Dans un communiqué adressé à l'opinion publique, l'ONG appelle « toute victime potentielle, tout témoin direct ou indirect, ou toute personne disposant d'informations » à se manifester dans les plus brefs délais. Un appel à témoins pour « contribuer à dévoiler toute la vérité sur les agissements du prévenu et pour soutenir le processus judiciaire international en cours », explique Mat9ich Weldi (Touche pas à mon enfant). Insistant sur la nécessité de libérer la parole, Najat Anwar, présidente de l'association, affirme que « toutes les informations seront traitées dans la plus stricte confidentialité », garantissant la protection totale de l'identité des personnes qui se manifesteront. L'organisation assure également proposer un accompagnement psychologique ainsi qu'un appui juridique aux victimes qui en exprimeraient le besoin. Dans son message, « Touche pas à mon enfant » rappelle que « la protection des enfants est une responsabilité collective » et que chaque témoignage, même jugé mineur, peut s'avérer décisif pour faire avancer la justice. « Le silence ne protège pas la société, il protège l'agresseur », alerte encore l'association, appelant à « un acte courageux et un pas vers la justice ». Un prédateur itinérant Derrière cet appel à témoin, une affaire hors norme par son étendue et sa gravité. Âgé aujourd'hui de 79 ans, le français Jacques Leveugle est soupçonné d'avoir violé et agressé sexuellement 89 mineurs, des garçons âgés de 13 à 17 ans, sur une période de 55 ans, entre 1967 et 2022. Selon les éléments de l'enquête, cet éducateur et enseignant sportif a bâti pendant des décennies une trajectoire professionnelle itinérante lui permettant d'approcher des adolescents dans 9 pays dont le Maroc. Il intervenait notamment dans le soutien scolaire, l'encadrement sportif et l'accompagnement de mineurs en difficulté ou délinquants. Une mobilité qui lui aurait servi de couverture durant de longues années. Sillonnant le monde, Leveugle aurait sévi en Algérie, en Suisse, en Allemagne, au Maroc, au Niger, en Colombie, aux Philippines, en Inde ou encore au Portugal, ainsi qu'en France et Nouvelle-Calédonie. À chaque installation, le même mode opératoire : se rapprocher de jeunes garçons dans un cadre éducatif avant d'instaurer des relations sexuelles sous emprise. « Mémoires » glaçants L'affaire aurait pu ne jamais éclater. Mais tout bascule lorsque le neveu de Jacques Leveugle, nourrissant des soupçons envers son oncle, découvre chez lui une clé USB. À l'intérieur : ses « Mémoires », comme il les désigne. Selon le procureur de la République de Grenoble, Etienne Manteaux, s'exprimant lors d'une conférence de presse début février, il s'agit de quinze tomes extrêmement détaillés dans lesquels l'intéressé relate lui-même, de façon minutieuse, les agressions sexuelles et viols commis à travers le monde. Des récits glaçants qui constituent aujourd'hui une pièce centrale de l'enquête. Lors de son interpellation en février 2024, le septuagénaire résidait au Maroc, à Khénifra. Il effectuait cependant des séjours ponctuels en France, chez son frère. Loin des radars Si les faits sont d'une gravité extrême, leur traitement judiciaire se heurte à plusieurs obstacles. Beaucoup d'agressions sont anciennes, commises dans d'autres pays et qui de surplus n'ont jamais fait l'objet de plaintes. Par ailleurs, Leveugle conservait ses archives criminelles de manière privée, sans diffusion en ligne ce qui explique le fait qu'il ait échappé longtemps aux radars des services de lutte anti-cyberpédocriminalité. Mais aujourd'hui, l'enquête a changé d'échelle et une traque internationale est désormais lancé sur les traces de ses crimes. Des faits qu'il a reconnu d'ailleurs pendant les interrogatoires. Un appel à témoin international a été lancé par la justice française, avec le relais d'Interpol afin d'identifier d'éventuelles victimes dans les nombreux pays concernés. À ce stade, les enquêteurs français cherchent encore à mesurer l'ampleur réelle des crimes, le nombre exacte des victimes qui peut évoluer à mesure que la parole se libère. C'est précisément dans ce contexte que s'inscrit l'initiative de Mat9ich Weldi au Maroc : encourager d'éventuelles victimes marocaines à sortir du silence et à accéder à un cadre d'écoute sécurisé. Un dossier tentaculaire, transnational, et encore loin d'avoir livré toute la vérité sur Jacques Leveugle qui est également accusé du meurtre de sa propre mère et de sa tante.