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Reggiani: un hommage à la poésie
Publié dans L'Economiste le 02 - 07 - 1992

Mardi 23 Juin, à 21h, au Rialto de Casablanca, la "Méditerranée" prouvait encore une fois son talent(*). En première partie du spectacle, le poète-chanteur Philippe Forcioli offrait le soleil, son sourire, la poésie parfumée d'une nature révoltée par les abus de l'homme, où les fleurs décident une grève illimitée. Simple, et grand dans sa discrétion.
Et puis Serge Reggiani entrait en scène. Raide, hiératique dans son costume noir. "C'est moi, c'est l'Italien... Je reviens de si loin, la route était mauvaise..." Pendant une heure trente il tient la scène, comédien jusque dans sa rigidité, acteur jouant de son âge. "Il suffirait de presque rien, peut-être dix années de moins?... vingt? non... quarante?". Cheveux blancs, visage sculpté par les tempêtes de la vie, presque accablé, il fait frémir la salle sous le coup de poignard imaginaire qui assassine Arlequin. Le petit homme se métamorphose dans sa voix puissante, vibrant de sensibilité. Il redit Baudelaire, Rimbaud, Apollinaire-"Passent les jours et passent les semaines/ni temps passé ni les amours reviennent". La tendresse se nuance de réserve, le rire frise le sarcasme. Il chante ses chansons cocasses, l'oncle qui "bricole" les bombes atomiques, mais aussi la bêtise, la guerre, sa liberté, le temps qui passe quand on a "le dos tourné", la vie, sa vie, ses amours, la souffrance. Les spectateurs l'ovationnent avec frénésie, surtout quand il leur offre, cette fois encore, "Sarah" après "Le déserteur" de Boris Vian.
Ils étaient venus, jeunes et moins jeunes. Ils étaient là, chaleureux, reconnaissants pour l'artiste et l'homme qui leur faisait le cadeau, ce soir, de sa présence sur la scène. La salle, debout, à la fin du spectacle, acclamait le chanteur-comédien présent, mais aussi une carrière et une vie, renouvelant avec émotion les applaudissements par lesquels elle pouvait, symboliquement, dire à l'artiste qu'il avait gagné. Il avait interprété, pour chacun, un répertoire qui éveillait des souvenirs enfouis. Lucide et douloureux, il avait conclu: "Ce n'est pas moi qui chante/mais les fleurs que j'ai vues/ce n'est pas moi qui ris/mais le vin que j'ai bu/ce n'est pas moi qui pleure/mais mon amour perdu." Toute une vie.
A la sortie, dans la foule qui se pressait, on savait qu'un souffle de vérité et d'intelligence était repassé avec le plaisir du spectacle. "Reggiani, c'est notre jeunesse" entendait-on souvent. C'est aussi la voix de "l'espérance violente" d'Apollinaire.
On le remerciait d'être et d'avoir été Serge Reggiani.
Thérèse BENJELLOUN
(*) La Méditerranée a du talent: titre du cycle de manifestations organisé par le Centre Culturel Français.
Dans une interview
Serge Reggiani: " les loups c'est nous"
Le chanteur Serge Reggiani, qui vient de terminer le film "Emile des Roses" tourné en Allemagne et à la frontière polonaise, s'est produit sur la scène du Rialto, le 23 Juin, à Casablanca, devant un public chaleureux, admiratif et très ému. A 70 ans, le chanteur avait encore beaucoup de ressort.
- L'Economiste: Vous acceptez de chanter la tristesse, pourquoi?
- Reggiani: Non, je ne chante pas la tristesse. Je suis plutôt un romantique, mais je ne suis pas triste. Je laisse entrevoir mes sentiments à travers les chansons que j'interprète. Mais vous savez, d'ordinaire, mes chansons sont plutôt drôles.
- Vos textes ressemblent à ceux de Baudelaire, peut-on aller jusqu'à faire un parallèle entre Charles Baudelaire et vous?
- Oui je m'inspire beaucoup de Baudelaire. D'ailleurs la chanson "La femme qui est dans mon lit n'a plus vingt ans depuis longtemps" est un poème de Baudelaire. Mais de là à faire un parallèle entre le grand poète Charles Baudelaire et moi, non je ne pense pas.
