À l'extrême sud du Maroc, sur l'un des axes les plus stratégiques pour les échanges avec l'Afrique subsaharienne, la dégradation des infrastructures routières continue de peser lourdement sur l'activité du transport international. Les chauffeurs marocains de camions reliant le Royaume à la Mauritanie tirent une nouvelle fois la sonnette d'alarme et réclament la réhabilitation urgente de la route dite de « Kandahar », reliant le poste-frontière de Guergarat aux territoires mauritaniens. Dans un communiqué, les organisations représentatives du transport routier de marchandises pour le compte d'autrui pointent l'état critique de ce tronçon, long d'environ trois kilomètres, devenu selon elles un véritable goulet d'étranglement pour un corridor pourtant vital pour l'accès aux marchés africains. La route, connue sous le nom de « Kandahar », est aujourd'hui jonchée de nids-de-poule et de zones marécageuses, provoquant de fréquentes pannes mécaniques sur les camions qui l'empruntent quotidiennement. Au-delà de la dégradation de l'axe routier, les professionnels dénoncent également les difficultés persistantes liées au programme de renouvellement du parc de camions. « La complexité des procédures, les retards dans le versement des aides et la faiblesse des montants accordés ne sont plus en phase avec l'évolution du marché ni avec les besoins réels de la flotte nationale », relèvent-ils, appelant à une modernisation accélérée du parc de transport. S'exprimant au nom des organisations professionnelles, Moubarak Assafi dresse un constat sans détour. « La route reliant le poste-frontière de Guergarat aux frontières mauritaniennes, sur une distance d'environ trois kilomètres, souffre d'un grave manque d'entretien et de réparations indispensables », affirme-t-il. Un abandon d'autant plus problématique que ce tronçon, autrefois placé sous la tutelle des Nations unies avant d'être sécurisé par l'armée marocaine, est aujourd'hui essentiel à la fluidité des échanges régionaux. Selon Assafi, la multiplication des zones marécageuses et l'extrême rugosité du terrain transforment ce passage en obstacle majeur pour les transporteurs. « Les dégâts mécaniques sont considérables », explique-t-il à Hespress, évoquant notamment l'éclatement des pneus et les pannes des systèmes de réfrigération. Pour contourner ce segment fortement dégradé, certains chauffeurs sont contraints d'effectuer de longs détours, au prix de coûts supplémentaires et de retards dans les livraisons. Le professionnel fustige par ailleurs l'absence de coordination et d'initiative de la part des autorités concernées pour la remise à niveau de cette zone stratégique, qualifiant la situation sur place d'« intenable » pour les acteurs du transport international. À ces difficultés s'ajoutent des contraintes administratives et sécuritaires du côté mauritanien. Moubarak Assafi fait état de l'imposition du visa d'entrée et de la multiplication des incidents impliquant des chauffeurs marocains sur le territoire de la Mauritanie. Il évoque notamment des cas d'arrestation consécutifs à des accidents de la circulation, alors même que les conducteurs disposent d'une assurance marocaine couvrant l'ensemble des pays africains. Une couverture qui, selon lui, n'est pas reconnue par les autorités mauritaniennes dans certaines situations. Les camions marocains sont en outre soumis, lors de leur passage, au paiement d'une assurance locale supplémentaire, dont le coût avoisine 500 dirhams marocains. Une protection jugée largement insuffisante par les professionnels. « En cas d'accident, les chauffeurs se retrouvent exposés à des procédures judiciaires strictes pouvant aller jusqu'à l'emprisonnement, sans que les documents d'assurance internationaux marocains ne soient pris en considération », déplore Assafi. Face à cet enchevêtrement de contraintes logistiques, administratives et sécuritaires, il appelle à une intervention urgente afin de fluidifier le passage frontalier et de garantir la protection des professionnels du secteur. De son côté, Mustapha Chaoun, secrétaire général de l'Organisation démocratique du transport et de la logistique multimodale, estime que la zone frontalière actuelle reste largement sous-équipée, malgré les travaux engagés par le Maroc sur une partie de Guergarat. Dans ce contexte, il met en avant l'option du nouveau tracé via le poste-frontière d'Amgala, qu'il présente comme « une solution d'avenir prometteuse » pour pallier les insuffisances actuelles du réseau routier. Selon Chaoun, ce nouvel itinéraire permettrait de réduire sensiblement les distances, le futur poste-frontière ne se situant qu'à 180 kilomètres de Laâyoune. Il souligne également que les camions pourraient emprunter les voies rapides reliant Tiznit à Dakhla, rendant les trajets vers la Mauritanie plus fluides et plus sûrs. Ce corridor alternatif présente, selon lui, un autre avantage majeur : il permettrait d'éviter les axes régulièrement marqués par des tensions et des protestations de certaines tribus mauritaniennes, tout en limitant l'exposition aux risques liés aux groupes terroristes actifs dans la région du Sahel et du Sahara. Reconnu comme « corridor » international par l'Union africaine, ce passage garantirait à la fois sécurité, réduction des coûts et gain de temps. Reste que la mise en œuvre effective de ce tracé demeure conditionnée au respect de la souveraineté des États concernés et à la conclusion d'accords bilatéraux entre le Maroc et la Mauritanie, dans un contexte régional toujours marqué par les défis sécuritaires persistants au Mali.