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Agence nationale des ports : la grande mutation qui va changer la donne
Publié dans Les ECO le 15 - 12 - 2025

L'adoption du projet de loi transformant l'Agence nationale des Ports en société anonyme donne le coup de départ d'une réforme profonde de la gouvernance portuaire nationale. Objectif : renforcer l'efficacité économique, soutenir les ambitions logistiques nationales, et territorialiser les décisions dans un secteur clé de la souveraineté commerciale. Mais au-delà de la structure, c'est un véritable changement de modèle qui se profile. Décryptage...
La boucle est bouclée, pour l'Agence nationale des ports (ANP) ! Lors de sa réunion de jeudi dernier, le Conseil de gouvernement a adopté le projet de loi n°34.25 visant la transformation de l'Agence en société anonyme. Un texte qui apporte une modification de la loi n°15-02 relative aux ports, et ouvre la voie à la création d'une société distincte dédiée à l'exploitation des infrastructures portuaires nationales.
Cette réforme, présentée par le ministre de l'Equipement et de l'Eau, Nizar Baraka, marque une étape charnière dans la refonte institutionnelle du système portuaire marocain. L'enjeu ? Renforcer l'efficacité, l'agilité et la compétitivité d'un secteur stratégique pour le commerce extérieur, tout en consolidant la gouvernance publique et la planification territoriale.
Une réforme nécessaire
La note de présentation du projet de loi, émise par le ministère, présente cette réforme comme une réponse directe aux bouleversements que connaît le commerce maritime international. L'objectif central est de doter l'écosystème portuaire d'un cadre juridique et organisationnel plus souple, capable de répondre aux défis croissants liés à la logistique mondiale, à l'intégration régionale et à la transition énergétique.
Le projet repose sur un constat lucide concernant l'obsolescence du modèle de l'ANP. Un modèle en vigueur depuis la réforme fondatrice de 2006 et qui a, aujourd'hui, a atteint ses limites. Si la création de l'agence a permis de rationaliser la régulation des ports et de dissocier les fonctions d'autorité portuaire et d'exploitation, la montée en puissance des échanges internationaux, les exigences de compétitivité logistique et la montée des standards de durabilité imposent à présent une nouvelle gouvernance.
Le passage en société anonyme vise ainsi à permettre à l'ANP d'adopter des modes de gestion plus modernes, de mobiliser de nouveaux financements, de nouer des partenariats stratégiques avec le secteur privé et d'adapter sa stratégie aux spécificités régionales.
Cinq leviers majeurs identifiés
Le gouvernement entend par cette transformation renforcer la coordination public-privé, moderniser les modes de gestion, et adapter l'institution à l'accélération des échanges commerciaux mondiaux. Il s'agit aussi d'améliorer la gestiopn des projets portuaires structurants, souvent complexes et coûteux, en dotant l'ANP d'une structure plus adaptée aux réalités du terrain.
C'est ainsi que cinq leviers majeurs ont été identifiés dans ledit projet de loi acté par le gouvernement. Il s'agit, d'abord, de la clarification des rôles et spécialisation fonctionnelle. En effet, le projet consacre la séparation entre les fonctions de régulation (assurées par l'ANP dans sa nouvelle forme) et celles d'exploitation, confiées à une société distincte.
Cette mesure permettrait d'éviter les conflits d'intérêts, de fluidifier les processus décisionnels et d'harmoniser les missions de service public avec les exigences de rentabilité. Deuxième point clé : l'agilité territoriale et l'ancrage régional.
Ainsi, la nouvelle structure permettra à l'ANP de coordonner plus efficacement les projets de développement portuaire selon les spécificités de chaque région. Il s'agit de renforcer la complémentarité entre les ports, tout en intégrant les zones industrielles, les plateformes logistiques et les bassins de production agricoles ou halieutiques. Par ailleurs, la transition énergétique et la durabilité sont également en jeu, puisque l'agence transformée intègrera des principes de port vert et de transition énergétique.
L'objectif est de promouvoir une gestion durable, de réduire l'empreinte carbone, de favoriser le recours aux énergies propres et de soutenir la mobilité maritime décarbonée. Mais ce n'est pas tout, car cette transformation accorde un intérêt certain à la digitalisation et l'intégration technologique, dans la mesure où le projet ambitionne d'ancrer l'ANP dans une logique de port intelligent. Cela inclut l'optimisation des chaînes logistiques, la dématérialisation des procédures, l'interopérabilité entre les plateformes informatiques des différents acteurs et l'adoption de standards numériques internationaux.
