Des conditions de houles défavorables ont fortement contrarié les opérations au port de Casablanca. En conséquence, il y a des retards qui génèrent des pénalités énormes payées par les exportateurs marocains. Explications. Alerte au port de Casablanca ! La météo marine de ces dernières semaines a considérablement perturbé le fonctionnement du port. Auprès de l'Association marocaine des armateurs (ARMA), on parle de difficultés de tenue à quai des navires, impactant les cadences de manutention bord-terre des conteneurs à l'import et à l'export. Conséquence : les surestaries navires et les surestaries conteneurs explosent. Par surestaries, il faut comprendre ces pénalités appliquées par les compagnies maritimes lorsque les navires sont retardés dans un port et par les opérateurs portuaires, lorsque la durée de l'entreposage des conteneurs dépasse le délai de franchise convenue. «Il y a actuellement presque une cinquantaine de navires en rade, dont plus de 13 navires à conteneurs. Ce sont en moyenne des navires avec des taux d'affrètement de 10.000 dollars/Jour, soit un global de l'ordre de 500.000 dollars/Jour que paye le Maroc sur une période de 14 jours, ce qui totalise 7 millions de dollars. Autrement dit, c'est le coût chiffré de la congestion que connaît actuellement le port de Casablanca et le compteur tourne toujours», tel est le constat des armateurs marocains. Le problème se trouve également à l'intérieur du port. Les frais d'entreposage se sont accumulés pour les exportateurs marocains. «Ainsi, il convient de signaler le cas d'un exportateur dont la valeur de la marchandise est de 10.000 dirhams contre 70.000 de surestaries conteneurs», rapporte, pour sa part, le professeur Najib Cherfaoui, expert maritime. Si la situation persiste, il y a risque de répercussion sur le prix final à la consommation, c'est-à-dire sur une maîtrise équilibrée de l'inflation au moins sur certains produits. Consignation Indépendamment de la récurrence des surestaries, l'actuelle situation est tout à fait exceptionnelle, en ce sens qu'elle révèle «l'impréparation, l'absence d'une programmation intégrant l'aléa maritime et, surtout, le besoin de compétences pour la gestion de ces cas de figure», balance un membre de l'Association des armateurs qui a requis l'anonymat. «Le port de Casablanca a été pris de court par la résurgence d'un système océanique vingtennal. Depuis une dizaine d'années le régime des vagues n'est pas sévère. Aussi, le port s'est installé dans le confort d'un environnement clément. Au mois de décembre 2025, le port a été consigné de fait pendant au moins trois jours, même si cela n'a pas été officiellement acté», éclaire le professeur Najib Cherfaoui. Lorsqu'un port est en mode consignation, cela veut dire qu'il n'y a pas de mouvements d'entrée-sortie des navires de commerce. «Le problème est que les autorités portuaires n'ont pas voulu le déclarer officiellement. Et cela a des conséquences contractuelles, car aucun cas de force majeur ne peut être invoqué devant les armateurs pour éviter les surestaries ou auprès des gestionnaires de magasins d'entreposage. C'est triste comme situation», nous déclare une source auprès de l'ARMA. «À l'avenir, je conseillerais de redistribuer et de redéployer le trafic conteneurs vers les autres ports comme Agadir, Safi, Jorf Lasfar ou Nador-Béni Ensar. Car, aujourd'hui, les frais de magasinage ont atteint un tel niveau qu'il était beaucoup plus judicieux d'envoyer un conteneur par route à Agadir plutôt que de le faire attendre au port de Casablanca», indique Najib Cherfaoui. Quelles Solutions ? La situation actuelle n'est pas une première. En mars 2025, qui fut également un mois de fortes pluies et de perturbations météorologiques, les armateurs et exportateurs nationaux s'étaient retrouvés dans le même cas de figure. «Nous avions alerté sur cette problématique qui est devenue structurelle suite à la congestion qu'a connue le port durant le mois de mars, où nous avions appelé à la nécessité de prendre des mesures nouvelles pour faire face à cette situation inédite», fait savoir l'ARMA à ses membres. «Cette problématique ne peut plus être prise en charge uniquement par l'Autorité portuaire qui a mis en place un plan d'action pour essayer d'absorber la congestion. Cependant, ce plan a eu des effets conjoncturels permettant uniquement un bref retour à une situation plus normale, mais sans effet à moyen terme comme le montre cette nouvelle congestion», poursuit la même source. D'ailleurs, une réunion avait été initiée par la commission logistique de la CGEM au sujet de la congestion du port de Casablanca, ce qui avait permis de formuler des propositions concrètes à l'ANP (Agence nationale des ports). Parmi la panoplie de solutions proposées, l'ARMA estime que «certaines d'entre elles peuvent être déployées sur le court terme». Le seront-elles ? Affaire à suivre. Abdellah Benahmed / Les Inspirations ECO