La finale de la Coupe d'Afrique des nations du 18 janvier est sortie du terrain pour se jouer désormais dans les couloirs feutrés de la Confédération africaine de football (CAF), sous l'œil insistant de la FIFA et sous la pression d'une opinion publique africaine choquée par l'image renvoyée ce soir-là. À ce stade, la question n'est plus de savoir si le Sénégal a fauté. La question est de savoir si la CAF aura le courage d'appliquer ses propres règles. Il va sans dire que cette affaire n'est ni diplomatique ni politique. Le Sénégal est un ami séculaire et un allié historique du Maroc. Les relations entre les deux Nations n'ont plus à faire leurs preuves, mais sur le plan footballistique, le Maroc a un droit qu'il est en devoir de défendre. Cependant, plus les heures passent, plus l'attente autour de la décision de la CAF se prolonge. Mais contrairement à ce que l'on pourrait croire ou laisser entendre, il ne s'agit ni d'un silence gêné ni d'une tentative d'étouffer l'affaire. Si aucun communiqué officiel n'a encore été publié, c'est pour une raison simple : la commission disciplinaire de la CAF n'arrive toujours pas à dégager un consensus clair sur un dossier devenu explosif. Au cœur des discussions, deux courants s'opposent frontalement. D'un côté, une ligne dite de la temporisation, qui plaide pour l'apaisement : conserver le titre au Sénégal, sanctionner l'entraîneur et certains joueurs, infliger des amendes financières, puis refermer le dossier. De l'autre, un courant beaucoup plus strict, qui refuse toute lecture politique ou émotionnelle et exige l'application pure et simple du règlement, avec toutes les conséquences que cela implique. Cette fracture interne explique la durée des délibérations. La décision à prendre dépasse le cadre d'une simple sanction disciplinaire. Elle engage la crédibilité même de l'institution et pose la question des précédents que la CAF est prête — ou non — à créer. Car ce qui s'est produit lors de la finale du 18 janvier n'est pas un incident mineur. C'est un événement qui interroge la capacité du football africain à faire respecter ses règles lorsque la pression devient maximale. Et faits aggravants, la sélection sénégalaise et ses supporters n'en sont pas pas à leur premier coup d'éclat du genre : ils s'étaient comportés de la même manière à deux reprises par le passé, face à la Tunisie (CAN 2004) et face à la Côte d'Ivoire (Elim CAN 2013). Dans ce contexte, la CAF sait qu'elle est observée de très près. La FIFA suit le dossier avec attention et a clairement insisté pour que des sanctions à la hauteur des faits soient appliquées. Toute décision perçue comme complaisante serait immédiatement interprétée comme un aveu de faiblesse, non seulement à l'échelle africaine, mais aussi sur la scène internationale. Face à cette situation, la position du Maroc reste constante. Le Royaume n'a pas changé de ligne depuis le début. Il agit avec une double casquette. Celle du pays organisateur d'abord, qui a investi des moyens colossaux, humains, logistiques et symboliques pour offrir à l'Afrique une CAN de référence. Or, la finale a été totalement dénaturée, perturbée, vidée de son sens sportif. Tous ces efforts ont été piétinés en direct devant le monde entier. La seconde casquette est celle de l'équipe finaliste. Les Lions de l'Atlas ont vécu une situation moralement destructrice. Le match a été interrompu bien au-delà du temps réglementaire admis. Les joueurs marocains sont sortis mentalement du match, déséquilibrés, déstabilisés. Lorsque la rencontre a repris, le Sénégal est revenu avec une rage compréhensible, mais dans des conditions profondément biaisées, jusqu'à marquer et être déclaré vainqueur. La Fédération royale marocaine de football a ainsi déposé ses protestations auprès de la CAF et de la FIFA sans agitation médiatique, sans escalade verbale, et sans chercher à influencer l'opinion par des déclarations excessives. Une posture institutionnelle, assumée, qui contraste avec la gravité des faits dénoncés. Ce qui pourrait inquiéter aujourd'hui, c'est moins le délai que le risque d'un compromis bancal. Chaque jour qui passe sans décision alimente le débat et accentue la pression sur la CAF. Mais précipiter une annonce sans ligne claire serait encore plus dangereux. L'enjeu est trop important pour être réglé à la hâte. Selon plusieurs sources, une annonce est attendue au début de cette semaine. Elle dira beaucoup de la direction que la CAF souhaite donner à son football. Soit l'institution choisira la cohérence et la fermeté, soit elle ouvrira la porte à une zone grise où le retrait, la pression et la contestation pourraient devenir des outils ordinaires. Dans ce dossier, la CAF n'est pas simplement appelée à trancher un litige. Elle est appelée à fixer une limite. Sa décision fera date. Elle dira beaucoup de ce qu'elle veut être : une confédération de droit, ou une confédération de précédents dangereux.