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Le paradigme du développement humain (1re partie
Par Dr M'hamed Zriouli
Publié dans L'Economiste le 15 - 04 - 2008

Dr M'hamed Zriouli est socio-économiste et chercheur. Il est spécialiste des questions de gouvernance démocratique et de développement humain, coordonnateur du rapport national sur le développement humain 2005, auteur d'un ouvrage sur: Monde arabe: Gouvernance démocratique et développement social durable. Editions Okad. 2003 Rabat, Maroc
Le concept de développement humain, qui s'inspire de l'approche par les capabilités fondée par Amartya K. Sen (prix Nobel d'économie en 1998), a entraîné un changement de paradigme au niveau du développement global et consacré plusieurs ruptures d'ordre épistémologique, socio-économique, politique et culturel, en particulier avec les théories et les approches libérales et néolibérales de la croissance, du développement et du bien-être économique et social. Le passage du concept de développement humain, à sa mesure par un indicateur composite de développement humain (IDH), a donné lieu à des simplifications théoriques et analytiques et à des appréciations partiales des trajectoires nationales du développement humain basées sur des classements internationaux biaisés, normés et stylisés. Ces classements estimatifs doivent être relativisés et même démystifiés, en raison des limites congénitales de l'IDH qui est loin d'épuiser la richesse du paradigme de développement humain durable et les opportunités de l'approche multidimensionnelle par les capabilités. En renouant avec l'essence du paradigme de développement humain et d'une approche rénovée par les capabilités pour une meilleure prise en charge de la diversité et de la pluralité des trajectoires nationales de développement, l'enrichissement de l'IDH doit s'inscrire dans le cadre de l'approfondissement de la réflexion sur la mesure de la richesse des nations, le progrès des sociétés et le perfectionnement des indicateurs de mesure du bien-être économique, social et culturel au-delà du PIB/tête.
· Pertinence du paradigme
Le paradigme du développement humain durable a été mis en exergue, canonisé et vulgarisé par le Pnud dans les diverses éditions du rapport mondial sur le développement humain depuis 1990, supervisées par le professeur Mahbub Ul Haq, économiste, ancien ministre pakistanais des Finances et du Plan, conseiller spécial de l'administrateur du Pnud (1990-96), avec la participation d'une équipe multidisciplinaire, dont le professeur indien Amartya K. Sen, qui est connu pour ses travaux de recherche sur les capabilités humaines, l'équité, la pauvreté et le bien-être humain.
En tant que processus de construction sociale individuelle et de réalisation collective, le concept de développement humain durable a pour finalité la capacitation des êtres humains (human capability), l'élargissement de leurs libertés et le développement des possibilités de choix qui s'offrent à eux (functionning) pour améliorer leur bien-être humain, dans le respect de leurs droits fondamentaux, des chances des générations futures et de la durabilité des ressources naturelles et de l'environnement.
«Le développement humain est un processus qui conduit à l'élargissement de la gamme des possibilités qui s'offrent à chacun: vivre longtemps et en bonne santé, acquérir un savoir et avoir accès aux ressources nécessaires pour jouir d'un niveau de vie convenable (…) Il englobe également des notions aussi capitales que la liberté politique, économique ou sociale, et aussi importantes que la créativité, la productivité, le respect de soi et la garantie des droits humains fondamentaux». (Extraits du premier Rapport mondial du Pnud sur le développement humain 1990. p. 10).
Le paradigme de développement humain durable a été progressivement encastré au cœur des dynamiques du développement et au sein des grandes transformations économiques, sociales, politiques et culturelles qui ont jalonné les processus de construction des économies nationales et des rouages de la mondialisation et de la globalisation. D'outil d'analyse scientifique qu'il était pensé, ce concept servira progressivement de plus en plus en tant qu'instrument normatif de lecture critique comparative des trajectoires nationales de développement humain et surtout en tant que cadre prescriptif dictant des dispositifs à mettre en place, des lignes de conduite à suivre et des objectifs cibles à atteindre en matière de stratégies et de politiques de développement humain. Il sera également dialectiquement relié à l'exercice des droits et des libertés, à la participation politique responsable et à l'ancrage profond de la gouvernance démocratique. Autant de problématiques fondamentales qui démontrent la pertinence du concept de développement humain en matière de renouvellement des approches théoriques du développement, du questionnement et du perfectionnement des stratégies et des politiques de développement et d'ouverture de pistes plurielles de recherche et d'action pour le futur.
