Les équilibres mondiaux évoluent à grande vitesse et la capture par l'armée américaine du désormais ancien président vénézuélien, Nicolas Maduro, met l'Algérie et le polisario dans une position complexe. La milice séparatiste, longtemps soutenue par le régime de Maduro, perd un allié de taille en Amérique latine. A la suite de la capture de Nicolas Maduro, présenté devant la justice américaine, ni le polisario ni l'Algérie n'ont commenté ou osé manifester un soutien public ou une solidarité avec ce régime pourtant proche et même allié puisqu'il soutient le projet séparatiste au Sahara. Les derniers développements sur la scène mondiale découlant de l'élection de Donald Trump inquiètent particulièrement l'Algérie qui a compris que la situation ne lui était pas favorable. Alger craint l'inscription du polisario sur la liste des organisations terroristes et devoir ainsi faire face aux conséquences d'une étiquette de pays hôte du terrorisme. Pour éviter cela, les autorités algériennes ont pris quelques décisions inattendues. Economiquement, le pays a débloqué les portes de l'investissement aux géants américains Chevron et ExxonMobil, et a tenté de faire miroiter plusieurs opportunités liées aux hydrocarbures, aux mines et au phosphate à Washington. Dans la foulée, le régime a récemment fait passer une loi pour autoriser des sociétés étrangères à détenir jusqu'à 80% des parts dans les projets miniers nationaux. Au niveau politique, l'Algérie a pris ses distances avec la Russie, et n'a pas participé au vote sur le Sahara au Conseil de sécurité alors même qu'elle était membre non permanent. Le régime algérien a également brillé par son absence aux votes concernant la Palestine alors qu'il se pose en tant que défenseur de la cause palestinienne et justifie la rupture de ses liens avec le Maroc par la reprises des relations diplomatiques entre Rabat et Tel Aviv. Alger a même voté au Conseil de sécurité en faveur du plan de paix du président Trump pour Gaza, et la diplomatie algérienne a tenté de justifier ce choix dans une longue (et vaine) diatribe à l'ONU. L'absence de commentaire à la suite des événements au Venezuela est une autre preuve de l'incapacité de l'Algérie à se positionner contre les intérêts américains en dépit de sa proximité et son alliance avec le régime de Maduro. Les autorités algériennes se trouvent dans une situation hautement délicate surtout que leur raison d'être diplomatique tourne autour du Sahara marocain. Par ailleurs, l'Algérie a d'autres raisons de rester silencieuse vu que les États-Unis regardent également avec méfiance les régimes de gauche à caractère militaire dans plusieurs pays tels que Cuba et la Colombie. Ces dernières années, la diplomatie algérienne a observé sans réagir à l'effondrement d'autres soutiens à son projet séparatiste, notamment la chute du régime de Bachar Al Assad en Syrie et la mise en difficulté du Hezbollah libanais, un autre soutien idéologique et logistique qui subit de lourdes pressions militaires et politiques. Dans la même ligne, le polisario qui s'aligne sur Alger, a observé un silence radio face à l'un de ses plus grands soutiens. Alors que Nicolas Maduro recevait Brahim Ghali comme un « Chef d'Etat » et un ami, ce dernier lui tourne le dos en s'abstenant de condamner l'opération militaire américaine. Le groupe séparatiste observe impuissant le recul de son influence en Amérique latine, un continent historiquement favorable à ses thèses. Le silence du polisario et de l'Algérie face à la chute de leurs soutiens successifs n'est pas anodin, il dénote de l'isolement grandissant de la thèse séparatiste dans le monde et le délitement de son réseau d'alliances au rythme des recompositions géopolitiques mondiales et du soutien croissant pour la proposition d'autonomie marocaine qui préserve les frontières du Maroc.