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Exploration, le Maroc attire les majors
Publié dans Les ECO le 09 - 06 - 2013

Parmi les axes de la stratégie énergétique nationale figure la mobilisation des ressources nationales fossiles par l'intensification de l'exploration pétrolière, la mise en valeur des schistes bitumineux. Intervenant lors de la séance des questions orales, fin mai dernier à la Chambre des représentants, Fouad Douiri, ministre de l'Energie, des Mines, de l'Eau et de l'Environnement a indiqué que le nombre des sociétés pétrolières internationales qui opèrent à travers les différents bassins marocains onshore et offshore a atteint 32 entreprises contre 27 fin décembre 2011 et uniquement 11 en 2000. Une nette progression qui traduit l'intérêt des compagnies pétrolières étrangères pour le Maroc. Le ministre a expliqué également que les investissements atteindront cette année 3 milliards de DH contre moins d'un milliard durant les cinq dernières années. En effet, l'Etat, à travers l'ONHYM, investit entre 60 et 70 millions de DH par an alors la moyenne des investissements consentis ces dernières années par ses partenaires varie entre 600 millions et 1,2 milliard par an, soit 10 à 15 fois l'effort que déploie le Maroc. Les efforts de l'Etat et plus particulièrement de l'ONHYM sont louables. Dès le début de la décennie 2000, le Maroc a mis en place un nouveau code des hydrocarbures qui a permis de mieux organiser le secteur et d'attirer des majors de la recherche et l'exploration pétrolière. Pour attirer davantage d'investisseurs et de partenaires, l'ONHYM a élaboré, en novembre 2011, un projet de cadre légal incitatif par amendement du code des hydrocarbures pour y inclure les schistes bitumineux destinés à l'extraction des hydrocarbures liquides et gazeux. Aujourd'hui, selon les sources de l'ONHYM une trentaine d'entreprises explorent le sous-sol marocain. Le budget de l'Etat accordé pour encourager l'exploration pétrolière excèdera les 3 milliards de DH cette année. De grands forages en «offshore» sont prévus en 2014. De grosses pointures de l'exploration pétrolière et gazière ont signé des contrats avec l'ONHYM dont notamment les américains Chevron et Kosmos Energy. Si ces compagnies viennent au Maroc, c'est parce qu'il y a des indices positifs et des probabilités non nulles au Maroc. A ce jour aucun gisement n'a été découvert et la recherche continue. Pour le gaz schiste, le potentiel existe étant donné que dans certaines roches il y a du gaz. Mais techniquement ce gaz n'est rentable et l'exploration est longue. Selon Amina Benkhadra, directeur de l'ONHYM, il faut encore plusieurs années de travail avant de se prononcer réellement sur le potentiel en gaz schiste.
interview
Jean Pierre Favennec
Professeur à l'Institut français du pétrole (IFP)
«Gaz de schistes, une option à long terme au Maroc»
Les ECO : Compte tenu des changements majeurs qui s'opèrent en matière de choix énergétiques, avec notamment l'importance accordée aux énergies non conventionnelles, quels sont aujourd'hui les scénarios possibles pour les années à venir ?
Jean Pierre Favennec : Au niveau mondial, les énergies fossiles pourraient encore couvrir beaucoup plus de 50% des besoins en énergie en 2050. Bien entendu, de nombreux scénarios existent et certains scénarios volontaristes prévoient une forte croissance des énergies renouvelables et une part plus faible des énergies fossiles. Au Maroc, les énergies fossiles continuent de couvrir une part majeure des besoins en énergie. Les produits pétroliers issus de la raffinerie de Mohammédia font face aux besoins en carburant. Gaz et charbon sont largement utilisés pour la production d'électricité. Le potentiel du Maroc en énergies renouvelables est important. Des «gisements» d'énergie éolienne existent dans le nord (Tétouan). De nombreux projets solaires existent dans le sud (Ouarzazate).
Les schistes bitumineux et le gaz de schistes pourraient-ils devenir dans un avenir proche une bonne source d'énergie pour le Maroc, sachant qu'il dispose de grandes réserves, selon les études réalisées ?
L'exploitation des schistes bitumineux dont le sous-sol marocain est riche et dont les ressources sont connues depuis longtemps, est complexe et polluante. C'est une option à long terme et dont le succès dépendra des contraintes d'environnement. En ce qui concerne les gaz de schistes, l'expérience américaine qui permet la production d'énormes quantités de gaz naturel aux Etats Unis reste pour l'instant cantonnée au continent nord-américain. En dehors des Etats-Unis, le développement sera sans doute lent.
Selon plusieurs études, le sous-sol marocain recèlerait de richesses pétrolières et gazières, à tel point que de plus en plus de compagnies internationales de renom sollicitent des permis d'exploration au Maroc, comme le cas du géant américain Chevron Texaco. À votre avis, cet intérêt est-il justifié ?
Pour l'instant les découvertes sont très limitées, mais une nouvelle approche géologique des bassins marocains pourrait conduire à la mise à jour de gisements intéressants.
Quel serait l'impact économique et géopolitique de la découverte de pétrole au Maroc ?
Des découvertes de pétrole allègeraient la facture énergétique qui pèse très lourdement sur l'équilibre budgétaire du royaume. Une production raisonnable serait très importante, mais le pétrole n'apporte pas automatiquement richesse et prospérité.


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