Saïd Oulbacha, Secrétaire d'Etat chargé de la Formation professionnelle : La formation professionnelle est aux premières loges des préoccupations nationales depuis l'avènement du nouveau gouvernement. Elle figure à côté des trois autres priorités de l'Etat que sont l'emploi, l'habitat et le développement économique. Le rythme quantitatif de la formation professionnelle a tendance à s'accroître puisqu'on note une évolution de 65 % en nombre de candidats. L'objectif pour l'horizon 2007 est de former 400.000 personnes. Ce chiffre est d'ailleurs une prévision minimum quand on sait l'allure avec laquelle les choses avancent aujourd'hui, que ce soit qualitativement ou quantitativement. Saïd Oulbacha, Secrétaire d'Etat chargé de la formation professionnelle, nous présente dans cet entretien, les réalisations et les perspectives de la formation professionnelle dans tout processus de développement économique. La Gazette du Maroc : l'importance de la formation professionnelle n'est plus à démontrer dans le dynamisme de l'entreprise. Le Maroc s'attèle à cette tâche depuis un certain nombre d'années. Qu'est-ce qu'on peut dire en termes de répartition qualitative et quantitative de cette formation professionnelle et en termes de valeur ajoutée sectorielle ? Qu'en est-il aussi de la mise à niveau industrielle, économique et de la coopération internationale ? Saïd Oulbacha : permettez-moi d'abord de rappeler que la formation professionnelle est un levier important dans la satisfaction des besoins en compétences des entreprises. Elle intervient de manière efficace dans la promotion de l'emploi des jeunes et l'amélioration de l'employabilité des travailleurs. La formation professionnelle représente un axe prioritaire pour le gouvernement Jettou. C'est ce qui ressort de son programme présenté devant le Parlement. Nous nous sommes fixé comme objectif d'atteindre la formation de 400.000 jeunes à l'horizon 2007. Dans cet objectif, plusieurs chantiers ont été ouverts. Notre stratégie vise à développer un partenariat actif et participatif avec les professionnels, les partenaires sociaux afin d'élaborer une politique de formation professionnelle où le système est cogéré par les différents partenaires. L'implication des professionnels est très importante dans la gestion de ce système. Sur le plan qualitatif, l'un des tous premiers chantiers à développer est la formation professionnelle en milieu spécialisé. Il s'agit de consolider son enracinement. À cet égard, une politique contractuelle a été développée. Aussi, le gouvernement a conclu trois accords-cadres avec la CGEM. Le premier de ces accords-cadres concerne le tourisme où nous nous sommes fixé un objectif de former 72.000 personnes à l'horizon 2010. C'est une formation-insertion. C'est un programme financé à hauteur de 550 millions de dirhams par le budget général de l'Etat d'un côté et par le programme de l'UE (MEDA I et MEDA II) de l'autre. Ce secteur connaîtra la création de plusieurs centres de formation et l'extension d'autres comme cela a été annoncé dans le programme gouvernemental. Avec l'intégration des établissements de la formation professionnelle relevant du ministère du Tourisme au sein de l'OFPPT, cela signifie qu'on est en train de chercher les voies et moyens pour faire une seule politique dans ce secteur. Et nous sommes sur la bonne voie. Le deuxième secteur par ordre d'importance est l'industrie du textile et l'habillement. Il lui est reservé un autre accord-cadre qui prévoit la formation de 75.000 lauréats dont 30.000 par apprentissage avec une enveloppe de 250 millions de dirhams financés par MEDA I et MEDA II et le budget général de l'Etat. Quant au troisième secteur, celui des NTIC, l'accord prévoit annuellement la formation de 5.000 hauts cadres et cadres moyens et la reconversion de 10.000 lauréats des universités. Le coût global de ce programme s'élève à 250 millions de dirhams. Son financement est fait de la même manière que celle des secteurs précédents. Sinon, avec le concours de l'Agence française de développement (AFD) nous sommes en train de développer d'autres programmes contractuels dans cinq secteurs : BTP, plasturgie, agroalimentaire, transport routier et industrie mécanique, métallurgique et électronique. Le coût de ce projet s'élève à 150 millions de dirhams. Il prévoit la construction de cinq établissements dans ces différents secteurs. Pour accompagner les entreprises dans leurs efforts de mise à niveau des ressources humaines, le Maroc a mis en place deux mécanismes de formation et d'accompagnement : les Contrats spéciaux de formation et les Groupements interprofessionnels d'aide au conseil (GIAC). Quels sont les objectifs de ces deux mécanismes ? Dans le cadre de la formation en cours d'emploi, nous avons instauré deux mécanismes: le GIAC (Groupements interprofessionnels d'aide au conseil) et les Contrats spéciaux de formation (CSF). Concernant ces derniers, l'objectif est d'amener l'entreprise à intégrer la formation dans son plan de développement en lui accordant une assistance financière. Il s'agit aussi d'améliorer l'employabilité des salariés. Ce sont les principaux objectifs des CSF. C'est un système qui est supervisé au niveau national et géré au niveau régional dans un cadre tripartite : Etat, employeur et salarié. Il est piloté par la demande des entreprises et non pas par l'offre de la formation. Le CSF est financé en partie par la Taxe sur la formation professionnelle (TFP) qui représente 1,6 % de la masse salariale. Et cette année, nous avons réservé 22 %, soit l'équivalent de 200 millions de dirhams. Et l'on prévoit d'atteindre 30 % à l'horizon 2007. À cette échéance, nous espérons que 25 % des salariés affiliés à la CNSS pourront bénéficier de ce programme de contrats spéciaux de formation. Cependant, une réforme de ces contrats spéciaux de formation est en cours d'élaboration avec les partenaires économiques et sociaux. Quant aux GIAC, leur objectif est de faire émerger la demande de l'entreprise en formation-emploi et d'identifier les besoins en compétences. Là aussi, le financement est fait dans le cadre de la TFP à hauteur de 70 % et le reste est fait par l'entreprise. L'Etat fait un effort important pour ces deux mécanismes. Sept GIAC sont aujourd'hui opérationnels. En 2002, votre département a signé un accord avec l'AMITH qui vise l'alphabétisation fonctionnelle des salariés sur une période de quatre ans. Où en êtes-vous avec cet ambitieux programme ? Quel est l'apport du concours étranger ? C'est un projet qui a été conclu entre le ministère de tutelle et l'AMITH. son objectif est de pouvoir alphabétiser 50.000 salariés sur une période de quatre années, avec l'assistance technique d'experts français. Le dispositif requiert la formation de 500 formateurs, l'agrément de 50 opérateurs et l'opérationnalité du système du tiers payant. Comment expliquez-vous l'absence de formation ou le peu d'intérêt qu'elle suscite dans le domaine de la santé, sachant bien qu'après les écoles de santé, il n'y a plus de formation ? Effectivement il y a un manque de formation dans le secteur paramédical et biomédical. Les besoins de notre pays, comme il a été dit par le ministre de la Santé, s'élèvent à hauteur de 9.000. Il y a eu des établissements qui étaient fermés depuis plusieurs années. Le ministère de la Santé a engagé une politique de formation dans ce domaine et nous participons avec lui dans le cadre de la coopération bilatérale entre les deux départements à aider la prochaine rentrée à la création d'un établissement de formation de techniciens spécialisés en maintenance biomédicale. Ce programme est en cours d'élaboration. C'est un établissement qui sera probablement situé à Rabat. La formation dans le secteur paramédical constitue maintenant une priorité pour nous puisqu'il y a une demande au niveau national et à l'échelle internationale. Nous avons une forte demande en personnel paramédical venant de la part des pays amis, notamment européens. Nous sommes en train d'étudier cette possibilité avec nos partenaires pour former nos jeunes selon des standards internationaux. À terme, ils pourront accéder à l'emploi dans ces pays demandeurs Quelle est votre politique dans le secteur du transport au moment où celui-ci s'oriente vers la libéralisation ? L'OFPPT a élaboré un projet très important. Il s'agit de la création d'un institut spécialisé de transport à Casablanca ayant une capacité de 228 sièges pédagogiques. Il sera opérationnel en 2003-2004. C'est un secteur important à suivre pour satisfaire la demande. Depuis huit mois, vous occupez un poste de secrétaire d'Etat dans un gouvernement que tout le monde s'accorde à qualifier d'espoir. Est-ce que vous constatez lors des réunions que ce gouvernement donne une priorité à la formation professionnelle ? Après les huit premiers mois du gouvernement Jettou, le résultat est très positif. Le Premier ministre a annoncé au Parlement que l'objectif fixé dans la formation professionnelle sera atteint et sera même dépassé. Le chiffre de 400.000 sera dépassé et pourrait même atteindre 600.000. Par ailleurs, le système