Dès le premier jour de Ramadan, les défenseurs des consommateurs au Maroc alertent sur un « double défi » majeur : la prédominance d'un mode de consommation excessif et l'augmentation alarmante du gaspillage alimentaire. Ce phénomène, qui touche particulièrement le pain — denrée vitale par excellence —, exerce une pression directe sur le pouvoir d'achat des ménages et fragilise l'équilibre économique national. S'appuyant sur les dispositions de la loi 31.08 relative à la protection du consommateur, il apparaît urgent d'opérer une transition du « shopping d'habitude » vers une « consommation de nécessité ». La conscience individuelle constitue, à cet effet, la pierre angulaire de la régulation des marchés et de la préservation de la sécurité alimentaire. Cette approche vise à sensibiliser les citoyens à l'impératif d'ancrer une culture de modération et de responsabilité. L'objectif est double : garantir la stabilité des prix et protéger les ressources nationales d'un épuisement injustifié, durant une période qui devrait incarner les valeurs de solidarité plutôt que celles de l'excès. Dans ce contexte, l'Association Marocaine de Défense des Droits du Consommateur, affiliée à la Fédération Marocaine des Droits du Consommateur, a exprimé sa « vive inquiétude » face à l'ampleur du gaspillage alimentaire. En tête des produits concernés figure le pain, gaspillé massivement dans un contexte de hausse notable de la consommation durant ce mois sacré. L'Association souligne que ces dérives ont des répercussions qui dépassent le simple pouvoir d'achat des familles pour « toucher à l'équilibre économique et social global du Maroc ». Ali Chtour, président de l'Association, explique que « l'engouement excessif pour l'achat de denrées alimentaires en quantités supérieures aux besoins réels — qualifiable d'achat par habitude et non par nécessité — entraîne un déséquilibre de l'offre et de la demande. Cela accentue la pression sur les marchés et contribue, indirectement mais sûrement, à la flambée des prix ». Ce dernier précise par ailleurs que ce « comportement conduit à des taux élevés de gaspillage, ciblant particulièrement le pain. Cette matière vitale est pourtant le fruit d'une chaîne de production coûteuse, impliquant l'importation de blé en devises étrangères, le transport, la minoterie et les subventions étatiques, pour finalement échouer dans les poubelles ». Pour étayer ses propos, il s'appuie sur les rapports de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), qui confirment qu'une part importante de la nourriture dans les pays de la région est perdue chaque année. On estime ainsi qu'un individu gaspille des dizaines de kilogrammes de nourriture par an, le pain constituant une part prépondérante de ce gâchis en Afrique du Nord. « Ce sont des chiffres qui tirent la sonnette d'alarme et appellent à une révision profonde du comportement de consommation des Marocains », insiste-t-il. L'acteur associatif ajoute : « Conformément à la loi 31.08, le renforcement de la culture de consommation est un levier essentiel pour rétablir l'équilibre du marché ». Il explique que « le consommateur conscient est celui qui achète selon ses besoins quotidiens ou immédiats, qui évite le stockage anarchique et ne cède ni à la panique ni aux habitudes sociales génératrices de surplus et de gaspillage ». « Ancrer une culture de consommation responsable n'est pas seulement une obligation légale et morale », poursuit Ali Chtour, « c'est aussi une contribution directe à la protection de l'économie nationale, à la préservation de la sécurité alimentaire et à la réalisation de la justice sociale ». Il conclut en affirmant que « lorsque le consommateur maîtrise sa décision d'achat avec conscience et responsabilité, il impose son équilibre au marché et en devient un régulateur clé ». Cet équilibre s'avère d'autant plus urgent durant les jours de Ramadan, répondant à une nécessité double, à la fois économique et sociale. En somme, l'Association Marocaine de Défense des Droits du Consommateur appelle au lancement de « campagnes de sensibilisation pérennes », particulièrement lors des grands pics de consommation. L'enjeu est d'ancrer les valeurs de modération et de lier le comportement individuel à l'intérêt national, « afin que le mois de la solidarité et de la miséricorde ne se transforme pas en une saison de gaspillage et d'insouciance ».