Sahara : Le Kenya soutient l'autonomie sous la souveraineté du Maroc    Migration légale : lancement à Rabat de projets THAMM+ Équipe France et PRIM2    Maroc : Des familles de moins de 4 personnes et des couples sans enfants    GITEX Africa 2026: Wafacash affirme son rôle de plateforme d'activation pour la fintech africaine    ARKA : la nouvelle sentinelle de la souveraineté numérique marocaine (VIDEO)    «Terrorisme d'Etat» : La réaction discrète de l'Algérie aux accusations françaises    Marruecos: El sector de las plantas aromáticas y medicinales se recupera de la sequía    Kenya expressed on Thursday its support for autonomy under Moroccan sovereignty and affirmed its intention to cooperate with like-minded States to promote its implementation.    Licences et masters : étudiants, enseignants et facultés… ce qui change    Liban: le bilan des frappes israéliennes de mercredi monte à 203 tués et plus de 1.000 blessés    Véron Mosengo-Omba rejette toute accusation de favoritisme de la CAF en faveur du Maroc    L'ADD et Concentrix scellent un partenariat stratégique pour accélérer la transformation digitale au Maroc    Camps de Tindouf : une violation manifeste du droit international et une détention sous couvert de "réfugiés"    La discrétion héroïque d'un étudiant marocain enflamme la toile chinoise    Partenariat stratégique entre le MJCC et Huawei pour le développement du gaming et des industries numériques au Maroc    Concentrix dévoile une adoption massive de l'IA, freinée par la confiance    Le Cameroun modifie les règles de succession présidentielle    Le Maroc et le Kenya tiennent leur 1ère Commission mixte de coopération, 11 accords signés    Sur Hautes Instructions de SM le Roi Mohammed VI, Nasser Bourita préside les travaux de la 5e Commission mixte Maroc-Niger    Au Sénégal, Motsepe nie tout favoritisme envers le Maroc et appelle à l'unité    La guerre en Iran retarde-t-elle la livraison des 30 Mirages 2000 promis par les Emirats au Maroc ?    Liban. Le chef du Hezbollah tué dans une frappe israélienne.    Lancement de l'ouvrage «The Oxford Handbook of the Moroccan Economy»    CAN 2025. L'édition la plus réussie de l'histoire selon Motsepe    CAF : Dakar reçoit Patrice Motsepe au sommet, Rabat reste institutionnel    Moncef Zekri au cœur d'un dossier brûlant entre l'Italie et l'Angleterre    Fès : le stade Hassan II sera reconstruit pour 400 millions de DH    Brahim Díaz entre dans une nouvelle dimension en Europe    Loudyi reçoit le ministre délégué chargé de la Coordination des services spéciaux de Pologne    Folk : Réinventer la gestion des relations    MFC et Bank of Africa : partenariat pour l'innovation financière    Casablanca : Arrestation pour incitation au meurtre de personnes de religions différentes    Casablanca: Detención por incitación al asesinato de personas de diferentes religiones    Météo. Averses orageuses et chutes de neige de jeudi à dimanche dans certaines provinces    Droit à l'éducation au Maroc : l'ONDE et l'UNESCO scellent un partenariat    Philip Morris Maghreb met en lumière l'IA comme moteur d'innovation et de recherche scientifique    Marchés publics : les seuils de publication revus à la hausse    Maroc : comment le Mondial 2030 peut booster les industries culturelles et créatives    Orange Maroc : Le musée s'ouvre au monde, en un clic    Cannes 2026: «La Más Dulce» de Laïla Marrakchi en compétition dans la section «Un Certain Regard»    Une femme du Néolithique marocain renaît grâce à la reconstruction faciale par Ancestral Whispers    Fès sacrée capitale de la société civile marocaine pour l'année 2026    Le Maroc salue l'annonce du cessez-le-feu entre les Etats-Unis et l'Iran    Patrice Motsepe à Rabat après la crise de la CAN avec le Sénégal    Rosé Days débarque au Maroc    Etats-Unis Iran. La trêve    Les Reflets de l'Ogooué : un festival pour réinventer le cinéma gabonais    Match amical Espagne-Egypte : La FIFA ouvre une procédure disciplinaire après les chants racistes    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



Un large front démocratique à la place de la Koutla
Publié dans La Gazette du Maroc le 23 - 06 - 2003

La Koutla, conglomérat politique conçu pour une autre mission est incapable d'affronter, seule, le péril intégriste. La tâche incomberait plutôt à un large front de salut public.
Il suffit d'observer la quantité d'initiatives pour organiser la riposte contre les événements du 16 mai -causes et effets- de regarder le nombre de rencontres sur le même thème -modernité et obscurantisme-, pour comprendre que la société marocaine réfléchit sur elle-même. Déboussolés, subitement inquiets de l'ampleur d'un mouvement qu'ils croyaient maîtriser, les Marocains entament toutefois timidement l'examen des raisons d'une situation qui commence à les dépasser.
Pourquoi ? Comment en sommes-nous arrivés là ? Où se situent les responsabilités ? Et quelles réponses à un phénomène dont les enquêtes de police commencent à peine à révéler les ramifications ? Ce sont bien des interrogations présentes, mais l'étude de ces questions se poursuit en ordre dispersé. Là où l'on devrait assister à une réflexion collective et à une action commune, nous nous retrouvons, par tables-rondes et journaux interposés, devant une querelle de clochers, chacun défendant sa propre chapelle.
