Le lundi 5 janvier 2026, en marge de la séance hebdomadaire des questions orales au Parlement et du dépôt d'amendements pour certains projets de loi, la réforme de la Moudawana ravive les clivages politiques. À l'approche de la fin de la législature, le calendrier d'adoption du texte oppose majorité prudente et opposition sceptique. Au sein de la coalition au pouvoir, une posture empreinte de circonspection prévaut, notamment incarnée par le parti de l'Istiqlal. Ses représentants parlementaires insistent sur la nécessité impérieuse de ne point céder à la précipitation. Ils estiment que la refonte de la Moudawana requiert un laps de temps suffisant pour l'élaboration d'un consensus national d'envergure. Allal El Omraoui, président du groupe istiqlalien à la Chambre des représentants, a ainsi rappelé la responsabilité inhérente à cette entreprise, dès lors qu'elle concerne l'institution familiale, considérée comme le socle de la société marocaine. Il a, de surcroît, souligné que ce chantier est placé sous l'Egide Royale directe, en la qualité d'Amir Al-Mouminine, conférant à la démarche une solennité qui doit la prémunir contre les calculs politiciens et les clivages partisans. L'objectif affiché est de parvenir à une vision équilibrée, apte à concilier les aspirations citoyennes avec la préservation des fondements religieux et sociaux de la nation. Lire aussi : La réforme de la Moudawana est une dynamique continue portée par la Vision Royale En contrepoint, l'opposition, par la voix du Parti du progrès et du socialisme (PPS), manifeste un scepticisme quant à la possibilité d'adoption de la réforme avant le terme de l'actuel mandat gouvernemental. Rachid Hamouni, chef du groupe PPS, juge improbable que le texte soit soumis au vote avant la fin de la législature. Il émet l'hypothèse d'un atermoiement délibéré, suggérant que ce dossier, rouvert périodiquement depuis près de deux décennies, pourrait être dévolu à l'exécutif subséquent. Selon lui, le retard ne saurait être imputé à des difficultés rédactionnelles, d'autant que les consultations ont été exhaustivement menées et que l'avis du Conseil supérieur des oulémas a déjà balisé les grandes orientations. Le dirigeant du PPS soupçonne plutôt une volonté politique tacite de transférer la gestion de ce dossier éminemment sensible à la future équipe gouvernementale, afin d'éviter d'en assumer le coût politique immédiat. L'avenir de la Moudawana demeure ainsi suspendu à un arbitrage délicat entre l'exigence de concertation approfondie prônée par la majorité et la perception d'une manœuvre dilatoire dénoncée par l'opposition. Tandis que la commission de rédaction, mise en place après la publication de l'avis des oulémas, s'attèle à la rédaction du texte, la question de son inscription à l'agenda parlementaire avant 2026 reste en suspens. L'enjeu transcende la simple joute politique : il s'agit de déterminer si le temps restant permettra de forger le consensus nécessaire à une réforme qui, tout en modernisant le cadre juridique, doit impérativement respecter l'identité et les valeurs de la société marocaine.