Le conseil d'administration de l'Institut du monde arabe (IMA) à Paris a confirmé, mardi 17 février 2026, la nomination d'Anne-Claire Legendre à sa présidence. Diplomate de carrière âgée de 46 ans, conseillère à la présidence de la République pour l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient, elle devient la première femme à prendre les rênes de cette institution bicéphale, fondée en 1987 sous l'impulsion de la France et des pays de la Ligue arabe. C'est une page qui se tourne pour l'Institut du monde arabe. À l'approche de son 40e anniversaire, l'institution parisienne, pont culturel et académique entre l'Europe et le monde arabe, se dote d'une nouvelle présidence aux allures de symbole. Anne-Claire Legendre, diplomate française au long cours, a été élue par le conseil d'administration réuni dans la matinée, sur proposition de l'Etat français. Le ministre français de l'Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, avait préparé le terrain en vantant, avant la réunion, « l'expérience, les qualités et la vision stratégique » de sa candidate. Des qualités que la nouvelle présidente aura l'occasion de déployer dans un contexte particulier : celui d'une institution bicéphale par excellence, dont le conseil d'administration est composé à parité entre quatorze membres français et quatorze représentants des pays arabes, pour la plupart des ambassadeurs accrédités à Paris, dont celui du Royaume du Maroc. Un parcours de diplomate aguerrie Ancienne porte-parole du Quai d'Orsay, Anne-Claire Legendre occupe depuis plusieurs années le poste stratégique de conseillère à la présidence de la République pour l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient. Une fonction qui l'a placée au cœur des dossiers sensibles d'une région en constante recomposition, lui offrant une connaissance intime des enjeux diplomatiques, économiques et culturels qui lient la France et les sociétés arabes. Ce profil de diplomate de terrain, rompue aux arcanes des relations internationales, contraste avec celui de certains de ses prédécesseurs, souvent issus du monde politique ou académique. Il faut dire que l'IMA aborde un cap décisif. À l'horizon de son 40e anniversaire, la nouvelle présidence a déjà annoncé la couleur. Elle entend en effet engager une réforme d'envergure, dont les contours ont été précisés dans le communiqué publié à l'issue du conseil d'administration. «Modernisation de la gouvernance, organisation plus lisible et efficace, rétablissement d'une trajectoire financière soutenable et renforcement des règles de déontologie» : la feuille de route est dense. Elle traduit la nécessité, ressentie par les membres du conseil, de remettre l'institution sur des rails plus solides, tant sur le plan financier que sur celui de son fonctionnement interne, pour lui permettre de continuer à jouer son rôle «singulier au service du dialogue entre la France, l'Europe et les sociétés du monde arabe contemporain». Cette ambition réformatrice intervient dans un contexte où l'institution, malgré son rayonnement, n'a pas été épargnée par les tensions budgétaires et les questionnements sur sa gouvernance. La nomination d'Anne-Claire Legendre, première femme à occuper ce poste, pourrait ainsi incarner un double renouvellement : celui de la parité, certes, mais aussi celui d'une méthode, plus diplomatique et sans doute plus opérationnelle. Une institution au carrefour des mondes Créé en 1987 par la France et les vingt-deux pays de la Ligue arabe, l'Institut du monde arabe occupe une place unique dans le paysage culturel parisien. Logé dans un bâtiment signé Jean Nouvel, dont le célèbre mur de moucharabiehs mécaniques dialogue avec le paysage urbain de la rive gauche, il est à la fois musée, bibliothèque, centre culturel et lieu de débats. Son rôle dépasse largement la simple vitrine culturelle. En favorisant la connaissance du monde arabe et en encourageant les échanges intellectuels, il participe activement à ce «dialogue des cultures» que les tensions internationales rendent plus nécessaire que jamais. La nouvelle présidente aura donc pour mission de préserver cet héritage tout en l'adaptant aux défis du XXIe siècle. Les premiers mois de son mandat, à l'approche du 40e anniversaire, seront scrutés de près par les observateurs des relations euro-arabes.