Le Festival International du Film de Marrakech a célébré samedi soir l'une des figures majeures du cinéma américain : Jodie Foster, actrice, réalisatrice et double lauréate des Oscars. Révélée dès l'enfance, Jodie Foster a su traverser les décennies avec une rigueur artistique rare. Doublement oscarisée, elle s'impose comme l'une des figures les plus respectées d'Hollywood, capable de passer avec la même intensité d'un rôle d'une force dramatique inouïe à la mise en scène d'œuvres personnelles et visionnaires. Dans une salle comble, le public a accueilli debout celle dont la carrière traverse six décennies, du cinéma des années 70 à aujourd'hui. Un moment fort, chargé d'émotion, renforcé par la participation, même à distance, d'un autre géant du septième art : Martin Scorsese, qui lui a adressé un message vidéo exclusif. Sur scène, Foster a livré un discours intime, presque introspectif, revenant avec lucidité sur le temps qui passe et sur la persistance de son désir de cinéma. « Soixante ans... c'est long, très long, et pourtant tout est passé comme un souffle. Je suis toujours là, un peu plus vieille, mais guidée par le même amour : raconter des histoires, questionner nos liens, notre humanité», a-t-elle déclaré. Face au public marocain, l'actrice et réalisatrice a insisté sur ce qui l'anime toujours : une passion intacte pour les personnages, la fragilité humaine et ce lien universel que seul le cinéma est capable de créer. Elle a chaleureusement salué son équipe artistique, les réalisateurs et partenaires présents, ainsi que le Maroc, pays dans lequel elle dit trouver beauté, mystère et chaleur humaine. Mounir Mehimdate Foster s'est ouverte davantage, confiant ce qu'elle considère comme sa plus grande réussite : « Mon plus grand succès, ce n'est pas la carrière. Mon plus grand succès, c'est d'être heureuse. Simplement. Profondément. » Elle remercie sa famille, le public, le Maroc, avec lequel elle dit avoir tissé une relation durable. Un adieu tendre, presque intime, à l'image de cette soirée : élégante, sensible, profondément humaine. Si Martin Scorsese n'a pas pu être présent physiquement, son hommage projeté sur grand écran a marqué la salle. Le cinéaste s'est adressé à Jodie Foster avec émotion, la voix tremblante, la mémoire vive : « Rien n'effacera ce que j'ai vu en toi depuis que j'avais 8 ou 9 ans. Tu fais partie de mon parcours, de ma vie. » Scorsese, qui l'a dirigée dès l'adolescence dans Taxi Driver, parle d'une artiste libre, constante, et d'une carrière construite avec une exigence rare : « Tu as créé, à tous les niveaux, une œuvre incroyable. Je souhaiterais être là ce soir pour t'accueillir en personne. » Mounir Mehimdate Une carrière née très tôt, révélée par un rôle qui a marqué l'histoire Jodie Foster n'a que deux ans lorsqu'elle apparaît pour la première fois à l'écran. Publicités, sitcoms, séries familiales : l'apprentissage commence tôt, mais sans jamais s'arrêter. Très vite, sa maturité impressionne et conduit à un tournant majeur : son rôle dans Taxi Driver de Martin Scorsese. À 13 ans, la jeune actrice crève l'écran aux côtés de Robert De Niro et s'impose dans l'histoire du cinéma. Sa nomination aux Oscars confirme ce que le monde découvre alors : un talent rare, instinctif, presque insolent de précocité. Ce rôle pouvait être un sommet précoce. Il a été le point de départ d'un chemin qui allait durer plus d'un demi-siècle. Deux Oscars, des rôles puissants et une filmographie qui traverse les époques À l'âge adulte, Foster évite les pièges des carrières trop précoces. Dans les années 80, son travail prend une nouvelle dimension avec The Accused, qui lui vaut son premier Oscar. Trois ans plus tard, elle reçoit le second grâce à The Silence of the Lambs, œuvre culte où elle incarne Clarice Starling, héroïne silencieuse face au monstre Hannibal Lecter. La suite de sa carrière confirme une volonté d'explorer, jamais de se répéter. Panic Room, Flightplan, Inside Man, The Brave One, The Mauritanian : Jodie Foster traverse les genres, du thriller psychologique au drame social, sans jamais abandonner ce qui fait sa signature — intelligence de jeu, intensité émotionnelle, présence lumineuse. Mounir Mehimdate Très vite, Jodie Foster passe derrière la caméra. Son premier long métrage en tant que réalisatrice pose déjà les lignes directrices de son cinéma : sensibilité, rigueur, humanité. Elle enchaîne ensuite plusieurs films où l'intime et le politique s'observent, se confrontent, se répondent. Son œuvre n'est jamais spectaculaire pour le spectaculaire, elle raconte des individus, leurs brèches, leur force, leurs failles. L'hommage rendu à Jodie Foster à Marrakech dépasse la simple reconnaissance d'une carrière exceptionnelle. Il rappelle qu'un acteur peut traverser les décennies sans perdre sa curiosité, ni son désir d'apprendre, ni son regard d'enfant face au monde. À travers ses mots, la Salle des Galas n'a pas seulement applaudi une star, elle a célébré une façon de faire du cinéma : humaniste, lumineuse, exigeante. Et alors que les projecteurs s'éteignent sur la scène, Foster demeure ce qu'elle a toujours été : une voix qui continue d'inspirer, une artiste qui interroge, une femme libre.