La Commission nationale des inspectrices et inspecteurs de l'enseignement, affiliée à la Fédération nationale de l'enseignement – orientation démocratique (FNE), tire la sonnette d'alarme sur les conditions de déploiement du "projet pionnier". Dans un communiqué, elle fustige une mise en œuvre jugée improvisée, porteuse de dérives managériales et attentatoire à l'identité professionnelle du corps de l'inspection, annonçant une décision de boycott des opérations de vérification interne. La contestation portée par la Commission nationale des inspecteurs de l'enseignement s'inscrit dans un contexte de débat persistant autour du "projet pionnier", présenté comme un levier central de la réforme éducative. Selon le communiqué de la commission, affiliée à la FNE, le déploiement du projet souffre d'« un manque criant de cohérence pédagogique », marqué par des choix conçus de manière verticale, sans prise en compte suffisante des réalités des établissements scolaires ni des besoins effectifs des élèves. Au cœur des critiques figure la redéfinition implicite du rôle de l'inspecteur, que la commission juge profondément problématique. Le texte dénonce une tentative de réduction de la mission d'inspection à une fonction d'auxiliaire technique chargé de la vérification statistique des résultats, en application notamment de la note ministérielle n°131-25. Pour la commission, cette orientation constitue une atteinte directe à l'identité professionnelle du corps de l'inspection, historiquement fondée sur l'accompagnement pédagogique, l'évaluation qualitative et le pilotage éducatif, et non sur la simple production d'indicateurs chiffrés. La Commission nationale des inspecteurs met également en cause ce qu'elle qualifie de "logique comptable étroite", reposant sur des taux de conformité et des classements d'établissements déconnectés de leurs spécificités pédagogiques et sociales. Selon le communiqué, cette approche vide l'acte d'évaluation de sa substance éducative, fragilise la crédibilité des processus de contrôle et transforme la mesure des apprentissages en une course aux chiffres destinée, in fine, à légitimer des rapports élaborés par des bureaux d'études sur le "projet pionnier". Dans ce climat, la commission rejette toute forme de pression administrative et d'instructions descendantes imposées aux inspecteurs et aux enseignants. Elle estime que cette méthode contribue à brider la liberté pédagogique, à normaliser les pratiques d'enseignement et à transférer la responsabilité des dysfonctionnements du projet vers les acteurs de terrain, en particulier les inspectrices et inspecteurs. Le communiqué alerte également sur les effets négatifs d'un travail mené en dehors de cadres curriculaires clairement définis, évoquant un risque de gaspillage du temps scolaire, une dégradation du climat éducatif et un impact psychologique sur les élèves. Face à ces constats, la Commission nationale des inspecteurs de l'enseignement annonce la suspension totale de sa participation aux opérations de vérification interne et externe liées au "projet pionnier". Elle réclame, selon le communiqué de la FNE, le respect de l'indépendance professionnelle de l'inspection, un véritable partenariat dans l'élaboration et l'évaluation du modèle pédagogique, ainsi qu'un audit pédagogique, matériel et financier du projet sous la supervision de l'Inspection générale.