La France a décidé de voter contre la signature de l'accord entre l'Union européenne et les pays du Mercosur, a annoncé jeudi soir le président français Emmanuel Macron. « La France est favorable au commerce international, mais l'accord UE-Mercosur est un accord d'un autre âge, négocié depuis trop longtemps sur des bases trop anciennes (mandat de 1999) », a expliqué M. Macron dans un communiqué publié dans la soirée, alors que les agriculteurs français ont manifesté massivement à Paris dans la journée pour exprimer leur rejet de l'accord qui les exposerait à une concurrence déloyale d'importations moins chères en provenance d'Amérique du Sud. Le chef de l'Etat français rappelle que depuis l'annonce de la fin de la négociation en décembre 2024, n'avoir cessé de se mobiliser pour « un accord plus juste » afin de protéger les agriculteurs nationaux, ce qui a permis d'obtenir, sur cette base, « des avancées concrètes dont il faut donner acte à la Commission européenne ». Et d'ajouter que « malgré ces avancées incontestables, le constat doit être dressé d'un rejet politique unanime de l'accord, comme l'ont clairement montré les récents débats à l'Assemblée nationale et au Sénat » en France. « Dans ce contexte, la France votera contre la signature de l'accord », a indiqué M. Macron qui assure que « l'étape de la signature de l'accord ne constitue pas la fin de l'histoire ». Tout en soulignant à cet égard sa détermination à continuer à se battre pour « la pleine mise en œuvre concrète » des engagements obtenus de la Commission européenne et pour protéger les agriculteurs français, il a insisté qu'au niveau européen, « la priorité demeure aujourd'hui d'accélérer notre agenda de protection, de compétitivité et d'investissement ». Lire aussi : Accord Mercosur-UE : signature reportée à janvier en raison des réticences européennes Concrètement, le président français estime que si la diversification commerciale est nécessaire, le gain économique de l'accord UE-Mercosur « sera limité pour la croissance française et européenne (+0,05% sur le PIB de l'UE à l'horizon 2040 selon la Commission) et « ne justifie pas d'exposer des filières agricoles sensibles et essentielles à notre souveraineté alimentaire ». Parmi les avancées obtenues auprès de Bruxelles, M. Macron a évoqué « une clause de sauvegarde spécifique », sorte de « frein d'urgence » sur les importations agricoles des pays latino-américains du Mercosur en cas de déstabilisations de marché en Europe, des « mesures de réciprocité sur les conditions de production », ou encore le renforcement des contrôles sanitaires en Europe et des audits vétérinaires et phytosanitaires dans les pays tiers, « afin de garantir que les producteurs, notamment du Mercosur, respectent nos règles ». « Plusieurs de ces progrès doivent encore être finalisés, la France y veillera », promet le président français qui se félicite « des engagements majeurs de la Commission européenne », sur le montant des aides directes de la Politique agricole commune (PAC) dans le prochain budget pluriannuel de l'Union européenne. Un complément de 45 milliards d'euros sera accessible dès 2028, au-delà des près de 294 milliards d'euros sanctuarisés pour les aides directes au revenu agricole, a-t-il précisé. Adopté début septembre 2025 par la Commission européenne, l'accord de libre-échange entre l'UE d'une part et le marché commun du Sud d'autre part (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay), doit encore être approuvé par les Vingt-Sept et le Parlement européen avant d'entrer en application. La décision de la France de voter contre cet accord s'ajoute à l'opposition de l'Irlande, de la Pologne ou de la Hongrie, mais ne devrait pas empêcher la Commission européenne d'obtenir le feu vert d'une majorité d'Etats membres lors du vote à la majorité qualifiée vendredi à Bruxelles.