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La citadelle de Saladin, le café El Feshawi... des lieux incontournables à visiter
Publié dans L'Economiste le 25 - 03 - 2019

Au café Al-Feshawi, à Khan Al Khalili, la musique, la chicha, la discussion, jusqu'à l'aube (Ph. JM)
Le Caire, c'est aussi la kalaât (citadelle) Saladin, cette forteresse surplombant tout le Caire construite par Saladin en 1183, qui devint le siège du gouvernement égyptien pendant 7 siècles. S'y trouve la mosquée Mohamed Ali, construite du temps de Muhammad Ali Pacha entre 1830 à 1848, un vestige de la présence ottomane au Caire.
Un site à ne pas manquer. Mais il serait incongru d'aller au Caire et rater le quartier copte et, surtout, le quartier Khan al Khalili, c'est comme se rendre à Marrakech et manquer la place Jamaâ El Fna et l'ancienne médina. Vieux de 14 siècles, ce souk emblématique par ses magasins et ses cafés où l'on fume à longueur de journée la chicha, se transforme au fil des ans en un lieu touristique plutôt atone sans grand intérêt à part les quelques objets souvenirs que l'on peut y acheter.
Au café Naguib Mahfouz, l'ambiance est raffinée et feutrée. C'est en même temps un restaurant où l'on savoure de la cuisine égyptienne: purée de lentilles, falafels de fèves, le koshari... (Ph. JM)
Mais cette hara (quartier) du vieux Caire, comme disent les Egyptiens, est riche en histoire littéraire de par la stature des écrivains qui fréquentaient ses cafés, comme Naguib Mahfouz, le prix Nobel de littérature. L'un d'eux, café El Feshawi (du nom de son propriétaire hajj Fahmi Eli el-Fishawy), dans une rue étroite de ce vieux quartier, serait fondé en 1797.
Il porte le nom de son propriétaire, grand chef de bande du quartier dans les années 1930. De nombreux connaisseurs disent que dans ses miroirs se reflète l'histoire du vieux Caire. C'est un «monument» de la vie égyptienne traditionnelle, un lieu incontournable.
L'écrivain Naguib Mahfouz y avait ses habitudes et il y a écrit certaines pages de ses plus célèbres romans. Pour lui, «les cafés demeurent pour moi des lieux de souvenirs précieux liés à l'amitié, à la jeunesse, aux meilleures heures de la vie. (...)».
Outre le prix Nobel de littérature qui y venait puiser les héros de ses romans, d'autres célébrités y venaient fumer la chicha et siroter un café: le roi Farouk, le poète Ahmad Rami, l'écrivain Alex Halley, et même quelques figures du réformisme musulman comme Gamal al-Din al-Afghâni et Muhammad Abdou… Nous y sommes allés en fin d'un après-midi.
La mosquée Al Azhar, fondée en 970, est une des plus anciennes mosquées du Caire et le siège de l'université al-Azhar, la plus ancienne université islamique encore active au monde après la Quaraouiyine au Maroc et l'université Zitouna en Tunisie (Ph. JM)
A l'extérieur du café, à même la rue, des clients sont attablés, sirotent leur thé à la menthe ou leur café et fument en alternance une chicha soigneusement préparée par le serveur. Un trio de musiciens se met en place, avec au milieu un luthiste, une bonne soirée festive en perspective.
«C'est comme cela tous les soirs, le café est comble, on y trouve plusieurs nationalités, on discute, on rigole... Et cela continue jusqu'au petit matin…», s'émerveille un client libanais attablé tout près de nous, tout en aspirant de sa narguilé. A une centaine de mètres du café El Feshawi, un autre établissement aussi mythique: le café Naguib Mahfouz, l'ambiance y est plus raffinée, plus feutrée.
C'est en même temps un restaurant où l'on savoure de la cuisine égyptienne: purée de lentilles, falafels de fèves, le koshari (riz aux oignons frits, pois chiches et sauce tomates), la kefta, et le sempiternel baba Ghnouj proposé dans tous les restaurants du Caire (aubergines cuites au four hachées, avec piment vert, persil et ail).
