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Démolition et expropriations à Rabat : Le Conseil de la ville peine à convaincre
Publié dans Hespress le 14 - 03 - 2025

La conférence de presse tenue ce vendredi 14 mars par le Conseil de la ville de Rabat sur les opérations de démolition et d'expropriation liées au plan d'aménagement urbain de la capitale du Royaume a été très mouvementée. Loin d'apaiser les tensions, la rencontre n'a pas permis de dissiper les doutes ni de convaincre pleinement la presse sur certaines pratiques.
Dès l'ouverture, la maire a insisté sur le respect du cadre légal entourant les opérations d'expropriation visant à élargir et créer de nouvelles voies urbaines. « Le plan d'aménagement de la ville a été réalisé conformément à la loi, en englobant des biens appartenant à toutes les catégories sociales, riches comme pauvres, et en touchant les cinq arrondissements de la capitale », a-t-elle affirmé.
©Hicham Msellek
Concernant le quartier de l'Océan, où des habitants dénoncent des pressions pour vendre leurs biens, la maire de Rabat, Fathia El Moudni, a réfuté toute expropriation forcée. « Ce qui se passe à Sania Gharbia n'est pas une opération d'expropriation, mais bien une transaction entre vendeurs et acheteur, qui est l'État, conclue d'un commun accord, avec un prix négocié entre les parties », a-t-elle expliqué.
Elle a également défendu le respect des procédures légales, précisant que « le Conseil de la ville agit conformément à la loi 12.90 relative à l'urbanisme et à celle encadrant les expropriations pour cause d'utilité publique ».
Lorsqu'il a été question du relogement des habitants de Sania Gharbia, la maire a répondu en affirmant que le quartier comptait des habitations vétustes ne respectant pas les normes de sécurité et d'hygiène. Elle a précisé que les résidents concernés, y compris les locataires, avaient été indemnisés. « L'opération a commencé en décembre dernier et les habitants concernés ont été relogés, y compris ceux qui étaient en situation précaire », a-t-elle déclaré.
©Hicham Msellek
Des témoignages de riverains, invités par la mairie, ont été présentés pour illustrer la légitimité de l'opération. Certains ont confirmé avoir cédé leurs biens à l'État en toute transparence et sans contrainte. Mais l'absence de prise de parole de ceux qui refusent de vendre a soulevé des interrogations parmi les journalistes présents. Loin de dissiper les soupçons, cette sélection des témoignages a laissé planer le doute sur l'existence de pressions évoquées par une partie de la population.
Interrogée sur d'éventuelles pressions exercées par le pacha pour accélérer les évacuations, la maire a nié toute pression institutionnelle : « Dans un État de droit, la loi prime sur toute autre considération ». Elle a ensuite accusé certaines parties de propager des informations erronées pour instrumentaliser la colère des habitants. « Il ne faut pas exploiter les souffrances des citoyens pour des intérêts politiques. Non à la surenchère, non aux calculs politiciens aux dépens du bien commun », a-t-elle martelé, appelant les Rbatis à « se mobiliser pour l'intérêt général ».
Sur le plan d'aménagement, la maire a défendu un projet structurant, visant à moderniser Rabat et à en faire une capitale aux standards internationaux. « Nous nous préparons à accueillir des événements sportifs mondiaux. L'extension et la création de nouvelles routes sont cruciales pour améliorer la circulation et éviter la congestion dans les rues de Rabat », a-t-elle souligné.
©Hicham Msellek
Elle a également mis en avant l'impact positif de ces transformations sur le rayonnement de la capitale : « Rabat n'est plus seulement une capitale administrative, c'est aussi une destination touristique, un pôle d'investissement et une ville verte et culturelle. Ces projets bénéficient à toute la région, y compris Salé et Témara, en générant de nouveaux emplois ».
Si le discours officiel a insisté sur la transparence et l'utilité publique du projet, la conférence de presse a laissé un goût d'inachevé. Loin d'apaiser les doutes, elle a mis en lumière un manque de dialogue avec les habitants refusant de vendre et une communication municipale fragile face aux critiques. De plus, l'absence de réponses claires concernant les projets « d'utilité publique » sur les terrains démolis a renforcé les interrogations sur la véritable utilité de ces constructions pour la population.


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