Le dernier levier concerne, pour sa part, l'adaptation aux standards internationaux. En s'alignant sur les modèles de gouvernance en vigueur dans les grandes places portuaires internationales, le Maroc entend attirer davantage d'investissements, intégrer les ports marocains aux chaînes de valeur mondiales, et asseoir son rôle de hub logistique régional.
Un sixième levier complémentaire : un dialogue social renforcé
À ces cinq leviers s'ajoute un sixième axe stratégique majeur mis en avant dans la note ministérielle mais jusque-là peu commenté. Il concerne le renforcement du dialogue social et de l'approche participative.
Cette composante vise à accompagner les transformations du secteur dans un esprit de concertation équilibrée, associant tous les acteurs qu'ils soient opérateurs, collectivités, syndicats ou usagers.
Ceci, pour anticiper les résistances, construire un consensus durable, et assurer une transition fluide vers le nouveau modèle de gouvernance. Cette ouverture au dialogue traduit une volonté claire d'éviter les ruptures brutales et de promouvoir un climat social favorable à la réforme.
Une gouvernance renouvelée
Le projet de loi prévoit la mise en place d'un conseil d'administration moderne, composé de membres indépendants et de représentants des secteurs concernés. Cette gouvernance s'accompagnera de la nomination d'un directeur général chargé de piloter la stratégie opérationnelle. Ce choix vise à professionnaliser la gestion, à responsabiliser les dirigeants et à accroître la redevabilité de l'institution.
D'ailleurs, la note de présentation insiste sur la nécessité de garantir la transparence et de maintenir le rôle de l'Etat dans la planification stratégique, tout en donnant à l'ANP les marges de manœuvre nécessaires pour piloter ses projets avec réactivité.
La société anonyme nouvellement créée exercera ses fonctions sur l'ensemble des ports du Royaume, à l'exception notable du complexe portuaire de Tanger Med et du site de la lagune de Marchica, qui conservent des statuts spécifiques en tant que zones à régime particulier. Cette exclusion vise à maintenir une cohérence avec les stratégies territoriales différenciées adoptées pour ces plateformes à haute valeur stratégique.
Des investissements pour renforcer l'offre portuaire
Le programme d'investissement intégré envisagé dans le cadre de cette réforme comporte plusieurs volets, couvrant l'extension et modernisation des quais, le renforcement des équipements de sécurité maritime et de surveillance, la fluidification des flux logistiques à travers une gouvernance intégrée, mais aussi l'aménagement de zones franches industrielles connectées aux ports.
Ces investissements visent à renforcer la résilience logistique nationale, à attirer les flux de transbordement et à créer des synergies entre les ports et les territoires. L'enjeu est également d'éviter une concentration excessive des investissements sur les ports rentables, au détriment des infrastructures régionales en difficulté. Une attention particulière devra donc être portée à l'optimisation de la rentabilité territoriale, afin que les projets d'aménagement profitent équitablement à l'ensemble du réseau portuaire national.
Défis et lignes de vigilance
Maintenant, si cette réforme promet une modernisation bienvenue, elle soulève également plusieurs questions. La transformation en société anonyme pourrait-elle conduire à une logique de rentabilité au détriment des missions d'intérêt général ? Le découpage entre régulation et exploitation sera-t-il suffisamment clair ? Les collectivités locales auront-elles leur mot à dire dans les orientations territoriales ? Autant de questions qui nécessiteront un suivi rigoureux.
Le document du ministère évoque d'ailleurs la mise en place de mécanismes d'évaluation et d'audit, ainsi que de dispositifs de dialogue social et territorial pour garantir un consensus durable autour de la réforme. Ce qui est certain, c'est que pour réussir, cette mutation devra s'accompagner d'un renforcement des capacités humaines, d'un encadrement juridique rigoureux, d'un dialogue structuré avec les usagers et les régions, et d'un pilotage stratégique centré sur l'intérêt général.
Un secteur clé pour la souveraineté économique
Avec près de 79 millions de tonnes de marchandises traitées en 2025 par les ports gérés par l'ANP (hors Tanger Med), le système portuaire reste un pilier du commerce extérieur national. Il dessert les principales filières économiques (agriculture, industrie, pêche, énergie) et connecte le Maroc à plus de 100 destinations à travers le monde.
La note de présentation du projet de loi souligne que cette transformation permettra à l'ANP de mieux gérer les projets structurants, comme la modernisation des quais, l'élargissement des capacités de manutention, ou encore le développement des zones logistiques intégrées. Ces efforts devraient soutenir les ambitions du Maroc en matière d'industrialisation, de sécurité alimentaire et de souveraineté énergétique.


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