· Reclassements factices
Mais est-ce que la mesure du concept de développement humain par un indicateur composite sauvegarde la pertinence du paradigme et la richesse de l'approche par les capabilités qui le fonde? La réponse qui n'est pas univoque, renvoie à un débat plus large sur la mesure de la richesse des nations, le progrès des sociétés et le perfectionnement des indicateurs de mesure du bien-être, au-delà du PIB/tête.
La mesure du concept de développement humain, par un indicateur composite de développement humain (IDH), a donné lieu à des simplifications analytiques et à des appréciations partiales des trajectoires nationales du développement humain qui sont loin de traduire l'essence du concept et la philosophie de l'approche par les capabilités (de Amartya K. Sen) qui appréhende le développement comme processus d'expansion des capacités humaines et des libertés individuelles et d'élargissement des possibilités de choix qui s'offrent aux individus. En effet, bien que l'IDH ne puisse pas rendre compte du contenu du concept de développement humain, la démarche qui est à sa base a permis de relativiser et de corriger les approches qui réduisaient les progrès des nations à leurs richesses matérielles mesurées par le PIB et leur bien-être individuel au PIB/tête. Privilégiant une approche multidimensionnelle, l'IDH corrige l'approche par le PIB/tête en PPA en prenant en considération d'autres dimensions importantes en matière de développement humain liées à l'espérance de vie à la naissance, à l'alphabétisation des adultes et à la scolarisation combinée, ouvrant ainsi une brèche pour l'enrichissement des approches du développement.
L'indicateur composite de développement humain (IDH) qui mesure les progrès moyens d'un pays relatifs à trois dimensions du développement humain portant sur un niveau de vie décent, l'accès à la connaissance et la longévité, est calculé en faisant la moyenne arithmétique simple de l'indice de PIB réel par habitant en dollars PPA selon le logarithme (1/3), de l'indice d'instruction (1/3) calculé en combinant le taux brut d'alphabétisation des adultes de 15 ans et plus pondéré à deux tiers et le taux brut de scolarisation tous niveaux confondus pondéré à un tiers; et de l'indice de l'espérance de vie à la naissance (1/3). Les calculs des divers indices de l'IDH qui ont subi des modifications, évaluent les progrès réalisés par les pays selon une échelle allant de 0 à 1, en fonction des valeurs minimales et maximales des dimensions observées qui s'établissent respectivement, depuis 1995, à 100 et 40.000 dollars PPA pour le PIB/tête, à 0 et 100% pour les taux bruts d'alphabétisation et de scolarisation et à 25 et 85 ans pour l'espérance de vie à la naissance. Les pays sont classés selon trois niveaux de développement humain sur une échelle comprise entre 0 et 1 : élevé, avec un IDH supérieur ou égale à 0,800 ; moyen, avec un IDH compris entre 0,500 et 0,799; et faible, avec un IDH inférieur à 0,500. La comparaison des classements selon le PIB/tête PPA et l'IDH permet d'apprécier leurs rythmes inégaux d'évolution.
Les données servant au calcul de l'IDH et au classement des pays ne sont pas toutes généralement celles plus récentes fournies par les pays et sont souvent remplacées par des données estimées et ajustées. La révision ou le lissage des données d'un rapport à l'autre, donnent lieu à des reclassements factices sans liaison avec l'évolution réelle des pays et posent des problèmes de cohérence au niveau de l'analyse comparative dans le temps. Quelle importance accorder alors à la valeur de l'IDH, aux classements des pays et à leur comparaison internationale selon des données statistiques souvent estimées et des informations officielles dont la qualité et la fiabilité sont contrastées, inégales et même problématiques pour certains pays?
