Les Echos quotidien: À quelques semaines des élections législatives, quel regard portez-vous sur le processus des réformes politiques entamées dans le cadre de la nouvelle Constitution ? Faouzi Chaâbi: Il y a des acquis et une évolution certaine qui montrent que nous sommes sur la bonne voie. Aujourd'hui, nous avons des dispositions que nous n'avions pas auparavant, avec les compétences du Parlement qui ont été étendues et renforcées et qui sans aucun doute, influeront sur la nouvelle scène politique marocaine. Vous savez, le Parlement, c'est comme la matière première pour une entreprise. C'est le Parlement et par extension les instances élues qui déterminent la vitalité d'une démocratie ou d'un Etat démocratique. Dans ce sens, nous devons œuvrer pour un Parlement bien élu, qui forgera un gouvernement fort à même d'améliorer le cadre législatif qui permettra de relever les défis du royaume. Pensez-vous que les partis politiques seront à la hauteur de l'enjeu du scrutin notamment le renouvellement des élites et la moralisation de la vie politique ? En tout cas, c'est ça le principe des élections. Il s'agit de renouveler la confiance à ceux qui ont présenté un mandat concluant et de la retirer à ceux qui ne la méritent pas. Cependant, c'est aux Marocains de décider qui va les représenter en allant voter le 25 novembre prochain. C'est le plus important à mon sens, un vote massif basé sur des critères de conviction, au delà de toute influence affective. De ce fait, le véritable acquis serait l'avènement d'une nouvelle classe politique et l'injection d'une nouvelle élite. Ne pensez-vous pas, à ce niveau, que la responsabilité incombe aux partis politiques qui doivent convaincre les citoyens d'aller voter en présentant des programmes clairs, un nouveau discours et des candidats compétents ? On attend surtout de la classe politique une certaine rationalisation autour de projets de sociétés et de gouvernement qui donneront plus de visibilité aux électeurs. Les candidatures sont à l'heure qu'il est toujours tâtonnantes, car les indicateurs classiques en terme de clivage sont biaisés par une multitude de polarisations dépourvues des principes idéologiques qui nous sont familiers. Vous savez, à ce stade de représentation de l'opinion politique, dans ce puzzle d'alliances difficile d'abord, le temps nous manque pour une véritable analyse. Ce sont les candidats qui créeront ou non l'adhésion. Leurs valeurs et leurs compétences exprimées dans de véritables professions de foi permettront aux concitoyens de jauger leurs attentes de cette échéance déterminante. Je pense que les candidats et leurs instances sont conscients des enjeux de l'heure. Aussi faut-t-il penser aux arrangements à apporter dans l'actuelle Constitution pour assurer son ancrage dans l'action politique à proposer. Pensez-vous que l'Alliance pour la démocratie s'inscrit dans cette logique de clarification du jeu politique ? Les jeux sont faits, et les alliances sont déclarées, mais la visibilité est brouillée. Cela va sans dire que la balkanisation du champ politique est à son paroxysme, avec cette multi-polarisation aux repères illisibles. Je préconise pour ma part la coalition post scrutin. Celui qui bénéficiera de la confiance de l'électeur serait légitimement habilité à former une alliance avec ceux avec qui il aura des points communs et cela ne peut pas dépasser trois ou quatre formations politiques. Je plaide la fusion plus que toute forme de coalition. La balkanisation du champ politique est la conséquence du manque d'ouverture de certains partis, qui ont un ancrage ancien et qui veulent maintenir le statu quo. C'est ce qui pousse au phénomène d' «un parti pour un autre» par intention ou à l'émergence «d'un parti et encore un autre», par extension. Vous avez quitté le RNI pour adhérer au PPS avant de migrer maintenant vers un parti vert. Qu'est ce qui explique ce choix ? Le RNI auquel j'avais adhéré nous a quittés. C'est d'un flux migratoire qu'il a été question et j'ai préféré résister. J'ai adhéré après mûre réflexion au PEDD. C'est une formation certes jeune, et c'est bien de valeurs jeunes, saines et modernes que notre pays a besoin pour avancer activement. Ce courant altermondialiste représenté par les verts épouse parfaitement notre projet de société, dont la durabilité sera le vecteur. De plus, c'est une formation impulsée par une convergence d'opinions à même de fédérer le débat constructif et de redorer le blason à la chose politique. Le PEDD constitue, en effet, un réseau de solidarité uni par des valeurs universelles et plurielles. Pour les prochaines élections, si on vous demande un pronostic, quel parti estimez-vous capable de remporter les élections du 25 novembre ? Le parti qui se tiendra à la bonne distance, «proximité sans promiscuité», celui qui sera le plus près des attentes exprimées clairement aujourd'hui par la grande majorité. Il faut donc examiner les programmes. Néanmoins, tout dépendra de la participation. C'est là que réside la véritable alliance. Dans ce cas, quel sera le probable premier ministre selon vous ? Au-delà de toute lecture partisane, un candidat comme Ghellab par exemple, pourquoi pas Mezouar ou Akhannouch ... enfin celui qui méritera le vote de confiance. Lire aussi : Faouzi Chaâbi, confiant