À l'heure où la 76e édition de la Berlinale et son European film market (EFM) mettent en lumière les grandes dynamiques du cinéma mondial, le Royaume confirme son dynamisme cinéphile. Pour la première fois, un pays africain a été désigné invité d'honneur du marché européen du film, consacrant une ambition claire : faire du Maroc un hub incontournable des coproductions internationales. Il fut un temps où le Maroc enregistrait près de 20 millions d'entrées annuelles dans ses salles de cinéma. Cependant, au cours des dernières années, le secteur a connu un fort déclin, notamment en raison d'un virage technologique difficile à négocier. Aujourd'hui, la tendance semble s'inverser. Le pays renoue avec la croissance et s'impose comme l'un des leaders du cinéma en Afrique, rivalisant même désormais sur la scène internationale. Un acteur désormais incontournable Depuis plusieurs décennies déjà, les productions américaines et européennes choisissent le Maroc pour la diversité de ses paysages : déserts, montagnes, médinas, littoraux, mais aussi pour ses coûts compétitifs, la qualification de ses équipes techniques et ses incitations fiscales attractives. Au cœur de cette dynamique figurent les mythiques Atlas Studios à Ouarzazate, l'un des plus vastes complexes cinématographiques au monde, s'étendant sur près de 160 hectares. Véritable pilier économique régional, le site génère des milliers d'emplois directs et indirects, dynamise le tourisme et favorise la montée en compétence des professionnels locaux. L'attractivité du Royaume ne se dément pas. En 2024, les investissements étrangers liés aux tournages ont atteint 1,24 milliard de dirhams (MMDH), contre 1,14 milliard en 2023, confirmant une progression continue malgré le report partiel de certains projets à l'année suivante en raison de contraintes techniques et administratives. Le mécanisme de cash rebate a soutenu 12 productions étrangères, avec un engagement financier de 145,7 millions de dirhams (MDH) pour des budgets globaux avoisinant 632,7 millions. Une production nationale qui monte en puissance Le secteur national n'est pas en reste. Selon le bilan de 2024 du Centre cinématographique marocain (CCM), 27 longs métrages marocains ont été achevés en 2024. Le Fonds d'aide à la production cinématographique a mobilisé 73,5 MDH, générant un investissement global de 756,03 MDH contre 492 en 2023. Parmi ces 27 films : 59% (16 films) ont bénéficié du Fonds d'aide, et 41% (11 films) ont été réalisés en autoproduction. Le cinéma marocain confirme également son ancrage auprès du public : 1,08 million d'entrées pour les films nationaux, et 58,33 MDH de recettes. Sur l'ensemble du marché, la fréquentation a atteint 2,18 millions d'entrées en 2024 (+26%), pour 127,65 MDH de recettes (+42,7%). Le pays compte désormais 78 écrans actifs. Une diplomatie culturelle assumée Longtemps fragilisé, le secteur s'est restructuré autour d'événements phares. Le Festival international du film de Marrakech s'est imposé comme l'un des grands rendez-vous du cinéma mondial, attirant stars, producteurs et cinéphiles du monde entier. En 2024, ce sont 78 festivals nationaux qui ont été organisés. Par ailleurs, 131 participations à des festivals internationaux ont été recensées, et 42 prix ont été remportés à l'étranger. La présence institutionnelle marocaine s'est également affirmée à Cannes, Berlin et Annecy, renforçant la visibilité du Royaume sur les grands marchés professionnels. Modernisation des salles et nouveaux acteurs L'exploitation cinématographique bénéficie également d'investissements significatifs. Le Fonds d'aide à la rénovation et à la création des salles a mobilisé 12,88 MDH en 2024. L'implantation du groupe Pathé Cinémas à Rabat et Casablanca illustre cette modernisation. Fondé en 1896, Pathé est l'un des plus anciens réseaux de salles au monde. Ses complexes nouvelle génération, intégrant des technologies immersives comme la 4DX, participent au renouvellement de l'expérience spectateur. Il y a donc une évolution positive de l'industrie cinématographique nationale avec une progression de la production, un renforcement de l'attractivité internationale, une amélioration des indicateurs d'exploitation et une présence renforcée sur la scène internationale. L'ensemble de ces réalisations illustre le renforcement progressif de la chaîne de valeur du cinéma, depuis la création jusqu'à la diffusion, en incluant la formation et la promotion. Corentin Nado / Les Inspirations ECO