- Sentez-vous l'amour du public pour vous? Ce public qui accepte beaucoup de choses de vous. Que vous disparaissiez, que vous reveniez, que vous chantiez, que vous jouiez, le public est toujours là.
- Oui, et cela me fait énormément plaisir. Il y a un très bel échange entre mon public et moi.
Par contre, je ne disparais pas.
Il y a, certes, des périodes durant lesquelles je tourne des films et d'autres où je donne des concerts.
- Y a-t-il des messages dans vos chansons?
- Je n'en ai pas. Mes chansons expriment surtout l'amour, l'aventure, la joie, mes racines
- Les jeunes vous aiment. A votre avis pourquoi? Vous sentez-vous proche d'eux?
- Oui et cela me touche beaucoup. Les jeunes aiment mes chansons, mon style de musique. Et cela me fait très plaisir. Les chanteurs actuels chantent toujours la même chose et c'est ce qui crée, sans doute, chez les jeunes, un état de lassitude. Je me sens très proche d'eux.
J'aime beaucoup les jeunes. Il y a un merveilleux échange entre eux et moi.
Ils écoutent avec intérêt mes chansons et moi je sens cette sensibilité. Et c'est formidable.
- Si vous aviez à choisir une chanson, laquelle retiendriez-vous?
- Je les aime toutes. Cela m'est très difficile de vous répondre. Disons que dans l'ordre de préférence je choisirai "il suffirait de presque rien", "les loups" et "le petit garçon".
- Depuis le début de votre carrière qu'est-ce qui vous a fait le plus plaisir?
- Beaucoup de choses. Comme cette anecdote: A 14 ans j'ai quitté l'école. Mes parents étant coiffeurs je suis devenu apprenti-coiffeur pour dames.
Un jour j'ai laissé couler du schampoing dans l'il d'une cliente qui s'est écriée: "vous devriez faire un autre métier!".
Or, il s'est trouvé que cette dame connaissait bien le monde des artistes, du spectacle. Grâce à elle, j'ai pu passer une audition au "journal" et j'ai été pris ce jour-là. A la fin de l'année j'ai été reçu premier. La suite, vous la connaissez.
- Vos parents étaient-ils fiers de vous?
- Je n'ai jamais eu de compliments venant de ma mère. Elle a toujours cherché mes défauts et elle continue encore, à l'heure actuelle, de le faire. Ses critiques m'ont aidé à évoluer.
- Quel est votre meilleur film ou votre meilleur souvenir de tournage?
- "Casque d'or" avec Simone, la grande Simone Signoret. Nous étions entre amis, entre proches et c'était un tournage formidable. J'ai un bon souvenir aussi du "carrefour des enfants perdus".
- Avez-vous peur de la solitude comme la plupart des artistes? Avez-vous le trac?
- Non je ne crains pas la solitude car j'ai un hobby qui est la peinture. Vous savez, lorsque l'on est en face d'une toile on ne se sent plus seul.
Côté trac, j'ai effectivement le trac.
C'est toujours le même trac, le même avant chaque récital.
- Pourquoi la chanson "les loups"?
- Les loups ce sont les allemands. Mais c'est une image, une impression. En fin de compte, les loups c'est nous. Ce qui est peut- être vrai.
Jean-Paul Sartre n'aimait pas la fin de la chanson.
Or, comme le disait le philosophe: "l'homme est un loup pour l'homme".
- "Seuls les poètes peuvent espérer redevenir des enfants. Il s'agit d'une lente et douloureuse reconquête, d'une traversée de miroirs, au bout de laquelle on approche un peu de sa propre vérité et de celle du monde. Combat où s'affrontent la vie et la mort, la beauté et la laideur, la tendresse et la rage, la lumière et la nuit". Brel a dit: "on se croit mèche on n'est que suif", qu'en pensez-vous?
- On n'est que suif. Ou quelquefois.
- Qui est-ce qui vous pousse en avant?
- Ce soir rien ne me pousse en avant et pourtant je serai sur scène. C'est à cause du trac. J'ai horreur du trac. Il faut que je touche des câbles, des fils.
Cela me prouve qu'il n'y a plus de trac.
Propos receuillis par


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