah Baudis a insisté sur la dimension patrimoniale de l'édition, rappelant que « préserver les archives, c'est préserver la mémoire vivante des sociétés africaines et de leurs récits multiples ». L'écrivaine et éditrice nigériane Lola Shoneyin a quant à elle, mis en avant la responsabilité des éditeurs dans la transmission des voix contemporaines africaines, estimant que l'édition doit « créer des ponts entre les générations et les imaginaires ». Enfin, la modération assurée par Rodney Saint-Eloi a donné une tonalité engagée à la discussion. L'écrivain haïtien a rappelé que « l'édition est un acte de résistance culturelle », insistant sur la nécessité de « maintenir vivante la parole des auteurs dans un monde où les récits dominants tendent à invisibiliser certaines voix ». L'écriture comme reconstruction et la littérature comme espace de résistance L'après-midi a poursuivi cette exploration des fonctions de la littérature avec la rencontre « Ecrire quand tout vacille », organisée de 15h00 à 16h00. Cette table ronde a interrogé le rôle de l'écriture dans les processus de reconstruction personnelle et collective, en mettant en avant la littérature comme espace de résilience face aux crises intérieures et sociales. Les discussions ont ensuite glissé vers la dimension musicale de l'écriture avec « L'écriture en sol majeur », où les intervenants ont exploré les liens entre littérature et musique africaine, du jazz à la rumba, en passant par les rythmes populaires. Cette approche a permis de mettre en évidence la manière dont la musique structure les récits et influence les formes narratives contemporaines. En fin de journée, le panel « Ecrire pour faire céder les frontières » a ouvert une réflexion sur les barrières visibles et invisibles qui traversent les sociétés contemporaines. Les auteurs invités ont interrogé les frontières géographiques, linguistiques et identitaires, mais aussi les frontières intérieures liées aux mémoires, aux discriminations et aux récits dominants. La littérature a été présentée comme un outil capable de créer des passerelles et d'ouvrir des espaces d'expression pour les voix marginalisées. Une ouverture placée sous le signe du dialogue et de la transmission L'écrivaine haitienne Yanick Lahens- FLAM 2026. Cette première journée s'est conclue par la remise du Prix littéraire des lycéens de Marrakech, suivie de la leçon inaugurale de l'écrivaine haïtienne Yanick Lahens, figure majeure de cette édition. Son intervention, centrée sur la poésie comme espace de résistance et d'espérance, a marqué symboliquement l'ouverture officielle du festival. À travers cette programmation dense, le FLAM confirme son positionnement comme un espace de dialogue intellectuel et culturel entre l'Afrique et ses diasporas. En investissant à la fois les lieux culturels, les universités et les établissements scolaires, le festival poursuit également son objectif de démocratisation de la lecture et de transmission des savoirs. Dans une ville déjà habituée aux grands événements culturels, Marrakech s'affirme une nouvelle fois comme un carrefour des imaginaires africains, où la littérature devient un outil de réflexion sur le présent et d'invention des futurs possibles.