Au banc des accusés, explicitement ou implicitement, l'Etat par la société civile et les partis politiques ; les partis par la société civile et l'Etat ; et la société civile par les forces auxquelles, dans une démarche saugrenue, elle s'est depuis sa naissance opposée, les formations politiques. Seul pour l'instant, Ismaïl Alaoui s'est essayé devant le comité central de son parti à une approche globale des responsabilités. Le secrétaire général du PPS a ainsi mis à l'index les faiblesses de la sécurité, handicapée particulièrement par la corruption; l'éducation nationale qui s'est laissée gangrener par la “pensée obscurantiste”; l'Etat dans son ensemble pour sa gestion conciliante du dossier islamiste ; la société civile sans vision politique et surtout tiraillée par ses utopies ; et, enfin, les défaillances des partis politiques désormais incapables aussi bien de s'adonner correctement à leur mission d'encadrement des citoyens que d'œuvrer en commun pour réoccuper les espaces populaires laissés vacants au grand bonheur des courants islamistes. Malgré cet effort, Ismaïl Alaoui n'a pu s'empêcher de tirer la couverture à lui en reprochant aux “grands” partis, l'USFP et l'Istiqlal, leur préoccupation hégémoniste au détriment de l'intérêt commun. Objet d'une offensive sans précédent, les islamistes n'entendent pas se laisser faire. A tous ceux qui leur demandent de changer et d'évoluer, ils répliquent qu'en fait ce que l'on exige d'eux, c'est plutôt de changer l'Islam et de le faire déménager de sa place centrale au sein de la société marocaine. Ce qui, naturellement, n'est pas loin de la vérité pour certaines formations politiques et les ONG qui se situent dans “le camp de la modernité”. Les tournures de phrases varient, mais la teneur reste la même : en finir avec ce qu'ils appellent l'anachronisme de l'Etat “qui doit faire aujourd'hui son choix : être un Etat religieux ou laïc, mais pas les deux à la fois”.
Cette radicalisation des attitudes risque évidemment de mettre le Maroc en face de deux fondamentalismes : l'un religieux, qui ne voit de salut que dans le retour à l'intégralité des préceptes de l'Islam, l'autre dit abusivement laïc qui cherche à appliquer à une société encore profondément rurale et gravement sous-développée les concepts d'une modernité dont elle n'a pas les moyens.
La stérilité de ce débat fondé, de part
et d'autre, sur un manichéisme peu démocratique est assurée. Il ne peut conduire qu'à un choc frontal entre les composantes de la société marocaine. L'extrême faiblesse de la société civile étant ce qu'elle est, l'inefficacité des partis politiques étant acquise, l'affrontement opposera l'Etat - ses forces armées et sécuritaires - à la mouvance intégriste. Dans un premier temps au moins, puisqu'il faudra faire confiance à la “richesse” ethnique et culturelle du Royaume pour voir se greffer sur le choc de nouveaux différends à la kurde ou à la kabyle.
Même si la société marocaine a fortement réagi aux crimes du 16 mai par la marche de Casablanca, la faune de celle-ci reste trop hétéroclite, dans une large mesure “mondaine”, pour constituer un véritable barrage. Depuis, et hormis quelques débuts et prises de position, que voyons-nous en face de ce qui apparaît désormais comme une nébuleuse tentaculaire ?
L'Etat, ses services et ses télévisions. Sans doute celui-ci est responsable de la déliquescence caractéristique des partis. Le constat ne lève pas malheureusement la réalité de ces forces ou plutôt de ces faiblesses politiques. Des structures militantes démoralisées, des formations sans ressort et sans âme, incapables d'aller sur le terrain porter la bonne parole, cohérente, conséquente et qui ne paye pas seulement de mots.
Il ne suffit plus aujourd'hui de dire que l'une des pistes serait un engagement militant conséquent. Mais il faut surtout indiquer comment. Il s'agit en fait de la réhabilitation de l'action politique. C'est plus facile à dire qu'à faire, mais le tout consiste à réinventer les valeurs du militantisme. Elles ont pour nom le désintéressement, le bénévolat, la solidarité, le sens de l'intérêt public et commun, la prééminence du mérite et la promotion de la compétence. Mais comment faire quand, pendant des années, les efforts et les volontés se sont conjugués pour en affaiblir la teneur jusqu'à les vider de tout sens ? Un premier pas serait d'abandonner la Koutla, conglomérat politique conçu pour une mission autre que celle d'affronter le péril intégriste. Fonder sur ses débris un large front de salut public qui comprendrait toutes les forces de la démocratie et qui en acceptent les règles sur la base d'un contrat de progrès clair et contraignant. Le front devrait englober aussi bien les personnes morales que physiques, les partis comme les associations, les entités comme les individus. Trouver ensuite une idée généreuse, peut-être utopique mais porteuse, car les peuples ont besoin d'utopie et de modèles de la même manière que les êtres qui les composent ont besoin d'oxygène. Encore faudrait-il que cette utopie ait une dimension concrète qui indique bien que les leçons du 16 mai ont pu être retenues, que le sens du partage gagne du terrain, qu'un Maroc autre est en train d'émerger.
Parfois de simples gestes suffiront. Seulement ceux qui possèdent le pourront.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.