Selon des informations recueillies par Hespress auprès de sources bien informées, l'Inspection Générale des Finances (IGF) a considérablement accéléré la cadence de ses investigations au sein des départements des achats et des marchés des entreprises publiques. Cette intensification s'inscrit dans le cadre d'une vaste enquête portant sur la validation de commandes publiques appuyées par des documents falsifiés. Les nouvelles missions d'inspection font suite à la réception de rapports alarmants signalant de graves irrégularités ayant entaché les transactions de 27 établissements publics et leurs annexes, où l'usage de faux certificats par certaines entreprises pour remporter des appels d'offres a été formellement détecté. Les inspecteurs des finances concentrent actuellement leurs audits sur l'examen minutieux des procès-verbaux des commissions de jugement des offres et d'ouverture des plis, ainsi que sur les documents signés par les ordonnateurs. Ces signatures ont en effet permis le déblocage de fonds conséquents au profit de sociétés adjudicataires ayant usé de manœuvres frauduleuses. Il est désormais avéré que l'arsenal documentaire falsifié est vaste : il comprend aussi bien des certificats de qualité et des attestations de régularité fiscale que des cautions bancaires, des références techniques ou des attestations d'expérience. Ces pièces ont servi à tromper la vigilance des commissions, y compris lorsque ces documents n'étaient pas explicitement exigés par les cahiers des charges. L'organe d'inspection du ministère de l'Économie et des Finances a spécifiquement orienté ses équipes vers trois établissements publics, dont les sièges sont répartis entre Casablanca et Rabat. Ces entités font l'objet de plaintes déposées par des entreprises concurrentes s'estimant lésées par l'attribution de marchés à des rivaux ayant présenté des dossiers douteux. Les premiers résultats des audits révèlent d'ailleurs une infiltration inquiétante de faux certificats de qualité dans les dossiers de candidature. Des entreprises de BTP et de maintenance ont produit ces pièces factices pour avantager leur offre, contournant ainsi les règles de concurrence loyale. Parallèlement, les inspecteurs épluchent les alertes émises par les services de contrôle interne concernant des projets aujourd'hui gelés. L'incapacité des attributaires à honorer leurs engagements, souvent due à une fragilité financière dissimulée, a paralysé des chantiers majeurs soumis à des délais de livraison stricts. Face à l'ampleur du phénomène, l'IGF a renforcé sa collaboration avec les laboratoires publics de qualité et de normalisation afin d'identifier formellement les fraudeurs et de transmettre leurs dossiers à la justice compétente. Sur le plan juridique, il convient de rappeler que l'article 152 du décret n° 2.22.431 relatif aux marchés publics autorise le maître d'ouvrage à prononcer l'exclusion, temporaire ou définitive, de tout concurrent coupable de fausse déclaration, de falsification, de fraude ou de corruption. Au-delà de l'aspect technique, les investigations mettent en lumière des soupçons de collusion entre certains responsables publics et des chefs d'entreprises. Les enquêteurs vérifient désormais l'identité des actionnaires des sociétés adjudicataires afin de déceler d'éventuels liens de parenté ou de connivence avec de hauts fonctionnaires, pointant également la responsabilité de gestionnaires ayant ignoré les avertissements des commissions techniques concernant les antécédents de fraude de certains candidats.