L'intérieur de la mosquée Al Azhar. Obligation d'ôter ses chaussures avant d'y accéder. Les photos y sont permises (Ph. JM)
A un jet de pierre des deux cafés, la mosquée Al Azhar. Fondée en 970, elle est une des plus anciennes mosquées du Caire et le siège de l'université Al Azhar, la plus ancienne université islamique encore active au monde après la Quaraouiyine au Maroc et l'université Zitouna en Tunisie. Elle a été fondée lors de la conquête de la ville par les Fatimides et leurs troupes composées de Berbères Koutama originaires de l'actuelle Algérie.
Al Azhar possède aujourd'hui trois minarets. Le premier date de la fin du XVe siècle, pendant le règne de Qaitbay, sultan d'Egypte et de Syrie de 1468 à 1496, qui ajouta également à l'édifice un mihrab. Le deuxième fut construit au début du XVIe siècle, pendant le règne de l'avant-dernier sultan mamelouk Kansaouh Al Ghaouri (1501-1516). Centre géographique et religieux du Caire médiéval, Al Azhar «la resplendissante» tient lieu de mosquée principale de la ville depuis plus de 1.000 ans.
Tout le monde peut y accéder (après avoir ôté ses chaussures, et mis un voile pour les femmes), pour apprécier son architecture et ses arcades. Les photos y sont permises. Le soir venu, une promenade en bateau sur le Nil (avec une longueur d'environ 6.700 km, le plus long fleuve du monde) avec dîner, spectacle et danseuse orientale vaut le détour: une autre façon d'apprécier le Caire et son architecture.
La croissance s'invite au pays des pharaons
Le pays des pharaons se caractérise par sa démographie ainsi que par sa position géographique stratégique, au carrefour de trois continents et de deux mers reliées par le canal de Suez.
Avec 1 million de km2, le territoire est découpé administrativement en 27 gouvernorats, dont Le Caire, Giza et Alexandrie qui regroupent près du quart de la population et concentrent la majeure partie de l'activité économique. Plus de 95% de la population est concentrée sur 7% du territoire. Le Caire, la capitale, compte près de 23 millions d'habitants.
Dans un rapport publié en juillet 2018 et intitulé «The Global Growth Projections», l'université de Harvard a classé l'Egypte au troisième rang des pays qui enregistreront la plus forte croissance économique au monde d'ici à 2026. Dans ses prévisions pour 2019, la Banque mondiale pronostique pour l'Egypte une croissance qui devrait s'accélérer pour atteindre 5,6% durant l'exercice budgétaire en cours. «Les réformes visant à améliorer le climat des affaires soutiennent l'investissement tandis que la consommation privée s'accélère», estime l'institution internationale.
L'Egypte a lancé en 2016 des réformes destinées à relancer son économie exsangue par les troubles consécutifs à la chute du régime du président Hosni Moubarak en 2011, en contrepartie d'un programme d'aide de 12 milliards de dollars du Fonds monétaire international (FMI).
Le Fonds a annoncé le 4 février 2019 le déblocage d'une nouvelle tranche de prêt de quelque 2 milliards de dollars en faveur de l'Egypte, à l'issue d'un nouvel examen de son programme de réformes économiques.
Au total, l'institution a procédé au paiement d'environ 10 milliards de dollars depuis novembre 2016, lorsque les autorités égyptiennes avaient obtenu un plan de soutien de 12 milliards de dollars de la part de l'institution de Washington. Le 25 janvier 2019, la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, avait indiqué qu'elle recommanderait au comité exécutif d'approuver une nouvelle tranche de prêt, qui était en suspens depuis l'automne.
Elle avait alors souligné que le pays avait fait depuis 2016 «des progrès substantiels pour parvenir à une stabilisation macroéconomique», citant le taux de croissance le plus élevé de la région, la baisse du déficit budgétaire ou encore une inflation qui devrait être conforme aux objectifs de la banque centrale d'ici la fin 2019.
Le taux de chômage est en outre tombé à environ 10%, «le taux le plus bas depuis 2011» et les mesures de protection sociale ont été étendues, avait argué la dirigeante. Le FMI avait déjà estimé fin octobre que l'Egypte avait réalisé d'importants progrès économiques à l'issue d'une mission d'experts sur place.
J.M.


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