La finale de la CAN 2025 entre le Maroc et le Sénégal a été marquée par des tensions et des incidents, après qu'un penalty accordé au Maroc a provoqué une vive contestation côté sénégalais. Alors que la Confédération africaine de football (CAF) a ouvert un examen disciplinaire, le professeur Karim Adyel souligne que le retrait des joueurs sénégalais constitue une infraction, bien que leur retour sur le terrain ait évité une défaite sur tapis vert. Photo d'illustration / DR ‹ › La finale de la Coupe d'Afrique des nations (CAN 2025) entre le Maroc et le Sénégal (0-1) a été le théâtre d'incidents qui ont éclipsé le match pendant de longues minutes. Tout a commencé lorsque l'arbitre central a accordé un penalty aux Lions de l'Atlas. Cette décision, prise après révision de la VAR, a déclenché une vague de contestations sur le banc sénégalais, le sélectionneur Pape Thiaw demandant à ses joueurs de quitter le terrain. La tension a atteint son paroxysme lorsque des supporters sénégalais ont tenté d'envahir le terrain, s'en prenant aux agents de sécurité. Pendant ce temps, plusieurs joueurs sénégalais se sont dirigés vers les vestiaires, laissant planer le doute sur la suite de la rencontre. Finalement, le match a repris après une quinzaine de minutes et le retour de l'équipe sur le terrain. Karim Adyel, professeur de droit du sport à l'Academy of Leadership Sciences Switzerland à Zurich, a qualifié la situation d'«imbroglio réglementaire footballistique» dans une interview accordée à Yabiladi. Contacté par notre rédaction, cet avocat et membre de l'Association internationale des avocats du football à Paris, également arbitre au Tribunal arbitral du sport à Lausanne, rappelle que la Confédération africaine de football (CAF) a ouvert une enquête disciplinaire. En effet, quitter le terrain sans l'autorisation de l'arbitre peut «constituer une infraction au règlement». «Si des violations du règlement de la compétition sont avérées (...), la CAF peut imposer des sanctions contre l'équipe ou des individus, telles que des amendes, des suspensions, voire une exclusion», nous a-t-il déclaré. Il précise que le règlement de la CAF stipule que si une équipe abandonne le terrain sans autorisation, elle peut être déclarée perdante et éliminée. Dans le cas de la finale de la CAN 2025, «le retour des Sénégalais sur le terrain a probablement empêché une application immédiate de cette sanction, mais la situation pourrait être réexaminée par les instances», explique-t-il. L'acte «est juridiquement constitué» Karim Adyel souligne que «même en cas de retour sur le terrain, l'acte reste juridiquement constitué». Autrement dit, «le retour n'efface pas la faute, mais il empêche seulement la sanction maximale». Au lieu d'un forfait automatique, la CAF pourrait infliger des «sanctions intermédiaires», comme «une amende lourde, des suspensions individuelles, un avertissement officiel, une mise sous surveillance disciplinaire ou des sanctions différées en cas de récidive», précise-t-il. Il existe de nombreuses «voies légales et disciplinaires — internes au football africain (CAF), au niveau international (FIFA, TAS) et au plan civil ou pénal marocain — pour contester des décisions, sanctionner des comportements, ou réclamer réparation suite aux incidents de la finale», ajoute Karim Adyel. Il insiste sur le fait que «les recours sportifs doivent être introduits rapidement et respecter les procédures strictes des règlements concernés». En cas d'interruption de jeu pour protester contre l'arbitrage pendant la CAN, des dispositions continentales s'appliquent. Le Pr Adyel rappelle que l'article 82 du Règlement disciplinaire de la CAF stipule que «toute équipe qui refuse de continuer un match ou quitte le terrain sans autorisation de l'arbitre est considérée comme ayant abandonné la rencontre». Dans ce cas, l'équipe peut perdre par forfait (3-0 ou score acquis), recevoir une lourde amende, être exclue de la compétition, ou voir ses joueurs et officiels suspendus. Le texte ne distingue pas le motif de protestation, qui «n'est jamais un fait justificatif», souligne-t-il. En ce qui concerne les règlements de la Fédération internationale de football association (FIFA), l'article 31 de son Code disciplinaire prévoit qu'«une équipe qui refuse de jouer ou de continuer un match est sanctionnée indépendamment des motifs invoqués». Les sanctions possibles incluent le forfait, l'amende, l'exclusion de la compétition et des sanctions contre les dirigeants. Le principe fondamental est que «la contestation arbitrale doit se faire par voie de droit, jamais par voie de fait», insiste Karim Adyel. Des recours possibles Concernant les recours possibles devant les instances internationales de football, le spécialiste indique qu'«en dernier ressort, la FIFA peut être saisie pour vérifier si les décisions de la CAF respectent les règles internationales (lois du jeu, règlement FIFA/IFAB, procédures disciplinaires)». Selon lui, «la FIFA peut également être sollicitée pour arbitrage administratif, ou pour confirmer la validité de sanctions disciplinaires décidées par la CAF». En effet, les dispositions de la CAF sont alignées avec les principes de la Loi du jeu (IFAB). La loi 12 prévoit également que «quitter le terrain sans autorisation de l'arbitre peut être sanctionné (avertissement, exclusion selon les circonstances)». «Bien que cela n'annule pas nécessairement le résultat d'un match, cela peut renforcer une argumentation disciplinaire contre les protagonistes», explique Karim Adyel. Par ailleurs, des recours sportifs ou des protestations formelles peuvent être déposés par voie officielle, permettant à une fédération nationale de saisir la CAF dans les délais prévus, afin de corriger «des irrégularités graves (arbitrage, sécurité, application des règlements)». Pr Karim Adyel Enfin, le spécialiste précise que si une décision disciplinaire de la CAF est rendue, «l'équipe ou l'individu concerné peut faire appel devant les instances d'appel internes à la CAF, puis éventuellement devant le TAS/CAS à Lausanne si les recours internes sont épuisés». Karim Adyel conclut que «le droit permet de soutenir que : le Sénégal a commis une infraction disciplinaire caractérisée ; le retour sur le terrain empêche le forfait mais pas la sanction ; la CAF doit motiver toute clémence par la proportionnalité».