d'information professionnelle est ouvert sur tous les secteurs. C'est la cheville ouvrière pour les besoins en compétences. Aujourd'hui, tout le monde est unanime pour reconnaître son importance dans le développement de l'entreprise. À cet égard, il existe des exemples dans certains pays où la formation professionnelle est considérée comme l'ossature du développement. C'est le cas de le dire avec le système dual allemand ou avec le modèle sud-coréen. Récemment, j'ai effectué un voyage de 15 jours en Allemagne, durant une semaine j'ai discuté avec nos partenaires de la possibilité de développer des projets dans le cadre de la formation alternée qui est l'équivalent du dual system allemand. Nous avons pu obtenir l'accord pour la réalisation de huit projets avec la GTZ et le ministère allemand de la Coopération et de la formation professionnelle. … Et comment créer des liens entre l'enseignement privé et la formation professionnelle ? Une politique de mise à niveau du développement de la formation professionnelle vient d'être engagée. Cette année, nous avons lancé une première opération d'accréditation de 62 établissements privés qui ont obtenu la qualification. Ces établissements sont capables de délivrer les diplômes reconnus par l'Etat. C'est une première dans notre pays. Nous sommes les premiers à engager ce processus-là. Et nous comptons encourager les écoles privées dans cette voie de la qualification et de l'accréditation parce que nous projetons qu'à l'horizon 2007 le secteur privé sera en mesure de former 191.643 au lieu de 60.000 ou moins aujourd'hui. Ce qui fait que le cumul du secteur privé et public sera porté à cette échéance à 654.000. Ceci permettra le développement des établissements privés qui vont s'ouvrir directement à l'entreprise et les gens investiront dans ce secteur. Des lauréats de l'OFPPT primés à Saint Gall Les lauréats de l'OFPPT qui ont participé pour la 3ème fois consécutive, en tant que représentants exclusifs du Maroc aux Olympiades Internationales des Métiers à Saint Gall en Suisse du 19 au 22 juin 2003, ont enregistré des scores très honorables face à des pays comme les Etats-Unis, la France, le Canada, la Belgique, le Royaume-Uni, la Norvège….. En mécatronique, le duo Jamal El Ghrib et Azeddine Habiballah, lauréats de l'OFPPT, ont décroché un certificat de mérite et un score de 518 points. Le meilleur score était de 541 points. Classé 8 ème sur 25 participants, le Maroc s'est placé parmi les pays les plus industrialisés et forts d'une longue expérience dans la formation professionnelle. En électronique industrielle, le représentant du Maroc a eu un score de 465 points. Le meilleur score était de 537 pour le Japon. Rappelons que la mécatronique est un nouveau champ de métier qui combine la mécanique, l'électronique et les sciences de l'Informatique pour répondre au développement rapide des produits de hautes technologies. La demande pour une main-d'œuvre hautement qualifiée dans ce nouveau métier est en accord avec l'expansion importante des produits mécatroniques. Au Maroc, cette formation est le résultat d'un partenariat très étroit entre l'OFPPT, la FIMME et la GTZ à partir du montage d'une formation en maintenance des machines-outils et autres machines à production automatisée en 1992 à l'ISTA-IE. L'association des trois partenaires à travers une formation alternée de qualité, répondant aux besoins réels de l'entreprise industrielle marocaine, a permis de mettre en place un dynamisme d'évolution et d'adaptation de cette formation aux standards internationaux. L'apport du sponsor officiel de la compétition dans la mécatronique, en l'occurrence FESTO, était stimulant pour accompagner ces progrès. La participation à cette compétition, organisée depuis 1950 par IVTO (International Vocational Training Organisation) : (l'organisation internationale de formation professionnelle) pour promouvoir les compétences professionnelles à travers le monde, a donc été une occasion pour mettre en avant les performances marocaines, notamment dans le métier de la mécatronique et louées par les différents participants. Par ailleurs, cette participation permet au Maroc de se positionner par rapport aux normes internationales, de développer l'échange d'expériences avec les participants des cinq continents, d'identifier les insuffisances et d'en tenir compte dans les programmes de formation. Le Maroc, représenté par l'OFPPT, avait auparavant participé aux deux dernières éditions des Mondial des métiers en 1999 à Montréal (Canada) et en 2001 à Séoul (Corée du Sud).