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Limites congénitales de l'IDH
Même en le corrigeant, l'IDH ne rompt pas totalement avec l'approche quantitative par le PIB/tête, ses avatars et ses limites. Car, en dépit des améliorations introduites, l'IDH souffre de limites intrinsèques liées au choix arbitraire des variables et de leur agrégation et ne prend pas en ligne de compte des variables aussi importantes que les libertés et les droits de l'homme, les systèmes de gouvernance et l'impact des inégalités et des disparités, du fait sans doute de problèmes liés à leur mesure pertinente. Autant de limites congénitales de l'IDH qui en réduisent la portée analytique et qui ouvrent la voie large à la relativisation et à la démystification des classements internationaux établis sur cette base.
Au plan théorique, le calcul de l'IDH comme moyenne arithmétique simple est basé sur un choix arbitraire de trois sous-indicateurs, des niveaux de leurs dimensions et de leur importance égale dans la définition de la qualité de vie, ce qui pose des problèmes d'interférence et de compensation infondée entre les diverses dimensions. En termes de capabilités, ceci reviendrait à admettre que des fonctionnements peuvent se compenser, ce qui est aux antipodes de l'idée relative au caractère multidimensionnel du bien-être humain. Leur agrégation combinée dans un seul indicateur composite est à la limite un non-sens, car l'expression d'une même valeur de l'IDH, selon diverses combinaisons possibles, constitue un camouflage analytique des réalités économiques, sociales et politiques nationales, au demeurant marquées par un développement inégal, qui ressort d'ailleurs clairement au niveau des classements dimensionnels fortement contrastés des pays.
- Le raisonnement sur des moyennes nationales cache des inégalités sociales, des disparités régionales et des déséquilibres spatiaux graves qui sont au cœur de l'efficacité des actions de développement humain et au centre de l'égalité des chances d'accès au développement pour les couches pauvres et moyennes de la société.
- L'IDH s'intéresse à l'acquisition des capacités notamment en matière d'éducation et de scolarisation et non à leur mise en œuvre concrète, et ne semble pas se préoccuper du chômage des diplômés, de la fuite des cerveaux et du fonctionnement anarchique des marchés du travail des pays en développement, qui sont autant de facteurs qui les privent de l'exploitation de leurs ressources humaines formées.
- L'IDH n'est pas adapté aux pays développés (qui se trouvent classés en tête avec de meilleurs scores au niveau de la santé, de la scolarisation et de l'alphabétisation) et certaines de ses dimensions sont mal adaptées aux pays en développement, notamment concernant le niveau maximum du PIB/tête PPA.
- La démarche quantitative de l'IDH est focalisée sur les résultats obtenus en faisant abstraction des contextes socio-économiques et politiques de leur réalisation, qui peuvent donner lieu à des violations graves des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cette démarche qui est contraire à la philosophie du paradigme de développement humain comporte le risque de mettre sur le même pied d'égalité des régimes autoritaires ou autocratiques et des régimes démocratiques.
- Le poids démographique fortement contrasté des pays et son impact décisif sur la détermination de la nature et du rythme d'évolution du développement humain sont totalement ignorés, car le raisonnement sur des moyennes nationales favorise ipso facto les pays de taille démographique réduite et pénalise automatiquement les pays ayant une assise démographique importante. Sur ce registre, la population réunie des trois pays qui ont surclassé le Maroc en 2005 en comparaison avec 2004 (à savoir Gabon, 119e, Sao Tomé et Principe, 123e et Botswana, 124e), s'élève à peine à 3,3 millions d'habitants, ce qui n'est même pas l'équivalent de la population d'une région comme le Grand Casablanca (3,631 millions en 2004). Force est de constater que le classement du Maroc, établi sans tenir compte de toutes les données récentes pour 2005, est passé de la 123e place à la 126e place pour une valeur de l'IDH de 0,640 et de 0,646 respectivement en 2004 et 2005, années de référence respectives des deux rapports mondiaux du Pnud sur le développement humain 2006 et 2007/08 (qui ne tient pas compte de l'INDH lancée en mai 2005), en raison de ses scores moyens en matière de création de richesses et surtout de ses déficits au niveau de la scolarisation et de l'alphabétisation des adultes, qui sont largement dus à la faiblesse du rendement interne et de l'efficacité externe du système d'éducation.
Mercredi 16 avril:


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