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Pétrole : le calme trompeur des prix bas
Publié dans Les ECO le 29 - 12 - 2025


Ouassini
Consultant en supply chain et intelligence économique
Le baril recule, les cargos s'accumulent au large, et l'on s'habitue à l'idée d'une énergie redevenue «gérable». Cette lecture, confortable, masque pourtant une mécanique plus instable qu'il n'y paraît.
L'abondance d'aujourd'hui tient autant à la logistique, aux sanctions et aux arbitrages de production qu'à une détente durable des fondamentaux. Pour un pays importateur net comme le Maroc, l'enjeu n'est pas de deviner le prochain pic du marché, mais de sécuriser ses approvisionnements.
Le marché pétrolier donne, ces mois-ci, une impression de normalité. Les prix sont contenus, les stocks paraissent abondants, et certains évoquent déjà une sortie de crise énergétique. Cette sérénité est trompeuse. Elle repose sur des équilibres techniques et politiques, donc réversibles, et sur une répartition des stocks qui n'a rien d'anodin. Un fait mérite attention.
L'Agence internationale de l'énergie (AIE), longtemps associée au récit d'une transition rapide, insiste désormais sur le risque de fragilisation du système si les investissements en amont ne suivent pas la réalité de la demande, en pétrole notamment. Une énième piqure de rappel sur la nature cyclique d'un marché où l'offre met des années à s'organiser et se dérègle, parfois, en quelques semaines.
Abondance en mer, vulnérabilité à terre
L'un des symptômes les plus visibles est le volume de pétrole «sur l'eau». Les données de suivi maritime montrent une hausse marquée des barils en mer fin 2025, à des niveaux inédits depuis la période covid. Mais ce chiffre, spectaculaire, ne dit pas tout.
D'abord parce qu'une partie de ces volumes est en transit plus qu'en «stockage» au sens strict. Ensuite parce que les stocks qui comptent pour amortir les chocs de court terme restent ceux des hubs terrestres, au plus près des raffineries et des marchés à terme. La seconde fragilité tient à l'opacité d'une partie des flux.
Le contournement des sanctions a favorisé l'essor d'une flotte difficile à tracer, vieillissante, aux pavillons et assurances parfois contestables. Certes, son poids exact varie selon les sources, mais son existence suffit à introduire un risque juridique et géopolitique supplémentaire dans la formation des prix, au gré des saisies, des interdictions de cargaisons ou des durcissements de sanctions.
Offre politisée
L'analyse de long terme renvoie à un point simple. Le pétrole n'est pas seulement une commodité, c'est une industrie lourde qui exige de la visibilité. Les décisions d'investissement, comme les décisions de restriction volontaire de l'offre, ont des effets retardés, donc souvent mal compris dans le bruit quotidien du marché. Le texte initial rappelle à juste titre l'épisode de 2015 et la reconfiguration qui s'ensuit. Il faut toutefois tenir ensemble deux réalités, en apparence contradictoires.
D'un côté, l'AIE projette, pour 2026, un risque de surplus d'offre, nourri par les arbitrages de production et la demande mondiale. De l'autre, la question de l'investissement amont demeure, car l'attrition naturelle des champs existants reste élevée et oblige à compenser en permanence.
Autrement dit, un marché peut connaître une phase de «trop-plein» tout en portant, en arrière-plan, les germes d'une tension future si la discipline d'investissement se rompt. L'autre bascule, plus politique, concerne les Etats-Unis. Le schiste a longtemps joué le rôle de variable d'ajustement, capable de répondre relativement vite aux signaux de prix.
Les incertitudes sur le rythme de croissance future et la maturité de certains bassins renforcent mécaniquement le poids des pays capables de moduler leur production à grande échelle, au premier rang desquels l'Arabie Saoudite et, plus largement, l'OPEP+. Le Brésil et le Guyana apparaissent, sur le papier, comme des pôles de croissance de l'offre à partir de 2026.
Cette perspective est réelle, mais elle n'efface pas le risque pays, ni les incertitudes politiques qui pèsent sur la région. Le Venezuela, en particulier, illustre le mélange de contraintes techniques, de sanctions et de tensions diplomatiques qui peut, en quelques décisions, désorganiser les flux.
Quid du Maroc ?
Pour le Maroc, le diagnostic posé dans la tribune est dur, mais largement exact dans son esprit.
La dépendance aux importations, l'absence d'un outil national de raffinage, le niveau limité des stocks stratégiques et la sensibilité de l'économie au diesel composent une vulnérabilité structurelle.
La question n'est pas de promettre une immunité impossible, mais de construire des amortisseurs. Cela passe par une politique de stocks et de logistique, pensée comme une assurance et non comme une variable d'ajustement budgétaire. Par une accélération, non pas incantatoire, de l'électrification des usages quand elle est techniquement pertinente, et par une efficacité énergétique traitée comme un investissement productif.
Par une réflexion, enfin, sur les outils de couverture et la gouvernance de crise, afin que la hausse du baril ne se traduise pas mécaniquement, et dans l'urgence, par un choc inflationniste sans délai.
La transition, sans alibi
L'opposition entre «discours vert» et réalité pétrolière est trop facile si elle sert à disqualifier l'une ou l'autre. La transition est indispensable, mais elle n'a d'effet macroéconomique que si elle se matérialise en réseaux, en stockage, en pilotage fin de la demande, en industrie et en planification.
Ce n'est pas un slogan, c'est une ingénierie. Les prix bas actuels ne garantissent rien. Ils décrivent un moment du cycle, influencé par des barils en mer, des itinéraires allongés, des sanctions contournées, et des arbitrages de production.
La volatilité reviendra, comme elle revient toujours sur un marché où l'énergie reste un instrument de puissance. La vraie question, pour les pays importateurs, n'est pas de savoir quand le baril se réveillera, mais si l'économie s'est dotée, d'ici là, d'un minimum de protections.
Biographie
Oussama Ouassini est titulaire d'un DESCF de l'INTEC Paris (Diplôme d'études supérieures en comptabilité et finance) obtenu en 1996, d'un MBA en Achat & Supply Chain de l'EM Strasbourg en 2006, ainsi que d'un MBA en Management stratégique et intelligence économique (MSIE) de l'Ecole de guerre économique de Paris en 2015. Il intervient en tant que Consultant en Supply Chain et Intelligence économique, tout en étant chroniqueur pour la télévision et la presse écrite, ainsi que conférencier auprès d'établissements prestigieux tels que l'EMI, l'EHTP, l'ENSEM, l'INSEA et l'INPT.


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